5 raisons pour lesquelles la non mixité est un impératif et pourquoi nous sommes fatiguées d’avoir à nous en justifier

Voilà plus de cinquante ans que les vertus de la non mixité dans les luttes pour l’émancipation des groupes minorisés ont été pensées, questionnées, mises en pratique et revendiquées. Cinquante ans, et nous en sommes toujours là, sommées de nous expliquer, de nous justifier, comme si nous n’étions là que pour ça : rendre intelligibles nos luttes. Cinquante ans qu’on nous refuse de pouvoir choisir jusqu’aux moyens de nous rassembler.

Si la pédagogie est, dit-on, l’art de la répétition, comprenez bien que nous refusons de rentrer dans le cercle sans fin des justifications. Non seulement parce que nous sommes fatiguées de mettre au coeur de nos discussions l’éternelle question de la place des hommes dans le féminisme, mais aussi, et surtout, parce que nous refusons cette injonction continuellement faite aux femmes, comme à tout groupe opprimé, d’avoir à légitimer leur existence et leurs actions. Nous n’avons pas la moindre intention d’attendre de qui que ce soit une validation de nos outils de lutte. Au contraire nous revendiquons sans concession la non mixité comme un choix politique. Et voici pourquoi.

1. Parce que nous avons retenu les leçons de l’histoire

Ce que nous ont appris dès les années 60 les mouvements de lutte pour les droits civiques des Noir.es américain.es, c’est qu’il ne faut pas attendre des personnes qui tirent leurs privilèges d’un système de domination qu’ils et elles y renoncent d’eux et d’elles-mêmes, par générosité, humanisme ou bienveillance. Tout mouvement, mixte à ses débuts, est rapidement confronté à l’impossibilité d’avancer sans déconstruire, en son propre sein, les rapports de domination qui peuvent s’y nouer. Car comme l’écrit la sociologue et féministe Christine Delphy, “dans les groupes mixtes, Noir.es-Blanc.hes ou femmes-hommes, et en général dans les groupes dominés-dominants, c’est la vision dominante du préjudice subi par le groupe dominé qui tend à… dominer.” L’expérience des Noir.es américain.es, mais aussi du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) l’a montré : en mixité, ce sont toujours celles et ceux qui tirent avantage du système qui se retrouvent au premier plan, reproduisant au sein même du mouvement militant les logiques oppressives que celui-ci cherche à déduire et, pire, le vidant de son contenu politique. Les exemples sont légion, mais pour n’en citer qu’un seul il n’y a qu’à relire l’anecdote rapportée récemment par Caroline de Haas à propos de la création en 2009 de l’association, aujourd’hui bien implantée dans le paysage militant, Osez le féminisme : “Dans la salle, une centaine de personnes, 85% de femmes. A la fin de la rencontre, 33% des femmes présentes et 45% des hommes présents avaient pris la parole. Les femmes avaient parlé en moyenne 2 minutes, les hommes 4 minutes. Dans une réunion féministe, avec 85% de femmes, nous reproduisions les inégalités dans la prise de parole.” Quel groupe féministe mixte n’a-t-il pas expérimenté ce phénomène ? Et quelle légitimité porte un collectif féministe qui ne permet pas aux premières concernées de s’exprimer ?

 

2. Parce que nous revendiquons d’être les mieux placées pour parler des sujets qui nous concernent

Laisser du temps de parole aux hommes, c’est leur laisser nous expliquer notre réalité. Or en matière sociale, l’objectivité n’existe pas, et ce n’est pas parce qu’un individu se sent en dehors d’un rapport de pouvoir qu’il peut prétendre porter un regard neutre. Car personne n’est en dehors du système. Il n’y a pas d’opprimé.e sans oppresseur.e. Nous n’avons donc pas besoin de l’avis d’un homme pour savoir si notre perception de notre vécu est juste. Nous refusons de perdre notre temps et notre énergie à vous convaincre que OUI le sexisme est une réalité vécue au quotidien, que les violences que nous subissons sont réelles et que NON ce n’est pas parce que vous ne voyez rien que cela n’existe pas. Nous n’avons pas non plus besoin de l’avis d’un homme sur nos choix d’action car les conséquences, c’est nous qui les subiront. C’est pourquoi nous revendiquons la pratique de la non mixité comme une déclaration d’indépendance : ne nous libérez pas, on s’en charge ! Nous fixons nous même nos conditions et notre agenda politique.

3. Parce que nous revendiquons une parole libérée des codes de domination

Parce que les hommes bénéficient d’un statut privilégié fondé sur l’oppression des femmes et de ce qui est perçu comme féminin, nous exigeons des espaces où nous seront à même de définir et d’assumer ce que nous sommes, indépendamment du regard masculin. Des espaces où nous nous sentirons libre de toute injonction : injonctions faites à nos corps, à nos voix, à notre ton, à notre parole. Injonction à “oser”, à “nous assumer”, à “bien parler”. Nous sommes fatiguées d’avoir à être polies, gentilles, jolies et souriantes alors que nous avons besoin de parler de douleurs, de peurs, de crimes et de colère. Parce que la parole des femmes est toujours de “trop” (trop bavarde, trop criarde, trop faible…) et qu’une “vraie femme” est une femme silencieuse, nous revendiquons des espaces où notre parole n’est justement pas une “parole de femme”, mais la nôtre.

