5 raisons pour lesquelles la non mixité est un impératif et pourquoi nous sommes fatiguées d’avoir à nous en justifier

Voilà plus de cinquante ans que les vertus de la non mixité dans les luttes pour l’émancipation des groupes minorisés ont été pensées, questionnées, mises en pratique et revendiquées. Cinquante ans, et nous en sommes toujours là, sommées de nous expliquer, de nous justifier, comme si nous n’étions là que pour ça : rendre intelligibles nos luttes. Cinquante ans qu’on nous refuse de pouvoir choisir jusqu’aux moyens de nous rassembler.

Si la pédagogie est, dit-on, l’art de la répétition, comprenez bien que nous refusons de rentrer dans le cercle sans fin des justifications. Non seulement parce que nous sommes fatiguées de mettre au coeur de nos discussions l’éternelle question de la place des hommes dans le féminisme, mais aussi, et surtout, parce que nous refusons cette injonction continuellement faite aux femmes, comme à tout groupe opprimé, d’avoir à légitimer leur existence et leurs actions. Nous n’avons pas la moindre intention d’attendre de qui que ce soit une validation de nos outils de lutte. Au contraire nous revendiquons sans concession la non mixité comme un choix politique. Et voici pourquoi.

1. Parce que nous avons retenu les leçons de l’histoire

Ce que nous ont appris dès les années 60 les mouvements de lutte pour les droits civiques des Noir.es américain.es, c’est qu’il ne faut pas attendre des personnes qui tirent leurs privilèges d’un système de domination qu’ils et elles y renoncent d’eux et d’elles-mêmes, par générosité, humanisme ou bienveillance. Tout mouvement, mixte à ses débuts, est rapidement confronté à l’impossibilité d’avancer sans déconstruire, en son propre sein, les rapports de domination qui peuvent s’y nouer. Car comme l’écrit la sociologue et féministe Christine Delphy, “dans les groupes mixtes, Noir.es-Blanc.hes ou femmes-hommes, et en général dans les groupes dominés-dominants, c’est la vision dominante du préjudice subi par le groupe dominé qui tend à… dominer.” L’expérience des Noir.es américain.es, mais aussi du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) l’a montré : en mixité, ce sont toujours celles et ceux qui tirent avantage du système qui se retrouvent au premier plan, reproduisant au sein même du mouvement militant les logiques oppressives que celui-ci cherche à déduire et, pire, le vidant de son contenu politique. Les exemples sont légion, mais pour n’en citer qu’un seul il n’y a qu’à relire l’anecdote rapportée récemment par Caroline de Haas à propos de la création en 2009 de l’association, aujourd’hui bien implantée dans le paysage militant, Osez le féminisme : “Dans la salle, une centaine de personnes, 85% de femmes. A la fin de la rencontre, 33% des femmes présentes et 45% des hommes présents avaient pris la parole. Les femmes avaient parlé en moyenne 2 minutes, les hommes 4 minutes. Dans une réunion féministe, avec 85% de femmes, nous reproduisions les inégalités dans la prise de parole.” Quel groupe féministe mixte n’a-t-il pas expérimenté ce phénomène ? Et quelle légitimité porte un collectif féministe qui ne permet pas aux premières concernées de s’exprimer ?

 

2. Parce que nous revendiquons d’être les mieux placées pour parler des sujets qui nous concernent

Laisser du temps de parole aux hommes, c’est leur laisser nous expliquer notre réalité. Or en matière sociale, l’objectivité n’existe pas, et ce n’est pas parce qu’un individu se sent en dehors d’un rapport de pouvoir qu’il peut prétendre porter un regard neutre. Car personne n’est en dehors du système. Il n’y a pas d’opprimé.e sans oppresseur.e. Nous n’avons donc pas besoin de l’avis d’un homme pour savoir si notre perception de notre vécu est juste. Nous refusons de perdre notre temps et notre énergie à vous convaincre que OUI le sexisme est une réalité vécue au quotidien, que les violences que nous subissons sont réelles et que NON ce n’est pas parce que vous ne voyez rien que cela n’existe pas. Nous n’avons pas non plus besoin de l’avis d’un homme sur nos choix d’action car les conséquences, c’est nous qui les subiront. C’est pourquoi nous revendiquons la pratique de la non mixité comme une déclaration d’indépendance : ne nous libérez pas, on s’en charge ! Nous fixons nous même nos conditions et notre agenda politique.

