Garçes appelle au rassemblement contre l’homophobie et pour l’égalité du 10 avril

L’HOMOPHOBIE TUE.
LA LESBOPHOBIE, LA BIPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE AUSSI.
ÉGALITÉ.

RASSEMBLEMENT MERCREDI 10 AVRIL – 20 HEURES – MARAIS

Premiers signataires : Act Up-Paris, Act Up-Sud Ouest, Acceptess-T, AIDES, Collectif contre l’homophobie Montpellier, Collectif Sous les Shorts des Filles, Collectif 8 mars pour toutes, les efFRONTé-e-s, Gouine comme un camion, le Mouvement Français pour le Planning Familial, le Syndicat du TRavail Sexuel (STRASS), Pink Bloc Paris, le collectif Ouiouioui, le collectif 16, Ex Aequo (Bruxelles), Barbieturix, Le Refuge, Le Mariage pour tous, Gais Lurons, Fédération Total Respect / Tjenbé Red, Fédération internationale des Gay Games, Le Coq Musclé, le SNEG, SOS Homophobie, OUTRans, Txy, G.A.R.ç.E.S, R.O.S.A, PopinGays.
  • Pour dénoncer la haine déversée depuis des mois contre les LGBT par les opposant-es au projet de loi, haine qui s’est intensifiée ces dernières semaines ;
  • Pour dire que cette haine n’a aucune légitimité dans un débat démocratique, et que celles et ceux qui, croyant bien faire, ont traité les partisans de la haine comme des interlocuteur-rices légitimes n’ont fait que renforcer leur violence ;
  • Pour rappeler que cette haine est alimentée par les inégalités et les discriminations légales qui touchent les LGBT et leur famille et qu’il est urgent d’y mettre fin ;
  • Pour soutenir les familles homoparentales, notamment les enfants, particulièrement exposé-es à la haine des opposant-es au mariage ; pour rappeler aux homosexuels, lesbiennes, bi et trans isolé-es, sans contact associatif, qu’ils et elles ne sont pas seules et peuvent compter sur nous face à la haine ;
  • Pour témoigner des conséquences de cette haine : taux de suicide plus important chez les jeunes homos, lesbiennes ou trans, prévention du VIH empêchée, prises de risque liées à une moindre estime de soi, persistance de l’épidémie de sida et d’hépatites virales ;
  • Pour réclamer l’égalité des droits dans tous les domaines pour les LGBT : mariage, adoption, Procréation Médicalement Assistée, changement d’état civil facilité pour les trans, etc ;
  • Pour dénoncer les menaces et les violences contre les associations LGBT, leurs membres ou les élu-es qui défendent l’égalité – menaces qui témoignent de l’absence d’arguments dont disposent les homophobes ;
  • Pour ne pas laisser la rue, lieu d’expression démocratique, aux ennemi-es de la démocratie qui la monopolisent depuis des mois et qui prennent les homos, les lesbiennes, les biEs et les trans comme première cible de leurs combats ;
  • Pour appeler, face à l’union des droites et des extrêmes-droites contre la démocratie, à une solidarité avec les minorités persécutées.

En soutien à ce rassemblement, le collectif Garçes appelle à un départ collectif depuis Sciences Po, au 27 rue Saint Guillaume. Rassemblement à 19h45 pour partir à 20h ! 

Hors-normes : de la nécessité de faire converger les luttes. Pour une véritable égalité des droits !

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photo: Act Up Paris, Manifestation pour l’égalité des droits

 

Ce texte a été écrit par des militantes de G.A.R.Ç.E.S. et n’engage pas tout le collectif. Nous le publions ici au titre de tribune libre.

A l’heure de lutter pour l’égalité des droits entre hétéros et non-hétéros, à l’heure de nous opposer aux forces réactionnaires prétendant, sans homophobie aucune, hiérarchiser plus encore les couples selon une vision profondément hétérosexiste de la société, certain.e.s d’entre nous ont refusé, au nom d’un certain pragmatisme, de voir associé.e.s les luttes pour l’avancée des droits des trans, des pédés, des gouines et des bi.e.s (TPGB), à celles des sans-papièr.e.s. Les arguments avancés vont de la crainte qu’exprimer maintenant une convergence de ces luttes brouillerait – et donc desservirait – notre message « principal », à l’idée que ces revendications auraient peu à voir l’une avec l’autre, puisque seules des politiques bien distinctes pourraient y répondre. . Par conséquent, dans un souci de cohésion et de lisibilité, les luttes des sans-papièr.e.s devraient être séparées de notre lutte « prioritaire ». C’est en réponse à ces arguments que nous avons souhaité présenter ce texte : pour nous, si les luttes féministes et TPGB et les luttes des sans-papièr.e.s ont chacune leurs spécificités, elles sont loin d’être déconnectées. Ne pas nier cette connexion, qui rend elle-même possible une convergence de nos luttes, est pour nous, féministes TPGB munies de papiers, une question de solidarité, mais aussi de cohérence et un enjeu politique global de taille[i].

Les cas des sans-papièr.e.s LGBT*I sont révélateurs de mécanismes d’exclusion multiples qui concernent directement nos luttes féministes et TPGB

Tout d’abord, cette convergence des luttes prend tout son sens dans cette évidence qu’aucun.e d’entre nous n’ignore, mais qui, pourtant, se trouve trop souvent minimisée, reléguée au rang de problème proprement marginal, celui d’une minorité de la minorité: parmi les sans-papièr.e.s se trouvent des personnes lesbiennes, bies, gays, trans*, intersex (LGBT*I) – et, on pourrait le dire autrement : parmi les personnes LGBT*I se trouvent des sans-papièr.e.s –, exposées à des stigmatisations multiples, intersectionnelles, et à une précarité accrue par ce double statut qui les rend sujets de fait, au moins de deux oppressions. Les mesures sécuritaires visant à restreindre l’immigration, mises en œuvre par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, touchent ainsi a fortiori les sans-papièr.e.s LGBT*I, d’autant plus exposé.e.s qu’ils/elles sont susceptibles d’être le réceptacle d’une homophobie d’Etat qui ne dit pas son nom.

