« Imbrication des différents rapports de domination »

Le  but de cette plénière était d’aborder les problématiques liées aux  différences d’oppression subies par les femmes selon leur place dans la  société, questions devenues aujourd’hui incontournables pour les  réflexions féministes.

Le  mouvement occidental des femmes des années 70 reposait sur la base d’un  « nous », « Nous les femmes », « Nous, féministes », que l’on retrouve  dans la plupart des textes de l’époque et qui rythme l’hymne du MLF  français (http://www.youtube.com/watch?v=lIE9HtFv0fc). Mais qui est ce «  nous » ? Peut-on comprendre de la même façon la situation d’une femme  lesbienne pauvre, celle d’une immigrée mexicaine aux États-Unis et celle  d’une femme blanche chef d’entreprise ?

Il  s’agissait dans cette plénière de considérer la pluralité des  expériences qu’ont les femmes de la domination et des discriminations,  du fait de l’imbrication des différentes sphères de pouvoirs et  d’oppression.

  • Jeu de rôle

La  plénière a commencé par un jeu de rôle. Chacun s’est vu attribué un  personnage qu’il devait garder secret. Tous les participant-e-s ont été  placé sur une même ligne. Les animatrices ont énoncé des actions de la  vie de tous les jours (pouvoir ouvrir un compte en banque / pouvoir  marcher dans les rues sans se faire harceler / pouvoir accompagner une  sortie scolaire de son enfant etc). Lorsque l’on pouvait effectuer  l’action énoncée, l’on avançait d’un pas. Sinon, l’on restait sur place.

Après  une quinzaine d’actions, chacun a présenté son personnage, expliqué  quand il avait ou non avancé. Une discussion a suivi sur la façon dont  chacun avait interprété son personnage, ce qui l’a surpris ou non.

  • Intersectionalité késako ?

Le  mot « intersectionalité » revient régulièrement dans les discussions  féministes actuelles autour des questions des différences d’oppression  entre les femmes. Le terme est en fait un concept de sciences sociales  forgé par la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw à la fin des  années 80. Crenshaw travaille alors sur les violences subies par les  femmes noires des classes défavorisées des États-Unis. La position de  ces femmes à l’imbrication de trois différentes sphères de pouvoirs  n’est alors pas pensée par le droit. Par exemple, une femme noire violée  par un blanc est-elle victime de racisme ou de sexisme ? Dans l’absence  de réponse, le juge décide de ne pas statuer. Le concept  d’intersectionalité naît donc d’abord pour combler un vide-juridique. Il  s’étend cependant très vite au reste des sciences sociales et est  aujourd’hui utilisé dans l’analyse de l’imbrication des discriminations,  que ce soit à échelle individuelle ou structurelle.

  • Figures historiques du XIXème siècle

Si  le concept d’intersectionalité n’est apparu qu’à la fin des années 1980  sous la plume de Kimberlé Crenshaw, l’on retrouve déjà des réflexions  liées à l’imbrication des discriminations et des dominations chez les  premières féministes du XIXème siècle.

Aux États-Unis, la féministe et ancienne esclave noire Sojourner Truth  (1797?-1883) est rendu célèbre par son intervention en 1851 à la  convention des droits de la femme, intervention connue aujourd’hui sous  le nom « Ain’t I a woman ? », qui sera plus tard aussi le titre d’un des  plus célèbres ouvrages de la féministe afro-américaine bell hooks. Dans  cette intervention Sojourner Truth interpelle une assemblée composée  quasiment exclusivement de femmes blanches : « That  man over there says that women need to be helped into carriages, and  lifted over ditches, and to have the best place everywhere. Nobody ever  helps me into carriages, or over mud-puddles, or gives me any best  place! And ain’t I a woman? » Sojourner  Truth accuse les féministes blanches d’oublier les femmes noires. Elle  souligne le fait que ces-dernières ont une expérience différente que  celles des femmes blanches, qu’elles ne sont pas concernées par exemple  par le stéréotype qui dit que les femmes sont forcément faibles, mais  qu’elles n’en sont pas moins des femmes, donc touchées aussi par le  sexisme, sous une autre forme, dans son imbrication avec le racisme.