3. Parce que nous revendiquons une parole libérée des codes de domination

Parce que les hommes bénéficient d’un statut privilégié fondé sur l’oppression des femmes et de ce qui est perçu comme féminin, nous exigeons des espaces où nous seront à même de définir et d’assumer ce que nous sommes, indépendamment du regard masculin. Des espaces où nous nous sentirons libre de toute injonction : injonctions faites à nos corps, à nos voix, à notre ton, à notre parole. Injonction à “oser”, à “nous assumer”, à “bien parler”. Nous sommes fatiguées d’avoir à être polies, gentilles, jolies et souriantes alors que nous avons besoin de parler de douleurs, de peurs, de crimes et de colère. Parce que la parole des femmes est toujours de “trop” (trop bavarde, trop criarde, trop faible…) et qu’une “vraie femme” est une femme silencieuse, nous revendiquons des espaces où notre parole n’est justement pas une “parole de femme”, mais la nôtre.

4. Parce que nous revendiquons le droit de parler sans crainte

Les violences, les agressions et les humiliations que nous subissons au quotidien sont propres à notre condition de femme. C’est parce que nous portons ce que la société a construit comme un stigmate, la “féminité”, que des hommes se permettent constamment de nous rappeler à l’ordre, de nous signaler notre subordination et ce qu’il en coûte de vouloir en sortir. Ce sont des hommes qui frappent ou violent à la maison, qui insultent dans la rue, qui mettent en pratique ce paternalisme agressif, si courant dans les cercles de pouvoir. Et si parfois ces violences s’adressent à d’autres hommes (souvent perçus, est-ce un hasard, comme efféminés), ce sont les femmes qui en font les frais les premières. Dans ces conditions, nous revendiquons le droit de construire des espaces libres, où nous ne risquons pas de côtoyer ceux-là même qui participent et tirent avantage de cette hiérarchie oppressive. Nous refusons d’avoir à faire attention à ne pas nous mettre en situation de rencontrer un potentiel agresseur. Toute notre attention, toute notre énergie doit pouvoir être consacrée à nos actions, à nos réflexions, au développement de stratégies militantes. La ténacité avec laquelle des hommes viennent régulièrement perturber les réunions non mixtes de la Nuit Debout ! nous semble ainsi particulièrement ironique : ces hommes qui s’insurgent de l’exclusion dont ils prétendent être les victimes sont par ailleurs bien silencieux, pour ne pas dire complètement indifférents, aux agressions sexuelles que des militantes ont pu y subir.

5. Parce que nous refusons de tenir compte de vos sentiments

Alors oui, nous le savons, vous n’êtes pas comme ça, vous. Vous êtes sans aucun doute une bonne personne, et même peut-être un mec bien ? C’est curieux comme tous les hommes que nous côtoyons sont des mecs bien ; à les entendre, le sexisme tomberait du ciel, de manière complètement désincarnée. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance de l’égalité femmes/hommes mais personne n’ose parler du fait que ce sont des personnes réelles qui les mettent en oeuvre. A vrai dire peu nous importe car pour une fois, il n’est pas question de vous, ni de votre ego mais d’un système, le patriarcat, que nous nous attachons à détruire. En tant que groupe, en tant que classe, les hommes jouissent d’un certain nombre de privilèges, mais ce n’est pas à celles et à ceux qui en font les frais de faire taire leur douleur, de ménager l’amour propre des dominants, ni de les convaincre de la réalité des oppressions qu’elles et ils vivent. C’est fou comme le débat avance drôlement plus vite lorsqu’on n’a pas à perdre énergie et temps à expliquer à chacun que ce n’est pas de lui dont il est question, que ce n’est ni le lieu ni le moment de faire de la pédagogie, qu’ici, pour une fois, le centre de l’attention, de notre attention, c’est nous !