Un exemple parmi d’autres est celui des couples LGBT*I dits « binationaux », qui font particulièrement les frais du durcissement généralisé des conditions de régularisation visant à réduire une immigration dite « subie », dont l’immigration familiale fait partie. En effet, malgré une circulaire de 2004 prévoyant la possibilité d’un droit au séjour en France pour les étrangèr.e.s ayant conclu un PACS, le manque de clarté des critères d’octroi des cartes de séjour « vie privée et familiale » ouvre la voie à des discriminations manifestes de la part de certaines préfectures et tribunaux administratifs[ii]. Aux soupçons d’homophobie qui pèsent sur le fond de certaines pratiques administratives, s’ajoute la discrimination existant entre couples mariés et couples non mariés face au droit au séjour[iii]. En l’état actuel de la législation, les couples LGBT*I binationaux y sont exposés de fait, puisqu’ils ne peuvent pas choisir de se marier ou pas. D’autre part, nous tenons à rappeler à quel point le mariage est lui-même contrôlé de près, n’entraînant pas automatiquement l’acquisition de la nationalité française: pour y accéder, le mode de vie des couples est contrôlé et sanctionné par l’Etat, les personnes mariées devant notamment remplir des conditions de communauté de vie d’au moins 4 ans, mais aussi d’ « assimilation » (connaissance de la langue française, entre autres)[iv]. Pendant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande s’était engagé à permettre la régularisation des personnes qui s’étaient retrouvées en situation irrégulière du fait des restrictions au rapprochement familial mises en œuvre sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais le « changement », pour le gouvernement « socialiste », ne se fera de toute évidence pas sur le terrain du racisme d’Etat : la circulaire de novembre 2012relative à la régularisation des étrangèr.e.s en situation irrégulière et scandaleuse à plusieurs égards, n’évoquait aucune disposition relative à la régularisation des étrangèr.e.s marié.e.s à un.e Français.e. Et on connaît la suite : le gouvernement Hollande/Ayrault poursuit les expulsions et le harcèlement des sans-papièr.e.s, dans la très droite ligne de ses prédécesseur.se.s.

Un autre exemple de politique migratoire restrictive qui touche de plein fouet les personnes LGBT*I étrangères est celui de la réforme, en 2011, de la législation relative « droit au séjour pour soins ». Depuis 1998, les personnes étrangères qui ne pouvaient pas « effectivement disposer » d’un traitement adéquat dans leur pays d’origine et venaient se faire soigner en France ne pouvaient pas être expulsées. En avril 2011, une réforme[v] portée par la majorité UMP est venue démanteler ce droit au séjour pour raisons médicales : désormais, seul.e.s les étrangèr.e.s pouvant prouver que le traitement est « absent » dans leur pays d’origine sont protégé.e.s de l’expulsion. Or, si, en théorie, la majorité des traitements est « présente » partout dans le monde, il est évident que leur coût, leur couverture territoriale et leur quantité varient, les rendant de fait inaccessibles à la plupart des malades. Une telle réforme est ainsi particulièrement susceptible de toucher les personnes LGBT*I porteuses du VIH/SIDA qui n’ont pas accès aux soins dans leur pays d’origine. Il n’a, évidemment, pas été prévu par l’actuel gouvernement de revenir sur cette réforme.

Enfin, le cas des demandeur.se.s d’asile LGBT*I révèle d’une même logique anti-migratoire et homophobe. Certes, les LGBT*I persécuté.e.s dans les Etats où l’homosexualité est criminalisée peuvent demander le droit d’asile en France en vue d’obtenir le statut de réfugié.e. Mais ils/elles doivent pour cela passer par des procédures à rallonge, minées par des dysfonctionnements et d’une intrusion aussi aberrante que déconcertante, sans garantie aucune que leur demande n’aboutisse[vi]. D’une part, les délais de traitement des demandes par l’OFPRA[vii] dépassent souvent les six mois. Ces délais déconcertants sont notamment le résultat d’un cruel manque de moyens alloués à l’OFPRA, réduit à quelques centaines d’agent.e.s qui doivent traiter plusieurs dizaines de milliers de dossiers[viii], et dont le travail n’est pas épargné par une politique du chiffre plus générale. Ainsi, en 2011, à peine plus d’un.e demandeur.se d’asile sur dix s’est vu.e octroyer le statut de réfugié.e par l’OFPRA, et à peine 20% des personnes ayant déposé un recours auprès de la CNDA après un premier refus. Une protection toute relative, donc. D’autre part, dans ce contexte globalement dégradé, les demandeur.se.s d’asile LGBT*I sont soumis.es à une procédure particulièrement intrusive et aux relents homophobes notoires : ils/elles sont en effet tenu.e.s d’exposer leur intimité et de revenir sur leur histoire dans les moindres détails afin de… prouver leur homosexualité. La teneur des questions posées aux demandeur.se.s d’asile révèle une profonde méconnaissance des expériences des personnes LGBT*I, et, pour certaines, sont basées sur une succession de stéréotypes hétérosexistes et homophobes. Ainsi, bien que la jurisprudence de la Cour nationale du droit asile (CNDA) ait évolué, certains juges fondent encore parfois leur décision sur un critère proprement aberrant : dans certains cas, il est ainsi exigé que la personne concernée « revendique » son homosexualité (y compris dans son pays d’origine), ou en fasse une « manifestation ostensible dans son comportement extérieur » (sic)[ix].

Dans ce contexte, nous tenons à rappeler que la solidarité du mouvement TPGB avec les personnes sans-papières et demandeur.se.s d’asile est loin d’être nouvelle. Ainsi, en 1998, a été créé Collectif des homos sans-papiers, aujourd’hui dissout et remplacé par l’ARDHIS[x], né, précisément, de la conjonction « de deux mouvements politiques […] : le premier est la mobilisation de gays et lesbiennes français pour la reconnaissance à part entière des couples homosexuels ; le deuxième est le combat de milliers d’étrangers pour la régularisation des sans-papiers.[xi] » Par ailleurs, nous tenons également à souligner le rôle majeur des réseaux informels de solidarité qui rassemblent une communauté autour de demandeur.se.s d’asiles LGBT*I arrivant en France. Autrement dit, nos communautés militantes se construisent et se renforcent aussi, au quotidien, en imbriquant ces luttes en leur sein.

Penser cette convergence comme outil de construction d’un mouvement véritablement incluant et de renforcement de nos luttes

On le perçoit déjà, quand on parle de personnes LGBT*I sans-papières, il s’agit tout d’abord de penser en termes d’intersectionnalité. Schématiquement définie comme l’imbrication de différents rapports de domination, l’intersectionnalité est ainsi un concept que nous nous sommes attaché.e.s à mobiliser dans nos analyses et dans nos luttes féministes[xii]. Les personnes LGBT*I sans-papières sont exposées à une double stigmatisation, à un double mécanisme d’exclusion. Il s’agit donc pour nous d’un enjeu de taille : continuer à construire, conformément à la vision que nous nous faisons de nos luttes féministes et transpédégouinebies, un mouvement inclusif, dont nous sommes plus que convaincues de la force dans nos luttes quotidiennes. Un mouvement inclusif qui tire précisément sa force, d’une part, de sa capacité à ne nier et à n’exclure aucune identité, aucune réalité ; et, d’autre part, de sa capacité à élargir la portée de ses revendications, en les recoupant, en mettant en évidence leurs intersections.