4. Parce que nous revendiquons le droit de parler sans crainte

Les violences, les agressions et les humiliations que nous subissons au quotidien sont propres à notre condition de femme. C’est parce que nous portons ce que la société a construit comme un stigmate, la “féminité”, que des hommes se permettent constamment de nous rappeler à l’ordre, de nous signaler notre subordination et ce qu’il en coûte de vouloir en sortir. Ce sont des hommes qui frappent ou violent à la maison, qui insultent dans la rue, qui mettent en pratique ce paternalisme agressif, si courant dans les cercles de pouvoir. Et si parfois ces violences s’adressent à d’autres hommes (souvent perçus, est-ce un hasard, comme efféminés), ce sont les femmes qui en font les frais les premières. Dans ces conditions, nous revendiquons le droit de construire des espaces libres, où nous ne risquons pas de côtoyer ceux-là même qui participent et tirent avantage de cette hiérarchie oppressive. Nous refusons d’avoir à faire attention à ne pas nous mettre en situation de rencontrer un potentiel agresseur. Toute notre attention, toute notre énergie doit pouvoir être consacrée à nos actions, à nos réflexions, au développement de stratégies militantes. La ténacité avec laquelle des hommes viennent régulièrement perturber les réunions non mixtes de la Nuit Debout ! nous semble ainsi particulièrement ironique : ces hommes qui s’insurgent de l’exclusion dont ils prétendent être les victimes sont par ailleurs bien silencieux, pour ne pas dire complètement indifférents, aux agressions sexuelles que des militantes ont pu y subir.

5. Parce que nous refusons de tenir compte de vos sentiments

Alors oui, nous le savons, vous n’êtes pas comme ça, vous. Vous êtes sans aucun doute une bonne personne, et même peut-être un mec bien ? C’est curieux comme tous les hommes que nous côtoyons sont des mecs bien ; à les entendre, le sexisme tomberait du ciel, de manière complètement désincarnée. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance de l’égalité femmes/hommes mais personne n’ose parler du fait que ce sont des personnes réelles qui les mettent en oeuvre. A vrai dire peu nous importe car pour une fois, il n’est pas question de vous, ni de votre ego mais d’un système, le patriarcat, que nous nous attachons à détruire. En tant que groupe, en tant que classe, les hommes jouissent d’un certain nombre de privilèges, mais ce n’est pas à celles et à ceux qui en font les frais de faire taire leur douleur, de ménager l’amour propre des dominants, ni de les convaincre de la réalité des oppressions qu’elles et ils vivent. C’est fou comme le débat avance drôlement plus vite lorsqu’on n’a pas à perdre énergie et temps à expliquer à chacun que ce n’est pas de lui dont il est question, que ce n’est ni le lieu ni le moment de faire de la pédagogie, qu’ici, pour une fois, le centre de l’attention, de notre attention, c’est nous !

 

Alors, oui, la non-mixité ça peut faire peur. Parce qu’on décide de ne plus se taire. Parce qu’on décide d’être les maîtresses de nos vies. Parce que notre non mixité à elle seule est politique et fragilise le pouvoir masculin. Mais, devinez quoi, on ne vous demande pas l’autorisation ! Et aussi longtemps que cela nous semblera nécessaire, nous utiliserons cet outil. Et aussi longtemps que d’autres groupes dominés le penseront nécessaire, nous les soutiendrons.

Oh les Garçes ! #1

Nous avions lancé un appel à contribution en novembre dernier pour notre projet de zine – pour rappel, il s’agit de magazines auto édités confectionnés par les membres d’une communauté qui souhaiteraient explorer des sujets rarement traités dans les médias – et après quelques dizaines de mails et une lutte acharnée contre des ordinateurs récalcitrants, nous sommes heureuses de vous présenter le résultat final.

Oh les Garçes est le fruit du travail de 20 contributrices et contributeurs. Vous y trouverez des poèmes, articles, illustrations, photographies et mêmes des broderies ! Encore un grand merci à ceux et celles qui ont bien voulu partager leur travail avec nous. Tous les travaux inclus dans le zine sont leur propriété et nous vous demandons à ce titre de ne pas les utiliser sans leur permission.

Pour toutes questions, remarques ou réclamations au sujet du zine – ou d’autres choses d’ailleurs –  n’hésitez pas à nous envoyer un mail à garces.sciencespo@gmail.com.

D’ici là, bonne lecture !

Féministement votre,

G.A.R.C.E.S

 

 

Note : ce zine ayant été conçu en double page, 
vous pouvez le télécharger et activer la
visualisation adéquate pour une lecture 
plus agréable ! 

FANZINE GARCES – Appel à contributions / Call for submission

=== ENGLISH VERSION BELOW ===

Cette année, Garçes a décidé de se lancer dans l’aventure du fanzine !