 

Alors, oui, la non-mixité ça peut faire peur. Parce qu’on décide de ne plus se taire. Parce qu’on décide d’être les maîtresses de nos vies. Parce que notre non mixité à elle seule est politique et fragilise le pouvoir masculin. Mais, devinez quoi, on ne vous demande pas l’autorisation ! Et aussi longtemps que cela nous semblera nécessaire, nous utiliserons cet outil. Et aussi longtemps que d’autres groupes dominés le penseront nécessaire, nous les soutiendrons.

Trans, Intersexes: une loi, des droits !

Garçes, le collectif féministe et LGBTQI de Sciences Po. soutient l’Existrans 2013 ! Comme  chaque année, nous réitérons notre engagement à lutter contre la trans/inter-phobie d’État, à l’heure où le gouvernement reste évasif quant à la situation juridique et sociale des trans* et des intersexes. Nous reprenons ici le communiqué de presse écrit et publié par le Collectif Existrans et y souscrivons totalement.

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L’Existrans : la marche des personnes Trans & Intersexes et de celles et ceux qui les soutiennent aura lieu cette année le 19 octobre avec un cortège qui partira des Invalides à 14h où chacunE est attenduE afin de venir scander et défendre les revendications du collectif.

Pour cette dix septième édition, et dans un climat politique frileux où le gouvernement ne mesure pas l’urgence de la situation et se laisse intimider par les forces homophobes et réactionnaires réveillées contre la loi sur le « mariage pour tous », nous comptons bien faire entendre nos voix afin que cessent les multiples discriminations et violences transphobes et la précarité sociale qui frappent les personnes Trans et Intersexes.

« TRANS, INTERSEXES : UNE LOI, DES DROITS ! »

Le gouvernement doit tenir ses engagements et déposer sans délai un projet de loi qui nous permette de disposer librement de nos identités, de nos corps et de nos vies sans subir en permanence les violences médicales, psychiatriques, administratives, judiciaires et sociales, qui nous blessent, nous précarisent et nous mettent tout simplement en danger !

Ainsi, nous exigeons :

► Le changement d’état-civil libre et gratuit devant un officiel d’état-civil, sans condition médicale (ni stérilisation ni suivi psychiatrique), sans homologation par un juge.

► Le libre choix des parcours médicaux, sur la base du consentement éclairé, avec le maintien des remboursements en France et à l’étranger.

► Le démantèlement des équipes / protocoles hospitaliers et la formation des médecins et chirurgiens français pour un suivi médical de qualité, respectueux et dépsychiatrisé.

► Le financement de campagnes nationales de sensibilisation créées ou approuvées par les associations Trans et Intersexes pour lutter contre la transphobie et pour la visibilité des Intersexes.

► La formation et la sensibilisation des personnels en contact avec les personnes trans et intersexes (santé, éducation, social, administratif, justice, prisons, etc).

► La mise en place de mesures pour faciliter l’accès au monde du travail et aux études et pour protéger les salariéEs trans et intersexes.

► Le financement de la recherche et de la communication sur la santé des personnes trans et intersexes et de leurs partenaires (VIH/sida, hépatites,IST, effets des traitements à long terme, interactions médicamenteuses, etc).

► L’abrogation des lois contre le travail du sexe précarisant et mettant en danger les personnes trans et intersexes concernées et l’abandon de tout projet visant à pénaliser les clientEs.

► Le respect de l’identité de genre et l’amélioration des conditions de vie des Trans et Intersexes en prison.

► La reconnaissance et la prise en compte dans les demandes de régularisation des Trans et Intersexes sans papiers de leur extrême fragilité sociale.

► L’adoption par l’ensemble des médias d’une charte contre la transphobie et les discriminations envers les Intersexes pour assurer le respect de la personne humaine et une meilleure représentation des Transidentités et des personnes intersexes.

► L’arrêt immédiat des opérations et des mutilations sur les enfants intersexes, l’accompagnement psychologique de leurs parents et l’accompagnement à l’auto-détermination des Intersexes, conformément à la résolution 1952 (2013) du Conseil de l’Europe pour le droit des enfants à l’intégrité physique.