En France la féministe socialiste utopiste Flora Tristan  (1803-1844) a été aussi amenée à problématiser des questions que l’on  dirait aujourd’hui « intersectionelles ». Se définissant comme une «  aristocrate déchue, femme socialiste et ouvrière féministe », elle  entreprend un tour de France pour faire connaître ses idées aux femmes  et hommes ouvrier-e-s. Comme toute socialiste, elle défend l’idée que  l’affranchissement des travailleurs ne peut se faire que par les  travailleurs eux-mêmes, mais ajoute à cela que « L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire lui-même ».

  • Luttes du deuxième XXème siècle

Sojourner  Truth et Flora Tristan ne sont en fait que des figures précurseuses de  ce qui va se passer dans les mouvements féministes français et  américains du deuxième XXème siècle.

En  France, le MLF naît du mouvement révolutionnaire de 68, qui quoique se  déclarant anti-autoritaire et pour l’émancipation de tout-e-s, reproduit  dans les faits les schémas sexistes, en assignant les femmes du  mouvement aux postes de confections de sandwichs par exemple. Les femmes  décident alors de s’organiser entre elles, théorisant l’oppression  particulière des femmes tout en la considérant dans une perspective de  lutte de classes pour une partie d’entre elles. Les féministes n’en  seront cependant pas moins désignées comme traîtresses du mouvement et  comme fondamentalement bourgeoises.

Le  Black Feminism naît lui entre deux mouvement distincts : le mouvement  pour les droits civils et le mouvement de libération des femmes  américains. Militantes aux côtés des hommes noirs pour les droits  civils, un certain nombre de femmes refusent cependant de fermer les  yeux sur le sexisme qu’elles subissent de la part des autres militants.  Cependant, elles ne peuvent se reconnaître dans le mouvement féministe  blanc, où leurs expériences particulières en tant que femmes noires ne  sont pas plus prises en compte que du temps de Sojourner Truth, et  surtout, où il n’y a aucune volonté de prendre en compte ces  expériences. Ainsi naît le mouvement black feminist dont les écrits sont  aujourd’hui des classiques de la littérature sur l’intersectionalité.

  • Pourquoi parler d’intersectionalité dans ce séminaire?

Dans  un contexte de crise économique et d’austérité, de banalisation des  discours islamophobes et d’exacerbation des discours racistes, la  question de l’intersectionalité est un enjeu central pour le féminisme  aujourd’hui.

Durant  cette après-midi, il s’agissait plus pour nous d’apporter une réflexion  personnelle et de groupe sur le « où je me situe, dans quels rapports  de pouvoirs et de quels côtés ? » pour amener à une prise de conscience  politique plus qu’à un sentiment de culpabilité. Les  présentatrices ont tenu à souligner qu’elles avaient conscience d’être  bien blanches et, bien blondes et qu’à ce titre elles étaient à assez  mal placées pour parler d’auto-émancipation des dominé-e-s racisé-e-s.  La démarche revendiquée était plus proche des « critical whiteness » qui  consiste à interroger la norme blanche.

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Etre et se dire féministe

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La  Plénière d’introduction avait pour thème “Etre et se dire féministe”.  Elle se déroulait le samedi à 10h et nous étions une soixantaine à y  assister.

  • Présentation de Garçes et du Séminaire:

 La  présentation de la plénière visait à mettre en avant la pluralité des  profils existant au sein de Garçes. Hétéro, homo, queer, homme, femme, étudiantEs  de SciencesPo ou d’ailleurs, le collectif se veut inclusif pour toutes et tous.  Ensuite, un rapide rappel des conditions de naissance du collectif a permis a chacun de  mieux situer et comprendre l’action de Garçes, le collectif ayant émergé de la prise de conscience d’une division genrée de la parole lors des Assemblées Générales lors du mouvement des retraites d’Octobre 2010. Suite à cela, des étudiantEs ont en effet décidé de se réunir en cadre non-mixte pour évoquer cette autocensure et la dépasser : ces moments de partage dans un espace d’auto-émancipation et d’auto-formation sont des éléments inhérents au fonctionnement de Garçes.

La structure du Séminaire a ensuite été présentée, notamment l’articulation entre les plénières, qui se voulaient auto-formatrices et participatives et les ateliers (en plus petits groupes, d’une quinzaine de participants en moyenne).

Le but de ce week-end a été rappelé : son but n’était pas d’engager la conversation sur des théories ultra complexes du féminisme,  mais au contraire d’échanger autour d’expériences sur notre vécu et de réaliser que  nous ne sommes pas seulEs à subir au quotidien les formes de sexisme, ce partage d’expériences permettant notamment de réfléchir sur les réactions à mettre en place pour s’en protéger.