Pour celleux qui n’auraient jamais entendu parler de ces petites bestioles que sont les fanzines, il s’agit de magazines confectionnés par les membres d’une communauté pour explorer des sujets qui ne sont pas suffisamment traités par la presse traditionnelle.
Garçes lance donc le sien et pour cette raison, nous faisons appel à vos contributions. Le thème est libre, vous pouvez donc aborder tous les sujets qui vous plaisent, du moment qu’ils ont un lien avec les questions queer et/ou féministes. Pour le format, vous pouvez laisser libre cours à votre imagination : articles, nouvelles, strips, dessins, photos,collages….La seule limite étant que votre contribution doit pouvoir être scannée, convertible au format PDF et/ou imprimable. Nous acceptons les contributions dans toutes les langues et une traduction peut être proposée par l’auteur-e ou travaillée avec nous pour celles qui ne sont pas en français

Nous ouvrons l’appel à contributions jusqu’au 31 mai inclus. Vous pouvez nous envoyer vos productions par mail, garces.sciencespo@gmail.com avec pour objet “contribution Fanzine” , ou par voie postale (contactez garces.sciencespo@gmail.com pour les informations nécessaires, en précisant dans l’objet de votre mail “envoi Fanzine”).

Nous vous précisons que nous nous réservons le droit de refuser toute production discriminante ou répandant des propos intolérants et/ou oppressants. Nous nous engageons néanmoins à expliquer l’objet de notre refus à l’auteur-e et à lui laisser le droit de proposer une nouvelle version.

Pour toutes questions et remarques, ou simplement si vous voulez suivre l’avancement du projet, n’hésitez pas à vous inscrire sur notre événement facebook : https://www.facebook.com/events/137090946654637/

De l’amour féministe et queer,

G.A.R.C.E.S

_____________

This year, Garçes has decided to make its very own fanzine!
For those of you whom has never heard about fanzines, there are magazines created by members of a communauty to explore topics that are not covered well enough by the mainstream medias.

Thus, Garçes launched its own and for that purpose, we need your contributions! There is no designated theme, so you can tackle any topics you want, as long as it has a link with queer and/or feminist questions. As for the format, once again you can unleash your imagination: articles, short stories, strips, drawings, pictures, collages… The only restriction is that we must be able to scan, convert to PDF and/or print your submission. We will accept contributions in any languages and a translation can be either submitted by the authors themselves or worked with us for those that are not in French.

We open this call for submission until 31th May included. You can send us your productions by email, at garces.sciencespo@gmail.com with the subject “contribution Fanzine”, or by mail (contact garces.sciencespo@gmail.com for the details, specifying “envoi Fanzine” in the subject)

We inform you that we may refuse any production that spread discriminatory, intolerant and/or oppressing ideas. Nevertheless, we will explain the reasons of our refusal to the authors and allow them to submit another version of their work.

If you have any questions or remarks, or if you want to follow the project throughout the year,  do not hesitate to join us on the facebook event : https://www.facebook.com/events/137090946654637/


Feminist and queer love,

G.A.R.C.E.S

 

HeForShe ou plutôt HeForHe.

La semaine dernière, le 30 septembre se déroulait en amphithéâtre Jacques Chapsal une table ronde un peu particulière. Dans l’enceinte de Sciences Po aujourd’hui, on parle égalité, on parle gender, on parle #HeForShe.

Tout d’abord qu’est-ce que HeForShe ?

C’est une campagne lancée l’an dernier par l’ONU Femmes. Vous vous souvenez peut-être du discours d’Emma Watson à l’ONU ? (Sinon rafraîchissez vous la mémoire par ici : https://www.youtube.com/watch?v=gkjW9PZBRfk) Le but de cette opération est de promouvoir l’égalité femmes-hommes. Elle repose sur l’idée que ce but ne peut être accompli sans le soutien actifs des “he”, les hommes. Suite à ce discours, était lancé le site heforshe.org qui consiste en une carte interactive sur laquelle tout un chacun, à la condition d’être un homme, peut s’engager à agir pour l’égalité. Ainsi on peut apprendre sur ce site internet que 11 570 hommes en Russie, 15 hommes en Papouasie Nouvelle-Guinée et 3027 en Roumanie trouvent que l’égalité femmes-hommes, c’est vachement bien. L’étape suivante de HeForShe fut le lancement le 23 janvier 2015 de Impact 10x10x10. Le but de ce programme est d’encourager des hommes à faire la promotion de l’égalité. Et c’est là que ça nous intéresse parce que devinez qui s’est engagé dans ce beau programme ?

Capture d’écran 2015-10-05 à 17.46.14

Frédéric Mion lui-même ! Sciences Po fait donc maintenant partie de la campagne HeForShe ! On devrait être tou.t.e.s content.e.s, c’est bien l’égalité quand même, le sexisme à Sciences Po va disparaître et puis, le féminisme, c’est un peu notre truc à G.A.R.ç.E.S., non, ? Donc c’est plutôt cool ?

Bof en fait.

En termes de politiques publiques, HeForShe n’est peut-être pas la meilleure réponse aux problèmes de sexisme que nous rencontrons dans la société en général, et par conséquent à Sciences Po aussi. Et ce pour plein de raisons. Tout d’abord le concept en lui-même. Dans la simple formulation “He for She”, il y a déjà un problème : il n’y a pas que des “he” et que des “she”. Mais qui sait ?  Peut-être que dans cent ans, les organisations de pouvoir  auront peut-être vaguement entendu parler du fait que les genres ne sont pas forcément binaires.