► L’accompagnement des enfants et adolescents dans leur autodétermination, y compris le respect et la protection de toute expression de genre, le respect des prénoms et genre choisis, notamment dans le cadre scolaire, l’accès sur la base du consentement éclairé aux traitements hormonaux et/ou bloquant la puberté, comme aux autres traitements ou opérations, et l’accès au changement d’état-civil.

Il est urgent que l’ensemble de ces mesures légitimes, cohérentes et vitales soient prises en compte afin que chacunE puisse vivre décemment et librement, en conformité avec les principes fondamentaux de notre République, fondée sur le respect de la dignité humaine ainsi que sur le droit à disposer de son corps.

La France, qui se présente au monde comme « le pays des Droits de l’Homme », va-t- elle enfin respecter les principes de Jogjakarta1 et les directives européennes, et devenir enfin « le pays des droits humains » ?

Il existe aujourd’hui un réel danger pour la mise au placard de ces mesures législatives pourtant impératives et urgentes. Cela signifierait pour les Trans et les Intersexes le maintien voir l’aggravation des multiples discriminations et violences qu’ils et elles subissent.

Le gouvernement doit déposer au plus vite un projet de loi !

Le 19 octobre prochain, soyons nombreuSESx à faire entendre nos voix ! Avec un soutien large, inconditionnel et sans faille de tous nos amiEs et alliéEs !

La lutte contre la transphobie, c’est maintenant ! C’est de nos vies qu’il s’agit !

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Féministes mobilisées pour la Marche des Fiertés 2013: luttons pour l’égalité & la liberté !

La Marche des Fiertés LGBTQI* (lesbiennes, gays, bi.e.s, trans, queers, intersexes) se déroulera le samedi 29 juin 2013. Cette manifestation revêt une importance toute particulière, dans un contexte politique et social très dégradé pour les minorités. Si l’ouverture des droits au mariage et à la filiation pour tous les couples demeure une avancée significative, elle ne doit pas occulter la persistance des inégalités et des discriminations, qu’il s’agisse de la PMA pour les couples de femmes, des droits des trans’ et de la lutte contre les homo/trans-phobies. Cette Marche n’est donc pas qu’un espace d’expression et d’affirmation de nos différences, mais aussi un lieu de revendication politique.

 

Pourquoi est-ce que les féministes doivent se mobiliser pour la Marche des Fiertés ?

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Parce que la France est loin d’être un paradis pour les minorités. Nous vivons quotidiennement l’accentuation des actes, paroles et positions homo/trans-phobes, rendus possibles par les interminables “débats” au Parlement, les mobilisations de la Manif pour tous et la diffusion des idées d’extrême droite dans tout le champ politique. Nos luttes pour l’obtention de droits élémentaires ont été émaillées d’insultes, d’agressions, de viols et de meurtres. Nous affirmons que la lutte contre les violences et les discriminations doit demeurer notre priorité. Nous refusons de subir en silence les humiliations et les intimidations.

À ce titre, les positions du gouvernement et d’une partie du corps législatif cautionnent et alimentent la situation actuelle. L’État doit prendre acte de nos existences et agir sans concessions. Nous exigeons l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes, la possibilité pour les trans d’obtenir un changement de sexe à l’état-civil sans passer par des procédures longues et humiliantes, une reconnaissance juridique des intersexes et des migrant.e.s LGBTQI*, des politiques publiques en faveur des bi.e.s et des minorités sexuelles et de genre partout en France, y compris en outre-mer.

Par ailleurs nous rappelons que le Sida, totalement oublié lors des débats des derniers mois, continue de tuer en France et dans le monde et qu’il touche en priorité les populations les plus précarisées : les trans, les femmes, les travailleur.se.s du sexe, les migrant.e.s, les ultramarin.e.s, les gays. Il est urgent de prendre des mesures concrètes pour l’amélioration de l’accès aux soins et à la santé, ainsi que des politiques visant à endiguer l’épidémie actuelle.