“I am undocumented and queer. These are my intersecting identities and realities”[xiii]

Alors que notre combat pour l’accès à tous les couples au droit au mariage, et à toutes les personnes le droit à la parentalité s’est inscrit dès le début de nos mobilisations sous le signe de l’égalité des droits, il nous semble urgent de revenir à ce principe, et de l’interroger. En effet, alors que l’on nous a opposé que les luttes pour le droit de vote des étrangèr.e.s ou pour la régularisation de tou.te.s les sans-papièr.e.s ne relevaient pas du même combat que celui que nous menions alors, et qu’il n’était pas « opportun » de « mélanger » les luttes et les sujets, il nous semble quant à nous urgent de nous interroger : quelle égalité des droits revendique-t-on ? Pour qui ? Dans quelles conditions ? Nous battions-nous pour l’égalité de tou.te.s ou nous battions-nous pour l’égalité des seul.e.s Français.es ? Nous battions-nous pour le droit de tou.te.s à se marier ou pour le droit des Français.e.s à se marier ? Il est selon nousplus que jamais temps de nous demander si nous voulons faire de nos luttes des luttes pour la seule extension de privilèges (ici, à la communauté nationale), ou des luttes pour l’abolition de ces privilèges. Pour nous, la réponse est déjà faite. Et dans ce cas, il est urgent de nous rappeler que l’égalité des droits ne saurait se diviser : homos, bi.e.s, trans’, hétéros, français.es, immigré.e.s, étrangèr.e.s, sans-papièr.e.s, le combat pour l’égalité des droits est un combat total. C’est par la convergence des luttes de tou.te.s les opprimé.e.s que ce combat se renforcera.

Penser cette convergence des luttes est pour nous une question de cohérence avec les revendications féministes et transpédégouinebies que nous portons.

De la même manière, il nous apparaît impossible de déconnecter les luttes pour les droits des sans-papièr.e.s des critiques féministes du mariage que nous élaborons. Au sein même de nos luttes pour l’ouverture du mariage et du droit à la parentalité, nous avons cherché à adopter une posture critique de l’institution du mariage; nous avons cherché à situer ce combat, pour le moins singulier, dans l’histoire passée et future des luttes féministes et TPGB ; cherché à souligner les potentiels effets pervers du mariage sur nos communautés, en termes de reproduction de multiples exclusions ; cherché à réfléchir aux perspectives de luttes qu’il nous appartient d’ouvrir pour éviter qu’une fois cette égalité en droit acquise, les luttes TPGB, multiples, refusant toute forme d’assimilation obligatoire, ne se trouvent renvoyées au placard.

Ces réflexions que nous avons menées nous amènent inévitablement, selon nous, à cette interrogation : si l’ouverture du mariage garantira une égalité des droits/en droit pour les couples, de quels couples parle-t-on ? Et de quel modèle de couple ? Certes, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe va permettre une reconnaissance plus large des couples que celle qui existe actuellement. Et nous ne cherchons pas à juger le désir de certaines personnes LGBT*I, qu’elles soient ou non sans papiers, de se marier – d’autant plus qu’il s’agit là, comme on l’a dit, d’une voie de régularisation pour les LGBT*I sans-papièr.e.s, qui rétablit une rupture d’égalité. Cela n’empêche que cette extension du mariage engage notre réflexion sur le modèle de couple que l’Etat désigne comme valide, respectable, et donc éligible à un certain nombre de privilèges. Ce que fait la loi, c’est renforcer les privilèges liés au mariage, et renforcer l’inégalité qui perdure entre couples mariés et couples non mariés, entre couples stables et monogames et d’autres formes de communauté de vie ou de solidarité. Et elle implique aussi, pour les LGBT*I étrangèr.e.s en situation irrégulière, comme on l’a vu, qu’il faut être persécuté.e dans son pays d’origine – voire se conformer aux stéréotypes hétérosexistes qui minent notre société –, et/ou se conformer au modèle de couple dominant tout en remplissant de surcroît des conditions d’« assimilation à la culture française », pour être régularisable.

Dans cette perspective critique, nous considérons que les sources d’exclusion sont multiples et nous refusons d’en hiérarchiser la lutte. Nous considérons que l’exclusion des étrangèr.e.s comme celle des personnes ne se conformant pas aux modèles de couple ou encore de vie établis comme dominants, répondent à des mécanismes d’exclusion similaires, fondés sur des rapports de domination et sur des discours « -phobes »(homophobes, transphobes, xénophobes, etc.) qui stigmatisent ce qui s’écarte des normes dominantes.

Contre l’instrumentalisation des luttes féministes et TPGB à des fins nationalistes et racistes : convergence des luttes féministes, TPGB et antiracistes

Enfin, nous revendiquons d’autant plus l’urgence et la nécessité de ne pas déconnecter les luttes trans-pédé-gouine-bies des luttes des sans-papièr.e.s, et, plus généralement, des luttes antiracistes, que les premières, sont régulièrement instrumentalisées à des fins nationalistes et racistes. Ainsi en est-il de Marine Le Pen qui déclare se soucier du sort des homosexuels dans les banlieues, et plus généralement de tous les discours racistes qui tendent à faire de l’égalité entre les sexes et les sexualités l’apanage de l’ « occident éclairé », stigmatisant ainsi l’Autre – le musulman, l’Arabe, le jeune de banlieue, l’étranger… – désormais invariablement représenté comme misogyne, homophobe, arriéré et brutal. L’homophobe, c’est l’autre, donc. Ce n’est donc pas l’élite de la classe politique française, de gauche comme de droite, qui, au titre de son opposition au « mariage pour tou.te.s », a pu depuis des mois déverser sa haine homophobe en public et sur toutes nos ondes : ce ne sont pas Copé, Jospin, Vanneste, Guigou, Poignant, Barèges, Baroin…, ce sont les Autres.