  • Rapide historique des mouvements féministes:

Pour  comprendre la vision du fait d’être féminisme au sein de la société, les animatrices de cette plénière ont eu recours à une expérience menée par des sociologues mettant en avant la nonvalorisation du féminisme. Ces chercheurs ont demandé à une population s’ils étaient d’accord avec  la phrase suivante “L’égalité des sexe est synonyme de progrès social”  puis leur a demandé s’ils s’accordaient sur le fait que “Etre féministe, c’est être pour l’égalité des sexes et c’est un progrès social”. Alors que les résultats « d’accord » étaient très nombreux concernant la  première phrase, on constate au contraire un résultat beaucoup plus mitigé pour la seconde, rappelant les préjugés existants autour des féministes.

Par ailleurs, a été abordée la pluralité du mouvement et des luttes féministes. En effet, il existe de multiples manières de construire son féminisme. Le féminisme n’est pas un phénomène figé et homogène mais, au contraire, le produit d’une histoire des luttes parfois diverses voire contradictoires. Par exemple, la dénonciation du système patriarcal est l’axe premier d’analyse des féministes européennes mais n’est pas l’unique angle d’attaque permettant la critique de la domination masculine. Il est essentiel de remettre ses mouvements en contexte : au 16ème siècle, les femmes étaient exclues de  l’espace public, on assiste alors à ce qu’on appelle “la première vague  de féminisme” avec l’exemple des suffragettes qui dénoncent la démocratie excluante vis à vis des femmes et c’est à partir de là que le féminisme devient synonyme d’une action collective. La seconde vague se matérialise avec le slogan “le privé est politique”, avec l’apparition du Mouvement de Libération des Femmes en France et de  la Women’s League au US. Elles mettent en évidence la nécessité de  tisser des liens de solidarité entre elles et s’accordent sur le fait  que leur oppression est le produit du système patriarcal, même si elles  appartiennent toutes à des organisations différentes et que de nombreux  courants de pensée féministes existent, notamment entre féminisme différentialiste et matérialiste. Enfin la troisième vague apparaît dans les années 90’s et exprime l’idée selon laquelle la construction du genre est sociale. Pour s’opposer à la norme du genre binaire, on assiste à l’apparition du mouvement Queer. Les modes  de militantismes sont variés: manifestations, groupe de conscience. Ces  multiplicités sont aussi parfois sources d’opposition entre certains  groupes: White and Black Feminism ou encore Muslim féminists. Il existe  donc un vivier de luttes féminismes et ces mouvements ne s’articulent pas forcément de façon harmonisés: millefeuille féministe?

La suite de la plénière était participative et répondait à deux interrogations:

Qu’est ce que ça nous apporte d’être féministe?

Et comment appréhendez le fait de se dire féministe?

Point  technique: Pour permettre à chacun-e-s de pouvoir s’exprimer le plus  librement possible, un tour de parole chronométré a été mis en place: à  chaque fois que quelqu’un souhaite parler, il ou elle lève la main et  sera appeléE à la fin de l’intervention pour s’exprimer: cela permet de  ne pas interrompre son ou sa interlocuteur/interlocutrice, de ne pas  monopoliser la parole. Les personnes qui n’auraient pas encore parler et  souhaitent le faire sont notées sur une seconde liste, elles seront  prioritaires pour parler.

  • Qu’est ce qu’être féministe nous apporte?
La  conversation avait pour but de mettre en avant les raisons qui  rendaient le fait d’être féministe enrichissant : comment en étions nous  arriver à nous déclarer féministes?
Pour la plupart d’entre nous, il y a au sein du féminisme un concept central: celui de la bienveillance.  C’est véritablement la création d’un espace de bien être où la  surconnaissance des théories féministes n’est pas valorisée. Au  contraire, c’est une plateforme de discussion, pour échanger son  ressenti sur le sexisme ordinaire, se donner des armes pour savoir comme  s’émanciper: notion essentielle d’EMPOWEREMENT.  Etre féministe à Garçes, c’est n’exclure personne pour que chaque  personne trouve ses marques au sein de l’espace de bienveillance, et puisse trouver de la force au quotidien.
C’est une façon d’appréhender  le monde à travers des lunettes d’analyse pour appréhender les multiples facettes de dominations qui apparaissent toutes liées mais  toutes différentes: concernant la religion ou le capitalisme par  exemple.
Néanmoins, c’est difficile d’être féministe car c’est un combat quotidien ou il faut gérer ses contradictions: être féminine selon la vision dominante de ce que doit être la femme, vouloir plaire à un certain public face à notre conviction de déconstruction des rôles.
  • Se dire féministe
Se dire féministe: expériences non valorisées et valorisantes:

La majorité des interventions soulignaient la difficulté d’assumer l’étiquette de féministe  de part les stigmates de la société sur ce mouvement (“moche,  agressive”). Ce sexisme ordinaire fait partie des phrases courantes  qu’on lance de manière décomplexée aux personnes féministes sans mesurer l’impact des mots. Il se retrouve même au sein des associations et  organisations progressistes engagées dans les luttes féministes. C’est un travail du quotidien. Difficile aussi car parfois l’étiquette féministe entraine l’effet inverse de ce qui est recherché. Ça clôt le débat.

Malgré cette difficulté, il est important d’assumer de se dire féministe  et d’accepter les assignations liées aux stéréotypes des féministes. On  perd du temps à échapper à ces stéréotypes même si c’est évident que  l’objet même du féminisme dérange: parce que c’est structurellement  remettre en cause les visions du monde; des univers masculins et  féminins. Oui il existe des féministes hystériques, lesbiennes et en  n’assignant pas ces termes à quelque chose de négatifs ou à des  stéréotypes on libère les personnes spectatrices et enfermées dans ce  rôle malgré elles mêmes.

Féminisme plutôt qu’anti sexisme:  en effet le sexisme est la partie la plus visible du féminisme mais au  sein de la notion du féminisme, il y a l’idée de déconstruction des  rôles genrés. Et parfois ce n’est pas forcément de la discrimination:  répartition et reproduction des rôles genrées malgré soi. C’est aussi ne pas se définir par la négative, et proposer un autre système (émancipateur et égalitaire) plutôt  que seulement critiquer celui existant (patriarcal). Par ailleurs la  formation même du mot revêt d’une connotation militante et engagée: revendiquer ce préfixe “fém” c’est  revendiquer quelque chose décrié par la société, et affirmer que ce que  la société perçoit comme la déviance, ce n’est pas de la déviance mais  au contraire un potentiel de transformation de la société.

Etre un homme et se dire féministe:  Pour certains c’est une démarche qui interpelle mais  qui est à séparer au sein et à l’extérieur des mouvements féministes.  En effet à l’intérieur de ce milieu, les hommes ont parfois l’impression  d’être questionnés sur leur engagement. Assumer son féminisme à  l’extérieur du cercle féministe est cependant plus facile pour un homme.  Être perçu socialement comme le sexe dominant tout en promouvant  l’égalité des sexes interpelle l’entourage. Pour autant, le genre  implique des rôles répartis qui empêchent certains hommes d’être pris au sérieux dans leur lutte car ne répondent pas à l’exigence d’hétéronormativité.

  • Tips de Garçes pour être et se dire féministe:

Il semble plus efficace stratégiquement d’étayer les argumentations qui font que nous sommes féministes  (je suis pour l’égalité salariale, pour que le corps de la femme ne  soit pas considéré comme un objet) plutôt que brandir directement le  drapeau féministe. En effet par exemple Garçes n’était pas très bien vu  au début, mais lorsqu’on parle de fond et d’actions, ou même de réunions non-mixtes qui peuvent apparaître comme plus clivantes, on réalise qu’il  n’y a pas fondamentalement de résistance à notre projet.

Autocritique nécessaire  lorsqu’on se définit comme féministe: “vous êtes sexistes mais moi  aussi je reproduis des formes de domination inconsciemment”, il ne faut  pas se positionner comme un donneur ou donneuse de leçon mais au contraire en parler comme une plateforme de réflexion pour atteindre l’égalité.

Au lieu de souligner les phrases sexistes prononcées, mettre en avant le caractère féministes  de certaines paroles “Mais ce que tu dis est bien féministe!”. Un  travail de pédagogie est essentiel pour affirmer qu’il n’est pas  nécessaire de mépriser le mouvement féministe et que le coeur de ce  projet n’est pas similaire à ces stéréotypes.

Le tour de parole est clôt.