Enfin, notre engagement féministe nous conduit à rappeler que la lutte contre l’homo/trans-phobie n’est possible qu’à condition que le sexisme et le racisme soient également pris en compte. L’ensemble de ces discriminations opèrent de façon similaire. La montée de l’hostilité envers les minorités sexuelles et de genre, se produit dans un contexte où le sexisme, le racisme et/ou l’islamophobie sont banalisés et font chaque jour plus de victimes. Notre minorité n’est pas exempte d’actions discriminantes. À titre d’exemple : l’invisibilité (des lesbiennes, des trans ou) des populations LGBTQI* non-blanches.

Les polémiques relatives à la “théorie du genre” et les réactions hostiles ou hésitantes du gouvernement soulignent l’importance de poursuivre la lutte féministe, LGBTQI*, anti-raciste. Il est urgent d’entamer une prise de conscience et d’unir collectivement nos forces

Le 29 juin est bien plus qu’une fête.

C’est une journée de lutte féministe, anti-homo/trans-phobie, anti-raciste, anti-fasciste.

Luttons.

Solidarité avec Pinar Selek

Tuerkische Autorin Pina Selek in Berlin, Foto Amelie Losier

Le 24 janvier 2013, Pinar Selek, chercheuse en sciences sociales et militante féministe et antimilitariste turque, engagée auprès de multiples groupes marginalisés en Turquie, a été condamnée à perpétuité pour un attentat qui n’a jamais existé, après près de quinze ans d’acharnement politico-judiciaire. Quinze ans pendant lesquels elle ne s’est jamais tue. En solidarité avec Pinar Selek, Garçes, collectif féministe, tient à faire connaître ses luttes.

Quinze années d’acharnement politico-judiciaire

En juillet 1998, alors qu’elle préparait un projet de recherche sur le conflit armé entre l’Etat turc et les Kurdes, Pinar Selek a d’abord été arrêtée par la police turque et sommée de lui livrer les noms des militant.e.s kurdes qu’elle avait interviewé.e.s. Son refus lui a valu sept jours de détention arbitraire, pendant lesquels elle a été torturée. Quelques semaines plus tard, elle s’est trouvée accusée d’avoir organisé un attentat à la bombe sur le Marché aux épices d’Istanbul, arrêtée, emprisonnée pendant plus de deux ans et torturée pendant sa détention. Pourtant, l’enquête a très vite conclu à  une explosion accidentelle, causée par une fuite de gaz. Les « témoins » qui avaient appuyé son accusation ont reconnu avoir fait de fausses déclarations sous la torture. Pinar Selek a donc été libérée en 2000 et acquittée à trois reprises par la 12e Cour pénale d’Istanbul – en 2006, 2008 et 2011. Mais les deux premières fois, la Cour de Cassation a annulé ces verdicts, et suite au troisième acquittement, la 12e Cour pénale d’Istanbul a elle-même décidé, le  22 novembre 2012,  d’annuler son propre verdict, alors même que seule la Cour de Cassation est compétente pour casser ou confirmer un jugement de première instance. Un nouveau juge, peu familier du dossier, a demandé la condamnation de Pinar Selek à perpétuité pour attentat et appartenance à une organisation terroriste. Chose faite lors de la dernière audience, le 24 janvier dernier. Un mandat d’arrêt a été déposé contre elle. Ses avocats vont faire appel de cette décision.

Pinar Selek a été contrainte de quitter la Turquie en 2009 et vit aujourd’hui en exil à Strasbourg.

Son crime : chercher à « analyser les blessures de la société pour être capable de les guérir »

Pinar Selek mène des recherches et milite depuis plus de vingt ans pour la reconnaissance et les droits de diverses communautés marginalisés, travaillant sur et avec des Kurdes, des Roms, des enfants des rues, des travailleur.se.s du sexe, des travestis, des personnes trans, lesbiennes, gays et bisexuelles. En 2006, elle a déclaré à la 12e Cour pénale d’Istanbul que, pour elle, « les sociologues [doivent] être capables de guérir les blessures de la société »[1].