Ce « débat » intrinsèquement hétérosexiste et homophobe n’est par ailleurs que du pain béni ( !) pour la convergence, réelle et déjà en marche, des luttes réactionnaires, marginalisant et harcelant les minorités. Ainsi en va-t-il des multiples commentaires sur la « prochaine dérive » après l’ouverture du mariage aux couples de « même » sexe, à savoir la « légalisation de la polygamie[xiv] », argument raciste qui fleure bon l’époque coloniale, destiné à stigmatiser les hommes musulmans et leurs soi-disant pratiques « déviantes », archaïques et sexistes. De même, on pourra se rappeler qu’en appelant à la manifestation d’opposition du projet de loi sur l’ouverture du mariage le 13 janvier dernier, Copé ne s’était pas privé d’appeler à ce que cette manifestation soit un rassemblement « contre le mariage pour tous, contre le droit de vote des étrangers et contre le racisme anti-blancs ». Pour certains, la convergence des luttes n’est pas si inaudible, quand il s’agit de convergence des haines de l’autre. Les députés de droite l’ont bien compris et n’ont pas hésité à jouer la « carte migratoire » pour ajouter un argument à leur opposition à cette égalité des droits. Ceux-ci ont en effet déposé 103 amendements identiques proposant de supprimer l’alinéa 15 de l’article 1er du projet de loi, qui prévoie d’autoriser les couples binationaux à se marier même quand l’un.e des personnes vient d’un pays qui interdit le mariage de couples de même sexe. A l’appui ? Une « étude d’impact » qui craindrait que le projet de loi n’anticiperait pas « les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France ». Et Philippe Gosselin (UMP) de s’émouvoir alors : « La France ne peut pas accueillir tous les fiancés du monde. » Bel exemple de convergence des luttes xénophobes et LGBT*Iphobes, en somme. Nous n’inventons rien – Christine Taubira l’a dénoncé : « à la peur de l’étranger, [ils ajoutent] maintenant la peur de l’homosexuel étranger. »

Alors que les discours xénophobes et racistes se sont ainsi invités dans le « débat » sur l’égalité des droits et le « mariage pour tous », il n’aurait pas été « opportun » pour nous d’exprimer notre solidarité et rendre visible notre convergence des luttes ?

En réalité, il ne faut pas nous le cacher : Taubira a beau jeu de dénoncer l’homophobie et la xénophobie de ses collègues de l’assemblée, quand son gouvernement, en ne condamnant pas les propos homophobes tenus au sein de sa majorité, de Lionel Jospin à Bernard Poignant, en acceptant un « débat » dont les termes mêmes sont hétérosexistes et homophobes, et en reculant honteusement sur la PMA, fait le jeu de ce déversement de haines qui profite à l’extrême-droite. Or, c’est  bien le même gouvernement qui, dans le même temps, garde le cap des mesures sécuritaires mises en place par le précédent, stigmatisant encore davantage les minorités les plus précaires – notamment en poursuivant les expulsions et en fermant toujours plus la porte aux étrangèr.e.s et aux demandeur.se.s d’asile. Mais on en parle pas trop, on a « débat » ! Décidément, ce « débat » qui dure, en faisant le jeu des droites extrêmes, a bon dos. Pendant que l’espace public et médiatique était accaparé par un « débat » permettant aux homophobes de s’en donner à cœur joie, le reste se trouve invisibilisé. Et le « reste » de l’actualité, pendant les derniers mois du débat, c’était, notamment, le harcèlement des sans-papièr.e.s de Lille, menacé.e.s d’expulsion, dont une quarantaine étaient en grève de la faim pendant plus de deux mois, et dont deux ont été expulsé par Valls vers l’Algérie, où ils ont dû être hospitalisés d’urgence. C’était, aussi, la lutte des sans-papièr.e.s qui se redynamise partout en France, et subit la violence d’un gouvernement qui n’a de cesse de se cacher derrière sa police et de répondre à coup de matraques aux sans-papièr.e.s qui demandent la tenue des promesses du président Hollande et du PS en matière de régularisation.

La récupération des luttes féministes et TPGB pour servir des discours nationalistes et racistes, tout comme l’invisibilisation d’autres minorités à travers un « débat » qui nous concerne mais dont nous ne voulons pas, se fait sur notre dos. Quand les trans’, les bi.e.s, les gouines et les pédés boivent la tasse, ce sont aussi les sans-papièr.e.s qui trinquent. C’est là une des raisons pour lesquelles nous revendiquons la nécessité d’une convergence des luttes, d’une solidarité clairement exprimée. Nous refusons de servir de caution voire même de marchepied aux discours racistes et nationalistes. Nous refusons que ce combat particulier profite aux droites extrêmes, tout comme nous refusons de servir d’accoudoir au gouvernement pour mener à bien des politiques qui poursuivent, notamment, la marginalisation et la précarisation des sans-papièr.e.s.

Travailler à cette convergence des luttes et à sa visibilité constitue pour nous un enjeu formidable de renforcer nos luttes – toutes nos luttes – pour une égalité réelle. Prenons alors exemple sur les sans-papièr.e.s qui viennent viennent – depuis la manifestation pour le « mariage pour tou-te-s » du 27 janvier où un pôle « égalité des droits » s’était constitué autour de la convergence de certains groupes féministes et TPGB radicaux, d’associations antiracistes et de collectifs de sans-papiers[xv] – chanter tous les mercredis devant le siège du PS à Paris : « Mariage pour tous, Papiers pour tous : c’est ça, c’est ça, l’égalité des droits ! » La voie est montrée.

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Et pour que la convergence des luttes commence maintenant :

Le mercredi 20 mars, la caravane de sans-papièr.e.s en route vers le Forum Social Mondial de Tunis passera à Paris. Les sans-papièr.e.s qui y prennent part entendent dénoncer, par cette traversée des frontières maritimes, les drames et les milliers de morts par noyade auxquels conduisent les politiques de coopérations des Etats européens et subméditérannéens dans leur chasse aux migrants. La traversée des frontières est également l’occasion d’affirmer haut et fort le droit à la libre circulation et à vivre et travailler dans l’égalité.

Pour cette traversée, les sans-papièr.e.s vont plus que jamais avoir besoin de notre solidarité.

Nous appelons donc toutes et tous à se rendre mercredi 20 mars à 18h devant le siège du PS (métro Solférino) pour exiger de garantir le droit des sans-papièr.e.s à pouvoir participer au FSM de Tunis et à pouvoir revenir en France sans encombres.

Floten, Sol, Claire, Alex et Em


[i] NB ; Pour un texte sur le sujet écrit à la première personne, voir le texte de Massinissa B., disponible sur http://fr.scribd.com/doc/119825402/Des-Papiers-Pour-TouTEs.

[ii] Voir notamment un exemple parmi d’autres de harcèlement administratif et policier: Communiqué de presse de l’ARDHIS du 13 mars 2012, « Olivier et Farid », disponible à : http://www.ardhis.org/assemnle.php

[iii]  Seul le mariage constitue un mode d’acquisition de la nationalité française – sous conditions (Art. 21 du Code Civil). Ce n’est pas le cas du PACS ni du concubinage. Rappelons également qu’un mariage contracté dans un pays tiers n’est pas reconnu comme valable en France.