Qu’est-ce que le terme “He For She” et que nous révèle son organisation ?

Le message est le suivant : l’égalité ne se fera pas sans que les hommes prennent une place importante au sein du féminisme. Là, déjà, ça coince. On en revient toujours à la même chose : les meufs auraient besoin des hommes et ne seraient pas capables d’arriver à leur but toutes seules. Les femmes ne seraient donc pas capables de s’organiser politiquement de façon globale, et ne pourraient pas apporter de changement efficace et visible toutes seules ? Parce que c’est bien ce qui choque le plus dans ce HeForShe, l’absence de femmes, partout. On en est arrivé à un stade d’absurdité tel que l’ONU a organisé un comité de réflexion sur le sexisme sans aucune femme.

tumblr_mvpeb6ezCj1r37w3co2_1280

tumblr_mvpeb6ezCj1r37w3co3_540

#sausagefest

Bon, on sait, vous allez encore dire qu’on est trop misandre, qu’on devrait quand même être content.e.s, qu’on parle enfin du féminisme. Et puis c’est vrai quoi, si les hommes ne font rien, on n’aura jamais l’égalité, blablablabla…. En vrai, à Garçes, on est assez d’accord avec tout ça, à priori : déconstruire la masculinité toxique, en finir avec les stéréotypes qui obligent les hommes à se montrer forts et combatifs afin de perpetrer leur domination, la culture du viol, la violence inhérente à la masculinité, on est franchement partant.e.s. Cependant, c’est marrant mais exclure les meufs des réuniosn de décision qui les concernent directement, ça sent un peu le déjà-vu sexiste. Nous voilà donc toujours dans la même situation : les hommes décident, les femmes peuvent fermer leur gueule et être contentes qu’on pense à elles.

Il faut ajouter à cela que ce genre d’initiative, où les hommes (et puis un genre particulier d’hommes cis hein, de préférence bien blancs, bien riches qui se font une jolie image avec) sont au centre de toute l’organisation, fait de l’ombre au travail des féministes et femmes engagées partout dans le monde. Dans le champ médiatique français, on ne parle pas de Femmes en Lutte 93, ni de Mwasi, le collectif afroféministe, ni de Maman Toutes Egales, ni du Collectif 8 Mars pour ToutEs, ni des multiples initiatives étudiantes féministes (je sais pas si vous avez entendu parler de Garçes, le collectif féministe de Sciences Po ?). Bref, on ne parle pas des femmes qui s’organisent, on ne parle donc pas des principales actrices de ces luttes, qui se battent depuis des années. On dérobe la narration de leurs combats aux femmes. Encore une fois, on n’entend plus la voix des femmes, on écoute celle des hommes.

Et cela nous amène à notre second point,

A qui sert le féminisme de HeForShe ? 

Ce mouvement, on l’a vu, est lancé et repose sur la participation et l’engagement d’hommes influents – l’ironie là- dedans consiste à voir à quel point les grandes institutions mondiales sont squattées par des vieux hommes blancs.

Capture d’écran 2015-10-05 à 18.57.17

La campagne HeForShe n’engage que des PDGs, des présidents de grandes universités, bref des élites. Et, en fin de compte, le changement qu’ils sont censés apporter ne touche que ces élites. HeForShe ne se contente pas de rendre beaucoup d’associations, organisations, mouvements et collectifs invisibles ; il va même au-delà en donnant au féminisme le visage d’une élite blanche. On parle de la Femme sans prendre une seule seconde en considération les différentes oppressions que les différentes catégories de femmes subissent. Les problèmes qu’Emma Watson rencontre dans sa vie de tous les jours ne sont pas exactement les mêmes que ceux d’une femme précaire, d’une femme trans, d’une femme non-blanche, d’une femme musulmane… (en sachant qu’on peut être tout ça à la fois). On les invite à se renseigner sur le concept d’intersectionnalité. 

On a donc là affaire à un féminisme respectable, bien sous tout rapport, qui met la priorité sur des questions qui, certes doivent être posées, mais ne devraient pas prendre la place de toutes les autres.

Nous avons parlé du concept de HeForShe dans sa forme globale. Maintenant revenons à Sciences Po et 

à cette fameuse table ronde du 30 septembre.

L’évènement commence par une série de photos de gens très célèbres qui pensent que, vraiment, l’égalité, on le répétera jamais assez, c’est franchement pas mal. Le tout accompagné par des citations très éloquentes sur le sujet. C’est très joli, c’est tout rose, parce qu’on parle de filles, vous suivez ? Nous sommes donc ravi.e.s de savoir que Matthew Rhys (qui est ce jeune homme ? Mystère…) a une nièce et qu’il est d’accord pour qu’elle travaille, c’est trop sympa de sa part. Ou alors d’apprendre que la plupart de ces hommes avaient des mères, ça c’est de l’info (on touche pas aux mamans). Ah tiens, Bill Clinton est #HeForShe lui aussi ! Ce bon président qui est assez tranquille ces jours-ci alors que Monica Lewinski vivra toute sa vie dans l’opprobre publique (merci le slutshaming d’Etat).  Oh et on a même droit au Prince Harry, l’égalité hommes-femmes ça a l’air de l’enthousiasmer autant que de se déguiser en nazi. Mais c’est génial on a vraiment affaire à des hommes de qualité avec #HeForShe ! 