On l’a vu, Pinar Selek a d’abord été arrêtée et torturée pour avoir cherché à documenter et à analyser le vécu de la minorité kurde en toute indépendance, puis emprisonnée et poursuivie après avoir refusé de dévoiler ses sources. Il est clair que l’acharnement politique et judiciaire dont elle est la cible, qui la désigne comme terroriste, ne vise qu’à décrédibiliser et à sanctionner son travail de chercheuse, qu’elle n’a jamais dissocié de son militantisme. Il est clair qu’à travers elle, ce sont les chercheur.se.s, les avocat.e.s, les journalistes, les activistes critiques, dont des dizaines font face à des poursuites et sont emprisonné.e.s, qui sont visé.e.s, stigmatisé.e.s et criminalisé.e.s.

« […] le pire est qu’une telle punition face à une démarche qui avait pour simple ambition de tenter d’apaiser les plaies béantes de la société, est devenue également une menace contre toute tentative de diagnostic ou de soin encore à inventer. Au travers de ma personne, un signal d’alarme a été envoyé à tous les hommes et toutes les femmes en recherche d’une indépendance d’esprit. Les sociologues, les chercheurs en sciences sociales et les militants ont été pointés du doigt. Et j’ai été choisie comme emblème. »

Extrait de la plaidoirie de Pinar Selek à la 12ème Cour d’Assises d’Istanbul en date du 17 mai 2006

Quinze années de luttes

Mais pour Pinar Selek, toutes ces années de harcèlement politico-judiciaire ont aussi été quinze années de luttes. Quinze années pendant lesquelles elle ne s’est jamais tue, pas plus qu’elle n’a mis un terme à ses travaux sociologiques et à ses combats contre toutes les formes de domination, de pouvoir, de violence et d’exploitation. Pour elle, la paix et la justice ne se divisent pas.

Après sa libération, en 2000, elle organise ainsi une première « Rencontre des femmes pour la paix » (projet mûri en prison), avant de participer à la fondation, en 2001, de l’association féministe Amargi, mobilisée contre les violences faites aux femmes, pour la paix et contre toutes les formes de domination. L’association est alors notamment à l’origine de la première librairie féministe d’Istanbul et, en  2006, de la revue théorique féministe Amargi, dont Pinar Selek est toujours rédactrice en chef. Avant de s’exiler en France, elle a également publié un ouvrage sur la culture militariste et les mobilisations pour la paix en Turquie (Barisamadik – « Nous n’avons pas pu faire la paix », 2004), et un autre sur la construction de la masculinité dans le contexte du service militaire (Sürüne Sürüne erkek olmak – « Devenir homme en rampant », 2008), qui lui a valu menaces et intimidations dans la presse. Pinar Selek est actuellement doctorante à l’Université de Strasbourg, où elle prépare une thèse sur les mouvements d’émancipation en Turquie. Malgré l’exil et les menaces, elle a toujours refusé d’y abandonner son engagement.

Pinar Selek n’est pas seule dans cette lutte. De nombreux groupes et associations réunissant sociologues et de chercheur.se.s, militant.e.s féministes, LGBT, engagé.e.s contre toutes les formes de violences et de discrimination, ainsi que de nombreuses organisations internationales (voir notamment les réactions de la FIDH et de Amnesty International), s’engagent à ses côtés, notamment via son Collectif de solidarité en France.

Garçes, collectif féministe, est solidaire de Pinar Selek et se joint à cet engagement. L’enjeu ici est de faire connaître son combat pour la justice et ses travaux. Pinar Selek a décidé de ne pas se taire. Nous ne nous tairons pas.

Pour en savoir plus sur les luttes, les idées et les écrits de Pinar Selek :

Ø  Retrouvez la biographie détaillée de Pinar Selek, la chronologie de son procès, toutes les actualités, les articles qui parlent d’elle, ainsi que certains de ses écrits, sur le site du collectif de solidarité avec Pinar Selek en France : http://www.pinarselek.fr

Ø  Pour contacter le collectif de solidarité avec Pinar Selek en France : solidaritepinarselek.france@gmail.com


[1] Plaidoirie de Pinar Selek à la 12ème Cour d’Assises d’Istanbul en date du 17 mai 2006

Mariage, adoption, filiation : égalité maintenant !