[iv]  Voir Article 21 du Code civil

[v]   Loi relative à l’ « immigration, l’intégration et la nationalité »

[vi]  Les avocats de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont d’ailleurs fait grève pendant plus de dix jours en mai 2012 pour dénoncer « la dégradation du traitement des dossiers des réfugiés et des droits de la défense ».

[vii]                    OFPRA – Office français de protection des réfugiés et des apatrides

[viii]                   Environ 45 000 demandes en 2011, dont 40 000 nouvelles demandes.

[ix]  Voir le rapport Fleeing Homophobia – Seeking Safety in Europe, Questionnaire pour la France remis par l’ARDHIS, disponible sur : http://www.fleeing-homophobia.fr/images/stories/France_questionnaire.pdf

[x]   Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour. Aujourd’hui, l’ARDHIS accompagne les personnes homosexuelles et transsexuelles vivant avec un.e Française ou un.e étrangèr.e, ainsi que les demandeur.se.s d’asile LGBT, dans leurs démarches juridiques pour accéder au droit à vivre en France, et milite pour la défense et la promotion de leurs droits.

[xii]                    Notamment lors du dernier séminaire de rentrée de Garçes (Septembre 2012). Voir https://collectiffeministe.wordpress.com/2013/02/23/imbrication-des-differents-rapports-de-domination/

[xiii]     Citation issue du projet “I am UndocuQueer”. Voir http://juliosalgado83.tumblr.com/post/15803758188/i-am-undocuqueer-is-an-art-project-in

[xiv]                   Argument rhétorique des opposants au « mariage pour tous » devenu récurrent, il a été repris, entre autres, par Marine le Pen, le député Jacques Bompard, l’archevêque de Lyon, François Lebel, Christine Boutin…

[xv] Dans ce pôle pour le mariage, la PMA, l’adoption, les papiers et le droit de vote pour tou-te-s, on trouvait notamment le collectif 8 Mars Pour Toutes, Act Up-Paris, le STRASS, Etudions Gayment, le P!nk Bloc, la FASTI, la CSP75, des militant-e-s du NPA, d’Alternative Libertaire, de la Fédération Anarchiste, de la CNT…

 

Féminisme et médias : un dilemme militant

Ce texte constitue le verbatim de l’intervention qui a été faite par une militante de Garçes, sans qu’elle n’engage tout le collectif, lors de la conférence « Femmes et médias : entre témoignage et militantisme » co-organisée avec la Radio de Sciences Po (RSP). Nous le publions ici au titre de tribune libre.

 

En tant que collectif féministe, notre rapport aux médias est nécessairement, en partie, un rapport militant. C’est au travers du prisme de ce rapport militant que je voudrais ici jeter quelques pistes pour appréhender les médias à notre échelle, je veux dire par là quotidiennement, presque banalement. Ce rapport, donc, féministe, militant et quotidien, il a au moins deux aspects :

1)      Il s’agit d’une critique des médias, qui comprend, inséparablement, une critique de la place des femmes en tant qu’actrices des médias – ou, pour le dire autrement, des inégalités de genre parmi les acteurs des médias – et une critique de la représentation des femmes par les médias

2)      Mais il s’agit aussi d’une appropriation et réappropriation des médias, donc d’un questionnement sur ce en quoi peut consister une production médiatique féministe. Cela, pour deux raisons. L’une tient à une certaine conception du féminisme, qui ne se satisfait par de l’interpellation des institutions, mais qui cherche à développer de manière autonome des pratiques féministes. La seconde tient à ce que sont devenus les médias : grâce aux nouveaux outils de communication – et notamment réseaux sociaux : facebook, twitter, diverses formes de blogging – la production médiatique a été très largement reconfigurée. Cela ne signifie pas qu’il ne demeure pas des rapports de pouvoir massifs dans le jeu médiatique, bien au contraire, et que certains médias, notamment par leur insertion dans un fonctionnement capitaliste et leurs liens avec des corporations, ne sont pas largement plus influents que d’autres. Mais cela ouvre cependant de nouvelles possibilités de résistance et d’invention féministes, comme je le disais, via une nouvelle pratique médiatique.

Ce que je voudrais exposer ici, c’est la confrontation des deux composantes de ce rapport – donc, une critique qui est plutôt de l’ordre de la contemplation, et une critique qui est plutôt de l’ordre de la pratique, même si l’opposition n’est pas si dichotomique – à un même dilemme, un dilemme proprement féministe – et que l’on retrouve peut-être, sous d’autres formes, comme dilemme militant. La question qui suscite ce dilemme, c’est : que dénonce-t-on comme sexiste, que produit-on comme image, texte, média antisexiste ? Tout le problème réside en fait en ceci : d’une part, les médias se font le vecteur d’une représentation différenciée de la femme, une représentation qui doit être replacée dans un rapport hiérarchique – évidemment, d’infériorité – avec les représentations de la masculinité. En gros, cette représentation est une injonction à la féminité, féminité qui est comprise de manière très étroite et très normative. Mais d’un autre côté, dénoncer purement et simplement cette représentation de la féminité dans les médias fait courir aux féministes un grand risque : celui de nier que bon nombre de femmes ont effectivement investi, à des degrés variés, cette culture de la féminité, et qu’il est peut-être possible, au lieu de purement et simplement l’abandonner, de s’interroger sur les raisons de son infériorisation et de chercher à défaire sa stigmatisation.

MediaCriticism

 