Les choses sérieuses commencent après un bref retard de notre directeur Frédéric Mion affublé d’un très seyant t-shirt HeForShe pour l’occasion. De ce long discours on retiendra surtout la blague de fin. “Pourquoi un homme s’engagerait au sein d’un mouvement féministe ?” se demande le directeur de Sciences Po. Il répondra par un brin d’humour : de son point de vue, c’est avant tout pour flatter son ego. On rigole tous très très fort parce que c’est vraiment une merveilleuse nouvelle que les hommes ne fassent que des choses qui leur profitent personnellement. Mais bon, c’est une petite blague pour détendre l’atmosphère, parce que quand même parler du sexisme c’est pas très joyeux. Mais il y a un fond de vérité quand même dans cet engagement féministe à des fins personnelles. Comme Emma Watson nous l’a rappelé dans son discours de lancement, les hommes ont subi de grandes injustices. D’abord, ils ont été exclus les pauvres, de la lutte par les affreuses féministes. Ensite ils souffrent du sexisme. A Garçes, comme rappelé plus haut, nous ne nions pas que les hommes souffrent parfois du cadre étroit des rôles de genre. Cela étant, on n’irait peut-être pas jusqu’à dire que ça doit être ça, la raison d’être du féminisme. On irait peut-être même jusqu’à rappeler à tous ces hommes blancs, cisgenres et hétéros qui souffrent que la violence conjugale, les viols,les féminicides,  l’exploitation économique, les différentes formes d’homophobie et de /transphobiesont une réalité, et que ce serait sympa de s’en souvenir.

A la tribune, succèdent à M. Mion deux femmes : Hélène Périvier, directrice de PRESAGE, et Cornelia Woll, directrice des études et de la scolarité de Sciences Po. Durant ces interventions nous apprendrons tout ce que Sciences Po a mis en place pour être la plus #HeForShe des écoles et ça ne rigole plus. En effet, la lutte contre le sexisme est un sujet récurrent dans cette école, et l’administration prend le problème à bras le corps. En n’en parlant qu’une seule fois, pendant une demi heure, le deuxième jour de scolarité des 1A. Ah mais c’est super, du coup tout est réglé ! Cette discussion nous ferait presque oublier la réalité que nous vivons, nous les non-hommes, dans cette école. Du coup, les professeurs ne se permettent plus d’affreux commentaires sexistes ad nauseam dont personne n’ose se plaindre de peur des conséquences ? Ah, et nous imaginons que les concours d’éloquence où des hommes d’âge moyen se permettent de faire des remarques salaces sur l’apparence des jeunes participantes, c’est fini aussi ? Est-ce que ça veut dire qu’on a autant de professeures que de professeurs ? La provocation constante des élèves en ligne envers tout.te.s les étudiant.e.s qui osent exprimer une opinion sur des questions de sexisme, au point que ça en devienne du harcèlement, ça n’arrive plus ? Et par rapport aux meufs queers, on n’a plus le problème d’élèves qui font rentrer des membres du Printemps français dans des évènements LGBT+ sans aucune conséquence ? Et puis la place des femmes voilées dans cette école n’est plus constamment remise en question au nom du “débat” et de la “laïcité” ? Si Sciences Po est tellement engagé pour l’égalité et la fin des discriminations de genre, le Front National, qui n’est même pas encore au fait de l’avortement, ça dégage j’imagine ?

Ou peut-être que ce n’est pas ça le sujet de #HeForShe. Et Cornelia Woll nous l’a fait comprendre très clairement. En effet quand une élève de deuxième année a osé demander ce qui était fait concrètement pour assainir l’environnement quasiment insupportable de sexisme dans lequel les élèves sont obligé.e.s d’évoluer, elle a eu droit à une réponse assez originale. La directrice des études et de la scolarité lui a répondu : « Je vais pas pouvoir enlever le sexisme de Sciences Po avec toutes les mesures mises en place. »

Ah.

Elle a prolongé sa pensée en expliquant que c’était la responsabilité des associations étudiantes aussi, qu’à un moment ça va bien hein, l’administration ne peut pas tout faire non plus. A ce stade, je pense que nous, meufs de Sciences Po, on est en droit de poser la question : pourquoi tout ce cirque. On a soudainement  plus de mal à croire que toute cette opération est vraiment au sujet de l’égalité. Vouloir se positionner en tête de proue du féminisme, c’est super. Faire véritablement quelque chose pour combattre le sexisme, c’est quand même mieux. Nous voulons des mesures concrètes, pas des opérations de communication.

On conclura cet article en ajoutant qu’il y aurait beaucoup d’autres choses à discuter à propos de ce 30 septembre : pourquoi un homme pour gérer la table ronde ? Pourquoi choisir des hommes militants et chercheurs face à des femmes apparemment très peu investies dans le féminisme et dans la solidarité entre femmes ? Pourquoi seulement des blanc.he.s (mais bon ça c’est pareil c’est pas demain…) ? Pourquoi un t-shirt par dessus une chemise ? Pourquoi inviter le président de Zero Macho, des hommes contre la prostitution quand l’administration n’a sûrement aucune idée de la situation des étudiant.e.s travailleu.r.se.s du sexe ?