Parce que l’égalité des droits n’attend pas et n’attend plus,

Parce que le mariage ne doit plus être seulement réservé aux couples hétérosexuels,

Parce que des enfants adoptés par deux pères ou deux mères seront aussi heureux que des enfants adoptés par un père et une mère,

Parce qu' »on s’est battues pour avorter, on se battra pour enfanter ! »,

Parce que la PMA, tout couple de femmes et toute femme célibataire y a droit,

Parce qu’être contre cette loi, c’est être homophobe,

Parce qu’être féministe, c’est lutter contre l’hétérosexisme et contre l’idée que l’hétérosexualité est « meilleure » que l’homosexualité,

….pour toutes ces raisons, RDV ce dimanche 27 janvier à Denfert-Rochereau, pour manifester !

Soyons nombreux et nombreuses, pour montrer notre détermination à obtenir l’égalité des droits pour tous et toutes ! A cette occasion, GARCES a écrit un tract, également signé par SUD Sciences Po et NPA Sciences Po : Mariage, adoption, filiation : égalité maintenant ! 

RDV le 27 janvier, place Denfert-Rochereau, à côté de la pharmacie en face de Monceau Fleurs, et dos à la statue du Lion (soit l’angle de l’avenue Denfert-Rochereau et du Boulevard Arago) !

Nous, féministes, contre l’instrumentalisation du féminisme à des fins de racisme anti-musulmans !

Ces dernières semaines, voire ces derniers mois, nous ne comptons plus les remarques et les propos islamophobes, émis notamment par des politiques et des médias.

Ainsi, ne serait-ce que ces dernières semaines, deux journaux ont titré autour de l’islam ou de l’immigration (en associant systématiquement immigration et islam) : la Une du Point du 31 octobre 2012 déclarait ainsi « Cet Islam sans gêne » en présentant une photo de femme entièrement voilée face à un policier, tandis que l’Express a intitulé l’hebdomadaire du 14 novembre « Le vrai coût de l’immigration », l’illustrant d’une photo de femme en niqab, accompagnée de son enfant et se rendant à la CAF.

 

Ces propos s’insèrent dans une ambiance raciste, notamment entretenue par les pouvoirs politiques : 

  • Rappelons-nous de l’autorisation de la manifestation organisée par Résistance Républicaine le samedi 10 novembre contre « le fascisme islamique » et qui invitait tous les « patriotes » à marcher « contre la violence et le totalitarisme, pour la liberté d’expression » en scandant « l’Islam, c’est le mépris », « la France cosmopolite ne fonctionne pas » et en agitant bien haut des drapeaux français !
  • Rappelons-nous de la banalisation du concept de racisme « anti-blanc », concept jusque-là réservé au FN, avec la multiplication de procès contre les militants anti-racistes !
  • Rappelons-nous de l’instrumentalisation par le FN de la mobilisation autour du jugement de Créteil rendu suite aux viols collectifs !

 

Nous vivons un contexte de racisme anti-musulman qui fait du « musulmandapparence » au « musulmanssansgêne » l’ennemi principal, en ce qu’il est notamment l’ennemi de l’égalité femmes-hommes.

 

Pourquoi parlons-nous de racisme anti-musulmans?

            Parce que se joue ici un processusderacialisationpar lequel des personnes sont assignées à une identité négative, fondée sur leur soi-disant appartenance  raciale : les personnes « arabes » sont  essentialisées et leur pseudo identité « arabe » est amalgamée à  la pratique de la religion  musulmane, elle-même stigmatisée comme profondément sexiste.

            L’homme arabe et donc musulman est désigné comme fondamentalement sexiste, plus sexiste que les hommes des autres « cultures ». Afin de lutter contre le sexisme congénital du musulman, le législateur, le journaliste, le politicien – souvent homme, blanc, quinquagénaire – s’est mis en tête de protéger les femmes de ces « barbares », notamment en volant au secours des femmes

musulmanes.