Je vais développer un peu ce dilemme. Ce que j’appelle « injonction à la féminité » et « étroitesse normative de la féminité », c’est la production dans les médias d’un modèle unique de féminité auquel nous sommes, femmes, enjointes à nous conformer pour nous insérer paisiblement dans l’ordre social sexué. Cette image de la féminité a deux caractéristiques essentielles. D’une part, elle est stigmatisante, parce qu’elle est comprise en relation avec une image masculine bien plus valorisée. Cela se traduit par le fait que ce qui est perçu comme « féminin » – disons en vrac et arbitrairement, à titre d’exemple, aussi bien le tricot, l’éducation des enfants, les tâches domestiques, que la passivité sexuelle – est assigné au « futile », par opposition aux nobles tâches et caractéristiques masculines – de la force physique, l’ambition, entre autres… D’autre part, elle est hautement normative, étroite, étroite au point même d’être contradictoire – c’est-à-dire que le système de normes transmis par l’image des femmes dans les médias, ce système de normes qu’il faut respecter pour être pleinement femme, est très précis, très sophistiqué, très complet, tellement complet et précis que certaines de ses injonctions ne sont pas compatibles entre elles. Cette étroitesse normative réduit donc drastiquement le champ des possibles pour être femme, en promouvant toute une série d’exigences : la « beauté », définie par la minceur, par la jeunesse, et  également, dans un discours directement racial, par la blancheur, souvent la blondeur, mais aussi l’hétérosexualité, la maternité, la douceur… toutes ces caractéristiques que l’on retrouve très largement dans l’image des femmes telle qu’elle transite par la publicité, par les femmes qui sont souvent choisies pour certains rôles médiatiques – les présentatrices, par exemple. Ce qui est intéressant, c’est que cette conception étriquée de la féminité réussit le tour de force de prétendre à l’universalité : voilà donc, nous dit-on, le modèle unique de féminité qui est reconnu partout, et peu importe qu’il s’agisse d’une « féminité » cisgenre, hétérosexuelle, et blanche. Ces exigences réduisent d’ailleurs tellement le champ des possibles de l’être-femme qu’elles finissent par faire du modèle « universel » de la femme une chimère évidente, en tant qu’elles se contredisent entre elles : il faut être sexy, mais pas allumeuse, il faut être active, mais maternelle et attentive à son intérieur, il faut être mince, mais se faire plaisir, il faut être à l’aise au lit, mais surtout répondre à tel et tel désirs des hommes, etc.

C’est du fait même que l’injonction à la féminité comporte ces deux caractéristiques – stigmatisation et normalisation étroite – que découle ce dilemme où j’arrive enfin. En effet, puisque l’injonction à la féminité fait montre d’un caractère double, les féministes voient s’ouvrir deux possibilités stratégiques. Soit, parce que l’image de la femme est stigmatisée, une stratégie féministe peut être de tenter de défaire la hiérarchisation entre activités dites « féminines » et « masculines » : il s’agit alors d’investir une série de traits culturels pour revendiquer leur légitimation. Le risque est alors de se satisfaire d’une culture soi-disant « féminine », en ignorant que cette féminité découle d’une construction, dans laquelle les médias ont joué et jouent encore un grand rôle, en ignorant aussi qu’un grand nombre de femmes sont de toute manière exclues de cette féminité – parce que non-blanches, non-hétérosexuelles, transgenres, prolétaires, trop prudes ou trop dépravées, trop grosses ou trop maigres, etc. Soit, parce que l’image de la femme est étroite et hautement normative, une autre stratégie féministe peut être de proposer des modèles alternatifs de « féminité » (les guillemets deviennent alors de plus en plus importants). Le risque est alors de stigmatiser et d’exclure certaines des femmes qui reproduisent certains des traits de la féminité médiatique, mais aussi de prendre pour argent comptant les termes d’une hiérarchisation qui a été imposée par un rapport de pouvoir sexiste.

La solution consiste peut-être à dire que ces deux stratégies féministes – d’investissement d’une féminité et de dénonciation d’une féminité unique, universaliste, et normative – face aux médias ne s’opposent pas nécessairement, pas tout le temps, à condition de savoir les doser, et, finalement, d’orienter les stratégies féministes vers ce but qui serait de rendre possible une multitude de féminités. J’arrive alors au point où je voudrais rattacher la résolution de ce dilemme aux nouvelles opportunités médiatiques que j’évoquais tout à l’heure : la transformation de l’ordre médiatique et les possibilités d’appropriation ou de réappropriation de certains médias me paraît une aubaine à ne pas laisser passer pour doser ces deux stratégies. Développer, ou plutôt chercher à atteindre, une certaine autonomie médiatique notamment par les réseaux sociaux, cela permet de diffuser une critique dénonciatrice, sans concession, des représentations sexistes telles qu’elles sont véhiculées par les médias dominants. Mais cela permet aussi de créer de nouvelles images, textes, représentations, qui peuvent tenter soit de se réapproprier une culture infériorisée et assignée au « féminin » – en se défaisant de l’utilisation commerciale et misogyne de certaines images de la féminité – soit de diffuser une multitude d’autres représentations, des « féminités » alternatives, non-blanches, trans’, non-hétéro, prolétaires, etc.

Vous vous en apercevez sans doute, un des points clefs qui articulent ce dilemme féministe est, profondément, la question du corps – la question du corps des femmes – et donc du positionnement féministe face à la normativité corporelle. Le corps, dès lors, est ici le corps en tant qu’il est médiatisé, est loin d’être un simple combat adjacent, secondaire à ce qui constituerait le cœur même des luttes féministes. La question du corps, au contraire, est stratégique, dans la mesure où s’y nouent nombre d’enjeux – psychiques ou sentimentaux, mais aussi, indirectement, économiques et politiques – plus souvent identifiés comme formant le nerf de la guerre, de la guerre pour le renversement de l’hétéronomie des femmes. Par là, on peut faire de la lutte contre un système sexiste de normativité corporelle, qui passe préférentiellement par les médias, quelque chose d’autre qu’une simple redécouverte égoïste, nombriliste de son corps : bien sûr, les pratiques féministes passent nécessairement par soi, et reconquérir son propre corps, apprendre à l’aimer, est un combat qui est trop souvent douloureux pour se laisser sous-estimer ; mais pointer, par le corps, des enjeux qui dépassent le corps individuel et le quant-à-soi, permet de poser les fondements d’une subjectivité politique collective. Pour laisser voir de quelle manière le corps pourrait être ce point stratégique dans un rapport féministe aux médias, je finirai avec ce passage de Mona Chollet, qui écrit, dans l’introduction de son livre intitulé Beauté fatale. Les nouveaux visages de l’aliénation féminine :

« Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d’argent et d’énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour et l’attention des autres traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti, après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque chose ; à s’adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts. Ainsi, la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales à celle contre les inégalités au travail en passant par la défense des droits reproductifs. »

(http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=149)

Garçes soutient le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur

Sexisme dans l’enseignement supérieur : la fin d’un tabou qui n’en finit pas…

En 2002, le CLASCHES (Collectif de Lutte Anti-sexiste contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement Supérieur) dénonçait publiquement les violences sexistes dans le monde universitaire. Depuis, si des avancées législatives ont été obtenues, les pratiques tardent à changer.