Il est temps à Sciences Po d’avoir une vraie discussion à propos de la discrimination dans cette école, et cette fois-ci il va vraiment falloir écouter les élèves.

Sophie Chardon pour et avec la précieuse aide et collaboration de Garçes

Garçes fait sa rentrée 2015 !

Salut les Garçes-friendly,

Le collectif reprend du service Mardi 22 Septembre, avec une réunion de présentation. Si tu n’a jamais osé venir nous voir, si tu as des questions et des projets plein la tête, c’est l’occasion rêver de vous rencontrer !

Voici le lien vers l’événement Facebook : https://www.facebook.com/events/715031531960247/
Si jamais tu n’es pas disponible ce jour là, sache que tu peux venir à n’importe laquelle de nos réunions énoncées sur notre page Facebook.

Féministement,

Garçes

103286059751788

La Fâme est- elle nulle en math ?

[Note de contenu : cet article s’inscrit dans une vision binaire du monde : “filles vs. garçons”, tel que le patriarcat nous force à le voir]

Les femmes ne représentent en France que 27% des effectifs des écoles d’ingénieur.e.s (2012)* 1 et 25% des étudiant.e.s en sciences fondamentales à l’Université (2013) *2. De même seulement  32%  des chercheur.ses en Occident sont des chercheuSES. *3. La régularité de la sous-représentation des femmes en sciences n’est en rien due au hasard, et encore moins à la biologie !

Nous savons depuis quelques décennies que le cerveau « féminin » n’est pas intrinsèquement moins apte que le cerveau « masculin » dans les domaines scientifiques*4. A la poubelle donc, l’explication essentialiste.

En réalité, la différence de parcours scolaire et professionnel est socialement créée et entretenue par la société patriarcale. Dès la petite enfance, les garçons sont poussés vers les sciences tandis que les filles, montrées comme rêveuses ou maternelles dans les livres, les jouets, à la télévision … sont invitées à se tourner vers la littérature ou le travail social.

chimie jouets     le camion de léon

Vive la chimie et la mécanique !

 chloé joue à faire le ménage    travail non rémunéré

Vive le travail domestique non-rémunéré !

 

Par la suite, les manuels scolaires reproduisent les stéréotypes sexistes*5, faisant apparaître en grande majorités des noms d’hommes. Ainsi dans les manuels de mathématiques, seulement 4,3% des personnages scientifiques (réels et fictifs) sont des femmes. Et même lorsqu’un procédé est nommé d’après une femme, cela est souvent passé sous silence.

A cela s’ajoute le fait que le corps enseignant est traversé, comme le reste de la société, de stéréotypes genrés qui désavantagent la progression des femmes en sciences. Celui-ci remarque, par exemple, plus facilement les échecs des filles que des garçons dans ces disciplines*6. De plus, lorsque les élèves ont des difficultés en sciences, les garçons sont plus souvent incités à redoubler d’efforts que les filles. L’idée sous-jacente est que ces dernières pourront toujours s’orienter vers des études littéraires en cas d’échec en sciences, alors que cette possibilité est moins souvent et moins naturellement envisagée pour les garçons. D’une manière générale, les garçons sont perçus comme des sous-réalisateurs brillants, dont les échecs sont dus à un manque de travail, quand les filles font du mieux qu’elles peuvent, et que leurs difficultés sont cognitives (et non comportementales)*7.

Ces différences d’évaluation et de stimulation peuvent alors parfois conduire à une différence de capacités*8. En effet, à la naissance, seulement 10% de nos connexions neuronales sont déjà en place, les 90% restants se créent et se modifient selon nos stimulations physiques et sociales (les neurologues parlent de plasticité cérébrale). Dans tout les cas, cela conduit à des différences d’orientation scolaire. L’intérêt pour une discipline est corrélé au sentiment d’efficacité et au bénéfice espéré pour la future carrière professionnel*9.  Si les garçons affirment aimer les mathématiques même lorsque leurs résultats sont médiocres,  les filles montrent un intérêt et des attentes professionnelles faibles pour les sciences, et ont tendance à se sous-estimer dans ces matières*10.

Nos socialisations incitent donc peu les femmes à faire des sciences, d’autant plus que la société patriarcale les gomme de l’histoire des Sciences : sous la combinaison de l’invisibilisation des femmes scientifiques et l’effet Matilda, les femmes n’ont que peu modèles féminins à qui s’identifier.

L’invisibilisation des femmes scientifiques, c’est le fait que nous soyons capables de citer facilement quatre, cinq scientifiques masculins (Gallilé, Copernic, Einstein, Archimède, Pasteur …) mais souvent seulement une figure scientifique féminine, Marie Curie. Alors même que des grandes chercheuses ont existé telles que Marie-Sophie Germain (mathématiques : à l’origine du théorème Sophie Germain)*11, Marthe Gautier (biologie : découvre le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21)*12, Jocelyn Bell Burnell (astrophysique : découvre le pulsar)*13 et Rosalyn Yalow (chimie : invente le dosage par radio-immunologie)*14.