 

Pourquoi est-ce anti-féministe?

            Parce que de trop nombreuses lois autour du « voile », dont le but déclaré mais fallacieux est de garantir la sécurité ou de promouvoir la libération des femmes, ne conduisent, en dépit d’une apparence universaliste, qu’à l’exclusion des femmes voilées de l’espace public, et donc à leur précarisation.  

 

            En outre, cette focalisation sur  la condition des femmes musulmanes, et notamment sur le voile et la burqa comme symboles même du sexisme, permet d’invisibiliser l’hétérosexisme des dominants et l’hétérosexisme structurel :

  • Impunité des violences envers lesfemmes et les personnes LGBTQI (lesbiennes, gay, bi, trans, queer, intersexes) commises par les dominants : les chiffres prouvent l’inégalité de punition des violences de genre, entre les personnes racisées et les autres, illustrée notamment par l’affaire DSK.
  • Impunité des remarques homophobes ou hétérosexistes des dominants, flagrantes lors de l’affaire DSK avec les commentaires de Jack Lang « Il n’y avait quand même pas mort d’homme », ou de Jean-François Kahn « troussage de domestique », ou dernièrement les propos de Jospin ou de Collomb sur le mariage pour tous…
  • Inégalités de salaires entre homme set femmes, sur-chômage et précarité des femmes, parité non respectée dans les hautes sphères par un État profondément patriarcal etc.

 

On relèvera que la condamnation unanime du sexisme des musulmans contraste avec l’absence de critique des manifestations anti-IVG organisées par des groupes catholiques extrémistes, autorisées d’ailleurs par la Préfecture…

 

Or l’hétérosexisme est multiple et notre féminisme dénonce toutes ces manifestations !

 

Nous refusons linstrumentalisation du féminisme à des fins racistes !

            Nous contestons l’usage de l’argument de l’égalité entre femmes et hommes comme un moyen de stigmatisation de certaines « cultures » posées comme plus sexistes que d’autres. Ces manœuvres sont d’autant plus inacceptables lorsqu’elles sont, parfois, aussi le fait de féministes, qui cèdent aux facilités de l’argumentaire culturaliste.

            Nous réaffirmons que l’émancipation des femmes ne se réalisera pas à travers des mesures de répression envers elles.

            Notre féminisme cherche à dénoncer l’hétérosexisme comme phénomène socio-économique, dont les explications vont bien au-delà de l’argument culturel (voir prochainement sur le blog une analyse non-culturaliste du harcèlement hétéro-sexiste dans l’espace public).

 

            Le principe d’auto-émancipation nous semble important. Nous ne voulons pas à notre tour nous positionner comme « les sauveuses » des victimes de racisme et parler à leur place, mais nous   affirmons que notre  féminisme est inclusif et solidaire envers toutes les femmes.

 

Nous refusons que le féminisme serve dalibi à des discours racistes ! Nous dénonçons les lois qui, derrière une prétendue visée protectrice, excluent et précarisent les FEMMES!

 

En ce quelles pénalisent eexcluent une catégorie bien définie de personnes, nous exigeons :

–        L’abrogation de la loi anti-niqab de 2010,

–        L’abrogation de la circulaire de 2012 sur l’interdiction pour les mères voilées de participer aux sorties scolaires,

–        L’abrogation de la loi de 2012 interdisant aux assistantes maternelles de porter le voile à leur domicile.

 

Pour rappel, vous pouvez retrouver d’autres articles exprimant des positions similaires sur le blog  puisque nous avons signé l’appel « Nous féministes », lancé par Elsa Dorlin et Eleni Varikas (https://collectiffeministe.wordpress.com/2012/05/04/nous-feministes-lappel-delsa-dorlin-et-deleni-varikas-signe-par-g-a-r-c-e-s/) et également écrit l’article « De la nécessité d’articuler féminisme et anti-racisme » : https://collectiffeministe.wordpress.com/2012/04/30/de-la-necessite-darticuler-feminisme-et-anti-racisme/