  • La source et l’origine de ces stéréotypes:

Un  Powerpoint a été présenté autour de la question: “D’où viennent les  stéréotypes?”. Exemple de la représentation des femmes dans les salons  littéraires: “[…] les femmes qui écrivent ne sont plus des femmes. Ce  sont des hommes, — du moins de prétention, — et manqués ! Ce sont des  Bas-bleus.” Barbey d’Aurevilly, ou encore plus récemment, la robe de  Cécile Duflot qui traduit dans l’imaginaire, l’intériorisation de  modèles de pensée patriarcale.

Un  panneau final était proposé pour écrire son ressenti de la plénière ou  son opinion sur ce que signifiait être féministe et se dire féministe.

Prenez la parole

madame bavarde trans

Un des premiers ateliers proposés par les Garçes consistait à un atelier Prise de Parole en Public. BIen que l’atelier était mixte une majorité du public y assistant étaient des étudiantes rencontrant des difficultés au moment de s’exprimer. Or, il était important d’évoquer ce thème lors de ce séminaire prévu comme un outil d’auto-émancipation car la prise de parole est un outil de prise de l’espace, et oser affirmer que quelque chose nous plait ou déplait, c’est oser exister.

Il est aussi important de constater que ce phénomène de “pseudo timidité” n’est pas un trait de caractère, c’est un problème perçu comme individuel mais qui est massivement rencontré chez tou-te-s ceux qui ne se sentent pas confiant. C’est une des formes de domination de genre: alors que paradoxalement la prise de parole est souvent perçu comme féminine via les bavardages (ie une conversation qui n’apporte rien, qui n’est pas sérieuse), on constate des tendances chez les personnes socialisées comme des hommes à interrompre les conversations, monopoliser la parole.

 

1. Lister les difficultés rencontrées au moment de prendre la parole:

Un tour de table de présentation, et d’exposition des difficultés rencontrées au moment de parler s’est mis en place. Malgré le malaise du début, l’espace est devenu rapidement un espace de bien être où chacun-e pouvait admettre ce qui les empêchait de parler.

Ici figurent tous les types de difficultés citées lors de ce tour de table:

 Manque de légitimité

Contrôle de soi/ de son image

Rougir/ Réactions physiques /sueur

Assumer ses idées/ étiquettes

Stress/ peur

Timidité

Mal à l’aise / humiliation

Sentiment d’infériorité

Capacité à s’exprimer correctement : maitrise des codes

Posture d’écoute

Emotion vs raison intellect

Age et nombre des autres sexes

« Sujets sérieux »

Sentiment de n’avoir rien de dire/ à apporter =) cerveau vide

Frustration

Culpabilité

Savoir répondre oser répondre

2. Prendre conscience que ces difficultés traduisent des inégalités de genre qu’il s’agit de dépasser

Il faut avoir les outils nécessaires pour ne pas se sentir enfermée. A quel moment vais je pouvoir maitriser l’espace? A quel moment suis je dominée dans une conversation? Il faut anticiper les situations face à la persistance des clichés: ainsi les sujets politiques, ceux où la raison prévaut, ne sont pas des sujets qu’une fille maitrise. Sur les traces physiques, il faut essayer de les maitriser ou avoir recours à l’humour pour reprendre le dessus. C’est un travail de long terme qu’il faut mettre en oeuvre pour prendre conscience que nous sommes tous légitimes dans cet espace de parole et cet espace physique.

Se dire qu’on a le droit,et essayer ainsi d’agir sur notre passivité pour palier les situations de frustrations. Cette passivité bien que genré est partagée aussi par des hommes qui ne se sentent pas maitres des codes, ou est influencé par une personne qui parait plus dominant. Car oser parler c’est véritablement une prise de pouvoir sur soi (Virginie Despentes).

Essentiel de se DECULPABILISER: humiliée par son silence, volonté de parler difficile à surmonter dans un cadre non bienveillant.

3. Exercices de théatre

Il faut au contraire assumer les réactions de son corps, poser sa vie, s’ancrer dans le sol, et trouver des alliés visuels au moment de prendre la parole.

– Respiration 1: inspirer au maximum puis bloquer 10 sec et lacher tout d’un coup /

– Respiration 2: inspirer au maximum puis expirer le plus longtps possible et reprendre sa respiration, et inspirer max puis bloquer 10 secs et crier une cause de l’AUTOCENSURE.