Ainsi, le 24 janvier 2013, le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur dénonçait publiquement les propos sexistes et homophobes contenus dans des pages Facebook intitulées « Osez le masculin » et « Osez le masculisme ». Ce petit groupe d’étudiants revendiquait son appartenance à Sciences Po Bordeaux. La direction de l’IEP a réagi et des procédures disciplinaires sont en cours. Nous avons également dénoncé un certain climat propice à l’expression des propos sexistes et homophobes. Nous pensons que toute institution d’enseignement supérieur doit lutter contre la « tradition dite potache », qui n’est que l’expression des rapports de domination, et contre les discriminations de sexe : 95% des professeurs d’université sont des hommes à l’IEP de Bordeaux -qui n’est pas une exception en matière d’inégalité dans l’accès aux positions hiérarchiques les plus élevées puisqu’au niveau national, et toutes disciplines confondues, les femmes représentent 23% des professeurs d’université. Alors que nous témoignons de ces inégalités, la direction de l’IEP de Bordeaux a déclaré dans la presse vouloir porter plainte pour diffamation contre le Collectif bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur (article de Libération du 8 février 2013, « Sciences po et le sexisme de ses étudiants »).

Plus largement, cette affaire révèle la banalisation des violences sexistes dans l’enseignement supérieur : la culture du silence, comme celle de la protection de l’image et de la réputation des grandes écoles et des universités constitue un terreau favorable à la perpétuation de pratiques qui ne seront jamais trop dénoncées. Si la révélation peut heurter, elle ne doit pas faire oublier qui sont les premières victimes de ces rapports de pouvoir. Elle est nécessaire pour peu que l’on veuille que disparaissent les discriminations de sexe et les violences sexistes dans le milieu universitaire.

 C’est pourquoi nous demandons :

  • La nomination d’un.e chargé.e de mission à l’égalité dans toutes les universités et les grandes écoles bordelaises, comme cela est proposé par la Charte pour l’égalité entre les Femmes et les Hommes, signée par la C.P.U, la C.D.E.F.I et la C.G.E., Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement Supérieur,  le 7 février 2013.
  • La mise en place d’une cellule de veille contre le harcèlement sexuel et le sexisme, à l’échelle du campus, sur le modèle de la CEVHIS de Lille 3 par exemple, ou comme il en existe sur certains campus allemands, hollandais, nord-américains, etc.
  • La garantie (création des conditions politiques et matérielles) d’une réflexion et d’un réel débat concernant les rapports de domination dans l’enseignement supérieur au niveau des étudiant.e.s et du personnel.

Le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur.

 

Signataires : SUD étudiant Bordeaux, OSB IV, UNEF Bordeaux, Solidaire Etudiant-e-s, EFiGiES Bordeaux, Garçes Collectif Féministe IEP Paris, SOS Suicide Phénix, SUD éducation Aquitaine, CLASCHES (Collectif de Lutte Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement Supérieur), Genre en Action

Pour briser le silence et pour que les intimidations contre le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur cessent, nous avons besoin de votre soutien et vous invitons à signer et diffuser largement cet appel public. Signez la pétition par ici : http://www.petitions24.net/appel_a_soutien !

Solidarité avec Pinar Selek

Tuerkische Autorin Pina Selek in Berlin, Foto Amelie Losier

Le 24 janvier 2013, Pinar Selek, chercheuse en sciences sociales et militante féministe et antimilitariste turque, engagée auprès de multiples groupes marginalisés en Turquie, a été condamnée à perpétuité pour un attentat qui n’a jamais existé, après près de quinze ans d’acharnement politico-judiciaire. Quinze ans pendant lesquels elle ne s’est jamais tue. En solidarité avec Pinar Selek, Garçes, collectif féministe, tient à faire connaître ses luttes.

Quinze années d’acharnement politico-judiciaire

En juillet 1998, alors qu’elle préparait un projet de recherche sur le conflit armé entre l’Etat turc et les Kurdes, Pinar Selek a d’abord été arrêtée par la police turque et sommée de lui livrer les noms des militant.e.s kurdes qu’elle avait interviewé.e.s. Son refus lui a valu sept jours de détention arbitraire, pendant lesquels elle a été torturée. Quelques semaines plus tard, elle s’est trouvée accusée d’avoir organisé un attentat à la bombe sur le Marché aux épices d’Istanbul, arrêtée, emprisonnée pendant plus de deux ans et torturée pendant sa détention. Pourtant, l’enquête a très vite conclu à  une explosion accidentelle, causée par une fuite de gaz. Les « témoins » qui avaient appuyé son accusation ont reconnu avoir fait de fausses déclarations sous la torture. Pinar Selek a donc été libérée en 2000 et acquittée à trois reprises par la 12e Cour pénale d’Istanbul – en 2006, 2008 et 2011. Mais les deux premières fois, la Cour de Cassation a annulé ces verdicts, et suite au troisième acquittement, la 12e Cour pénale d’Istanbul a elle-même décidé, le  22 novembre 2012,  d’annuler son propre verdict, alors même que seule la Cour de Cassation est compétente pour casser ou confirmer un jugement de première instance. Un nouveau juge, peu familier du dossier, a demandé la condamnation de Pinar Selek à perpétuité pour attentat et appartenance à une organisation terroriste. Chose faite lors de la dernière audience, le 24 janvier dernier. Un mandat d’arrêt a été déposé contre elle. Ses avocats vont faire appel de cette décision.

Pinar Selek a été contrainte de quitter la Turquie en 2009 et vit aujourd’hui en exil à Strasbourg.

Son crime : chercher à « analyser les blessures de la société pour être capable de les guérir »

Pinar Selek mène des recherches et milite depuis plus de vingt ans pour la reconnaissance et les droits de diverses communautés marginalisés, travaillant sur et avec des Kurdes, des Roms, des enfants des rues, des travailleur.se.s du sexe, des travestis, des personnes trans, lesbiennes, gays et bisexuelles. En 2006, elle a déclaré à la 12e Cour pénale d’Istanbul que, pour elle, « les sociologues [doivent] être capables de guérir les blessures de la société »[1].

On l’a vu, Pinar Selek a d’abord été arrêtée et torturée pour avoir cherché à documenter et à analyser le vécu de la minorité kurde en toute indépendance, puis emprisonnée et poursuivie après avoir refusé de dévoiler ses sources. Il est clair que l’acharnement politique et judiciaire dont elle est la cible, qui la désigne comme terroriste, ne vise qu’à décrédibiliser et à sanctionner son travail de chercheuse, qu’elle n’a jamais dissocié de son militantisme. Il est clair qu’à travers elle, ce sont les chercheur.se.s, les avocat.e.s, les journalistes, les activistes critiques, dont des dizaines font face à des poursuites et sont emprisonné.e.s, qui sont visé.e.s, stigmatisé.e.s et criminalisé.e.s.