Toute une liste de femmes fantastiques a ainsi parcouru l’Histoire, mais a mystérieusement été « oubliée » par la mémoire collective (aka mémoire sélective écrite par les hommes et présentée comme LA mémoire universelle). Vous pouvez en retrouver un extrait ici (article à venir). La mise en arrière-plan des femmes dans l’histoire scientifique peut être autrement plus brutale, avec l’effet Matilda.

Ainsi, l’effet Matilda, mis en lumière en 1993 par l’historienne de la science Margaret W. Rossiter, désigne le déni ou la minimisation systématique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche : leur travail est souvent attribué à leurs collègues masculins. .

Le nom “effet Matilda” est une référence à la militante américaine  pour les droits des femmes Matilda Joslyn Gage, qui a la première observé ce phénomène à la fin du xixe siècle. Six exemples de  femmes scientifiques dont les découvertes et le  travail ont été détournés et attribués à des hommes est en ligne ici : http://www.topito.com/top-femmes-scientifiques-usurpation-nobel-machisme.

Ainsi le faible taux de femmes dans les sciences n’est pas dû à une nature intrinsèque des femmes qui les détourneraient de ces matières mais bien à une socialisation qui les en exclut. Si les femmes sont reléguées vers les lettres, ce n’est pas un hasard, c’est parce que les sciences sont socialement mieux considérées que les lettres. Or, dès qu’il s’agit de prestige sociale, et donc de pouvoir, le patriarcat fait en sorte d’éloigner les femmes (billet à venir). Un exemple frappant est peut- être l’informatique, inventé par deux femmes, Ada Lovelace et Grace Hopper, mais composé de nos jours quasi-exclusivement d’hommes.

                   220px-Ada_Lovelace                                                                       

Ada Lovelace (1815-1852)*15

Pionnière de la science informatique. A réalisé le premier programme informatique, lors de son travail sur la machine analytique de Charles Babbage. A également entrevu et décrit certaines possibilités offertes par les calculateurs universels, allant bien au-delà du calcul numérique et de ce qu’imaginait Babbage.

 

 

 

 

 

  Commodore_Grace_M._Hopper,_USN_(covered)

Grace Hopper (1906-1992)*16

 

Conceptrice du premier compilateur en 1951 (A-0 System) et du langage COBOL en 1959.

 

 

 

 

 

 

Sources :

*1 http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATCCF07111

*2 http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon07136

*3 http://www.uis.unesco.org/_LAYOUTS/UNESCO/women-in-science/index.html#!lang=fr

*4 Catherine Vidal , Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? (2012)

Elizabeth Spelke, « Sex differences in intrinsic aptitudes for mathematics and sciences ? a critical review”, American Psychologist, 60, p.950-958 (2005)

*5 : http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001867/186724FO.pdf

http://www.femmesetsciences.fr/wpcontent/uploads/2013/12/6.coll_fs_2014_amandine_bertin-schmitt_texte.pdf

*6 P. Stanat et S. Bergann, “Geschlectsbezogene Disparitäten in der Bildung” in Handbuch Bildungsforschung  (2009)

Morin-Messabel, S. Ferrière, M. Salle, “L’éducation à l’égalité filles-garçons dans la formation des enseignant.e.s. Amorce par l’exemple des biais perceptifs d’étudiant.e.s de Master 2 enseignement” in Recherches et formation (2012)

*7 M. Duru-Bellat, L’école des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? (1990)

*8 Victor Lavy, Edith Sand, On The Origins of Gender Human Capital Gaps: Short and Long Term Consequences of Teachers’ Stereotypical Biases (2014)

Catherine Vidal, Le cerveau évolue t-il au cours de la vie ? (2009)

*9 U. Schwantner, “Die Motivation der Jugendlichen in Naturwissenchaften” in PISA 2006. Österreichischer Expertenbericht zum Naturwissenschaftsschwerpunkt.  (2009)

*10 C. Baudelot, “Aimez-vous les maths ?” in Journal de la société de statistiques de Paris (1991)

*11 http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Germain

*12 http://fr.wikipedia.org/wiki/Marthe_Gautier

*13 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Bell

*14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosalyn_Yalow

*15 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ada_Lovelace

*16 http://fr.wikipedia.org/wiki/Grace_Hopper

NON au racisme d’Etat, OUI au voile à la fac !

[COMMUNIQUE DE PRESSE]

« Interdiction du voile à l’université » ? NON, votre loi ne passera pas ! NON, vos propos islamophobes ne sont pas acceptables !

Le 13 Février 2015, le journal Libération (http://www.liberation.fr/politiques/2015/02/13/interdiction-du-voile-a-la-fac-l-ump-ciotti-sort-sa-proposition-de-loi_1202187 ) faisait part du dépôt d’une proposition de loi, par le député UMP Eric Ciotti, visant à interdire le port du « voile islamique » à l’Université. Le 19 Février, Nicolas Sarkozy déclarait sur Europe 1 qu’il ne voulait « pas de femmes voilées » en France. ( http://www.europe1.fr/politique/nicolas-sarkozy-repond-aux-auditeurs-d-europe-1-2377805 ) Le lundi 02 Mars, c’est au tour de Pascale Boistard, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, de déclarer ne « pas [être] sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur ». (http://www.liberation.fr/politiques/2015/03/02/interdiction-du-voile-a-l-universite-la-ministre-boistard-s-avance_1212633 )

Nous ne sommes pas dupes de l’idéologie, ou du moins des stratégies, qui sous-tendent de tels propos, sous couvert d’une pseudo défense de « la République », de « la laïcité », ou encore sous couvert de promouvoir « l’indépendance de l’enseignement » (propos d’Eric Ciotti) et l’égalité entre les hommes et les femmes (argumentaire de Nicolas Sarkozy).