– Jeu de rôles: devoir argumenter une situation vue comme délicate

4. Savoir répondre à un interlocuteur/interlocutrice

Il existe une technique simple pour pouvoir articuler son propos et répondre rapidement: elle consiste à reprendre la phrase en question (1), l’analyser (2) et mettre en avant ses conséquences (3) (ou contexte/analyse/proposition). Cette technique permet d’avoir le temps de canaliser sa réflexion autour de 3 axes: “voilà ce que tu dis ou penses, voilà ce que je pense et donc voilà ce que tu devrais faire.” Il ne faut pas hésiter à se répeter, pour asseoir la cohérence de ses propos.

Par exemple: Tu as dit que c’était la crise, cela a pour conséquence la coupe des services

                                      (1)                                (2)

publics donc il faut se mobiliser.

(3)

5. Ressenti des participant-e-s à cet atelier

Tou-te-s les participantes ont reconnu l’utilité de cet atelier et la réussite de ses animatrices à créer un espace protégé. On a senti ce côté solidaire, qui donne de la force. Ainsi il est important de multiplier ses formations de prise de parole pour se donner assez de force pour oser parler dans un cadre plus hostile.

Compte-rendu général du séminaire

Pour  bien commencer l’année, G.A.R.ç.E.S a invité ses adhérentEs et toutes  les personnes qui le souhaitaient à se réunir le temps d’un week-end  pour faire connaissance mais aussi pour évoquer différentes problématiques liées au  féminisme. C’était  aussi l’occasion de se réunir pour s’auto-former, réfléchir sur les oppressions genrées quotidiennes que nous subissons, et pour effectuer un pas supplémentaire vers l’(auto-)émancipation.

Dans l’ensemble, le séminaire fut un beau moment de partage féministe, regroupant de nombreuses et nombreux membres de Garçes, mais également des étudiantEs de Sciences Po et d’autres universités parisiennes, comme des jeunes et moins jeunes, des personnes travaillant, des féministes « historiques », des militantEs « Queer », des personnes simplement curieuses de voir ce que ce séminaire avait à leur offrir…

Ainsi, les  papiers recueillis sur le ressenti de ce week-end par les  participantEs ont été plus que positifs. Ils ont souligné la capacité  de Garçes à construire un espace de bien être et d’empowerment dans  lequel chacunE a pu s’exprimer, exister et s’affirmer dans l’espace  collectif tout en s’enrichissant personnellement et féministement.

Entre les sympathiques petits déjeuners et repas pris en commun, auxquels s’ajoute notre soirée du samedi soir dans le bar « La Veilleuse de Belleville », le programme était dense :

Samedi matin  : Après une première plénière sur « Etre et se dire féministe » la  soixantaine de participantEs s’est répartie en trois ateliers :  «  Etre et se dire féministe dans ses relations sentimentales et sexuelles  » , « Etre et se dire féministe dans le milieu étudiant » et un atelier sur la  prise de parole en public, adressé tout particulièrement aux personnes autocensuréEs n’osant pas parler au sein de l’espace collectif.

Samedi après-midi: Après une seconde plénière sur « l’intersectionnalité » (soit le concept  de sciences sociales permettant d’analyser l’imbrication – et non  l’accumulation- des discriminations entre elles, dans le vécu des  individuEs, dans les structures sociales mais aussi dans les discours politiques),  trois ateliers ont été proposés dans cette lignée : « Féminisme et  anticapitalisme », « Féminisme et religion » et « Féminisme et  antiracisme».

Dimanche matin  : Après l’affirmation de soi comme féministe et le questionnement sur  l’intersectionnalité samedi, c’est la sexualité et les sexualités qui ont été à l’honneur dimanche matin avec deux ateliers mixtes : « Stéréotypes et plaisirs sexuels » et « Queer et hétérosexisme », ainsi qu’un atelier non-mixte sur la masturbation féminine.

Dimanche après-midi : Après un retour sur les ateliers du matin et de la veille, nous avons  exprimé notre ressenti sur le weekend, réfléchi sur les choses qui étaient réussies et celles qui pourraient être améliorées (l’idée de créer une Charte a ainsi émergé à ce moment-là) avant d’échangé autour des projets  futurs de l’association.

Vous retrouverez tout au long des jours suivants des comptes-rendus ou des articles liés aux plénières et aux ateliers s’étant déroulés lors de ce séminaire, et n’hésitez pas à nous poser des questions ou à ajouter des remarques dans les commentaires!