« […] le pire est qu’une telle punition face à une démarche qui avait pour simple ambition de tenter d’apaiser les plaies béantes de la société, est devenue également une menace contre toute tentative de diagnostic ou de soin encore à inventer. Au travers de ma personne, un signal d’alarme a été envoyé à tous les hommes et toutes les femmes en recherche d’une indépendance d’esprit. Les sociologues, les chercheurs en sciences sociales et les militants ont été pointés du doigt. Et j’ai été choisie comme emblème. »

Extrait de la plaidoirie de Pinar Selek à la 12ème Cour d’Assises d’Istanbul en date du 17 mai 2006

Quinze années de luttes

Mais pour Pinar Selek, toutes ces années de harcèlement politico-judiciaire ont aussi été quinze années de luttes. Quinze années pendant lesquelles elle ne s’est jamais tue, pas plus qu’elle n’a mis un terme à ses travaux sociologiques et à ses combats contre toutes les formes de domination, de pouvoir, de violence et d’exploitation. Pour elle, la paix et la justice ne se divisent pas.

Après sa libération, en 2000, elle organise ainsi une première « Rencontre des femmes pour la paix » (projet mûri en prison), avant de participer à la fondation, en 2001, de l’association féministe Amargi, mobilisée contre les violences faites aux femmes, pour la paix et contre toutes les formes de domination. L’association est alors notamment à l’origine de la première librairie féministe d’Istanbul et, en  2006, de la revue théorique féministe Amargi, dont Pinar Selek est toujours rédactrice en chef. Avant de s’exiler en France, elle a également publié un ouvrage sur la culture militariste et les mobilisations pour la paix en Turquie (Barisamadik – « Nous n’avons pas pu faire la paix », 2004), et un autre sur la construction de la masculinité dans le contexte du service militaire (Sürüne Sürüne erkek olmak – « Devenir homme en rampant », 2008), qui lui a valu menaces et intimidations dans la presse. Pinar Selek est actuellement doctorante à l’Université de Strasbourg, où elle prépare une thèse sur les mouvements d’émancipation en Turquie. Malgré l’exil et les menaces, elle a toujours refusé d’y abandonner son engagement.

Pinar Selek n’est pas seule dans cette lutte. De nombreux groupes et associations réunissant sociologues et de chercheur.se.s, militant.e.s féministes, LGBT, engagé.e.s contre toutes les formes de violences et de discrimination, ainsi que de nombreuses organisations internationales (voir notamment les réactions de la FIDH et de Amnesty International), s’engagent à ses côtés, notamment via son Collectif de solidarité en France.

Garçes, collectif féministe, est solidaire de Pinar Selek et se joint à cet engagement. L’enjeu ici est de faire connaître son combat pour la justice et ses travaux. Pinar Selek a décidé de ne pas se taire. Nous ne nous tairons pas.

Pour en savoir plus sur les luttes, les idées et les écrits de Pinar Selek :

Ø  Retrouvez la biographie détaillée de Pinar Selek, la chronologie de son procès, toutes les actualités, les articles qui parlent d’elle, ainsi que certains de ses écrits, sur le site du collectif de solidarité avec Pinar Selek en France : http://www.pinarselek.fr

Ø  Pour contacter le collectif de solidarité avec Pinar Selek en France : solidaritepinarselek.france@gmail.com


[1] Plaidoirie de Pinar Selek à la 12ème Cour d’Assises d’Istanbul en date du 17 mai 2006

Mariage, adoption, filiation : égalité maintenant !

Parce que l’égalité des droits n’attend pas et n’attend plus,

Parce que le mariage ne doit plus être seulement réservé aux couples hétérosexuels,

Parce que des enfants adoptés par deux pères ou deux mères seront aussi heureux que des enfants adoptés par un père et une mère,

Parce qu' »on s’est battues pour avorter, on se battra pour enfanter ! »,

Parce que la PMA, tout couple de femmes et toute femme célibataire y a droit,

Parce qu’être contre cette loi, c’est être homophobe,

Parce qu’être féministe, c’est lutter contre l’hétérosexisme et contre l’idée que l’hétérosexualité est « meilleure » que l’homosexualité,

….pour toutes ces raisons, RDV ce dimanche 27 janvier à Denfert-Rochereau, pour manifester !

Soyons nombreux et nombreuses, pour montrer notre détermination à obtenir l’égalité des droits pour tous et toutes ! A cette occasion, GARCES a écrit un tract, également signé par SUD Sciences Po et NPA Sciences Po : Mariage, adoption, filiation : égalité maintenant ! 

RDV le 27 janvier, place Denfert-Rochereau, à côté de la pharmacie en face de Monceau Fleurs, et dos à la statue du Lion (soit l’angle de l’avenue Denfert-Rochereau et du Boulevard Arago) !

Soutien au Planning Familial de Paris

Suite à l’intrusion d’opposants à l’avortement dans les locaux du Planning Familial 75 à Paris les 25 et 26 juin 2012, le Planning Familial 75 a porté plainte pour « entrave à l’interruption de grossesse par pressions, menaces ou intimidation du personnel, d’une patiente ou de son entourage ». 

Le 25 juin 2012, M. Xavier Dor, opposant actif à l’avortement, président de SOS Tout-Petits (association anti-IVG) et ayant déjà fait l’objet de plusieurs comparutions et condamnations devant les tribunaux correctionnels de France pour délit d’entrave, a voulu prier au sein de la salle d’attente du Planning Familial de Paris, ce qui lui a été refusé.

Revenu le lendemain, le Planning Familial a de nouveau demandé à M. Dor de quitter les lieux, ce qu’il a fait. Mais, dans l’escalier, il a croisé une mère de famille venant réaliser une IVG et l’a agressé (notamment psychologiquement) en lui donnant « des chaussons taille foetus » et « une médaille ». Cette femme a également porté plainte.

Ainsi, ce lundi 21 janvier, à 13h30, à la 31ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, a lieu le procès opposant Le Planning Familial 75 à Xavier Dor. 

Le Planning Familial, l’ANCIC (Association nationale des Centres d’Interruption Volontaires de Grossesse et de contraception) et la CADAC (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception) se sont constituées parties civiles à ce procès.

Elles appellent à rassemblement Boulevard du Palais à proximité du Palais de Justice à partir de 12h30 avant le procès.

Rendez-vous donc, nombreuses et nombreux, Boulevard du Palais, à proximité du TGI, le lundi 21 janvier 12h30. 

 

Les GARÇES seront présentes !

 

Pour en savoir plus :

– http://fr-fr.facebook.com/events/121359108033755/permalink/121359111367088/

– http://www.planning-familial.org/sites/internet/files/2013-01-15_cpcommun_proces_pf75_contre_dor.pdf

http://www.metrofrance.com/paris/paris-xavier-dor-l-anti-ivg-recidiviste-au-tribunal/mmau!VKXfbOR5edi/