  • En effet, une telle loi semble très peu réalisable et applicable, et la plupart des Président-e-s d’Université s’y opposent. Nous ne doutons pas que ces Messieurs Sarkozy et Ciotti en sont pleinement conscients : leur hypocrisie en est d’autant plus frappante. En ce sens, il est clair qu’une telle proposition de loi relève plus de l’effet d’annonce que d’autre chose. Nous ne sommes pas dupes des logiques et stratégies électorales qui guident ainsi, et dangereusement, de tels propos, de telles « fixations » sur une catégorie de personnes.
  • En effet, depuis les événements survenus à Charlie Hebdo au mois de janvier, les amalgames, la stigmatisation, le racisme et l’islamophobie, vont bon train. Nous ne sommes pas dupes que l’égalité entre les femmes et les hommes importent bien peu à Nicolas Sarkozy et à Eric Ciotti, de même que l’avenir de l’Université. Faut-il rappeler que le précédent gouvernement UMP et l’actuel gouvernement socialiste ont mené et continuent de mener des politiques capitalistes dont les premières victimes sont les personnes les plus précarisées, dont les femmes (travail à temps partiel imposé, discriminations à l’embauche, fermeture de services d’aides aux femmes victimes de violences, baisses de subventions des associations, etc.) et qui détruisent peu à peu l’Université (désengagement de l’Etat du service public d’enseignement supérieur et de recherche) ?

Nous dénonçons les violences islamophobes qui se multiplient depuis le mois de janvier suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’hyper-marché casher Porte de Vincennes (en janvier 2015, les violences islamophobes ont augmenté de 110% par rapport au mois de janvier 2014 – https://paris-luttes.info/deferlante-raciste-et-islamophobe-2397). Nous condamnons ces meurtres ; nous condamnons le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, tout comme nous condamnons toute forme de sexisme et toute forme de stigmatisation. Nous refusons que ces meurtres soient réutilisés par la mise en place de mesures, et par la tenue et la médiatisation de propos, qui banalisent la stigmatisation, le sexisme, le racisme, et qui jouent ainsi le jeu de l’extrême-droite.

Nous dénonçons fermement les propos tenus par Messieurs Sarkozy et Ciotti, qui ne font qu’alimenter ce climat islamophobe et sexiste, qu’alimenter la peur, l’exclusion et les violences à l’égard de personnes pour leur religion réelle ou supposée, qui ne font que stigmatiser les femmes voilées. Cela n’a pas lieu d’être. Cela est inacceptable. Cela doit cesser !

Depuis la fermeture du ministère des droits des femmes en août 2014, c’est avec ces propos odieux que nous entendons s’exprimer pour la première fois la Secrétaire d’Etat aux droits des femmes, concernant l’enseignement supérieur et la recherche. L’accès limité des étudiantes à l’université, le plafond de verre à l’université, le harcèlement sexuel, le sexisme ordinaire, les agressions mais aussi les viols sur les campus, dans nos facs, sont de réels problèmes contre lesquels nous luttons, et qui devraient être la préoccupation de Mme Boistard. Nous rappelons à Pascale Boistard que défendre les droits des femmes, c’est défendre les droits de toutes les femmes.

Nous, étudiantes féministes, refusons que les revendications féministes soient instrumentalisées, reprises à mauvais escient et de manière totalement hypocrite, pour servir des intérêts économiques ou populistes, ou encore pour servir des logiques islamophobes !

Nous défendrons toujours la liberté de choix, la liberté de porter ce que l’on veut, la liberté de disposer de nos corps comme nous l’entendons, la liberté de circuler, la liberté d’étudier !

Nous n’accepterons pas que nos camarades voilées ne puissent pas avoir accès à l’université ! Nous affirmons tout notre soutien aux femmes et aux étudiantes voilées qui vivent de telles violences !

Dans un contexte où tant d’hommes et de femmes politiques, de journalistes et d’intellectuel-le-s, alimentent et reproduisent à l’envie un clivage entre un « nous » et un « eux » supposés, nous réaffirmons la nécessité de l’entraide et de la solidarité, à l’Université comme partout ailleurs. Nous serons toujours présentes, toujours plus nombreuses, toujours féministes et solidaires, et aussi longtemps qu’il le faudra !

Communiqué signé par le Collectif Féministe Mirail (Toulouse), Garçes Collectif Féministe (Science Po Paris), Clef Bordeaux, La Clique : Le Collectif Féministe & Djendeur de l’EHESS (Paris) !

Pour signer le communiqué : http://www.mesopinions.com/petition/politique/facpourtoutes-interdiction-voile-universite-loi-passera/13982

‪#‎FacPourToutes‬
https://facpourtoutes.wordpress.com/