Sexisme au travail

 Compte-rendu de la réunion Garçes du 6 février 2014

En février dernier, nous avions organisé une réunion publique sur le sexisme au travail. Comme vous le voyez, on a mis un certain temps à peaufiner ce compte-rendu (et ce n’est absolument pas parce qu’on l’a oublié dans un recoin sombre de notre google-drive, non-non).

Avant de rentrer dans le vif de sujet, rappelons la thématique de la réunion, détaillée telle quelle dans nos tracts:

Jobs d’été, stages, premier emploi … Comment identifier des situations de sexisme ? Comment faire pour reprendre son patron, son collègue sans mettre sa situation pro en danger, et mettre le holà au sexisme ordinaire ?

Commentaires désobligeants, blagues sexistes, regards lubriques et remarques déplacées : on peut toutes être, à un moment donné, confrontées à ce type de situation. Le sexisme au travail n’est pas fondamentalement différent de celui qui s’exerce au sein de nos universités, dans notre famille, dans nos cercles d’amis ou dans la rue. Il est toujours difficile d’y faire face et les stratégies de réponses ne sont jamais évidentes, mais tout ça se complique encore plus dans un univers aussi normé que le monde du travail.

Ton job d’été, tu en as besoin pour payer tes prochaines vacances. Ce stage de la mort qui tue, tu peux pas te permettre de le perdre. Ce collègue qui te cherche, tu as encore un rapport de 50 pages à écrire avec lui.

Les relations dans le monde du travail sont bien plus contraintes que dans d’autres cercles. Relations hiérarchiques, contrainte économique, impact sur la carrière : autant d’éléments qui rendent la gestion du sexisme au travail bien plus difficile. Repérer ces pressions, les estimer à leur juste valeur, les mettre en balance, sont des premières pistes pour trouver les bonnes réactions pour faire face à un comportement inadéquat.

La réunion visait donc a un partage d’expériences et un échange de bonnes (et de moins bonnes) pratiques, dans un esprit d’entraide et d’auto-émancipation féministe. Beaucoup de personnes sont venues (merci!) : on a pu partager une variété d’expériences dans plusieurs domaines (public, privé, journalisme, conseil, armée, hôpital), et parler ensemble des solutions et différentes stratégies de riposte.

En introduction, nous avions proposé une définition du sexisme au travail, empruntée a Brigitte Grésy :

“Le sexisme au travail, ce sont tous ces petits signes, comportements, propos insidieux et sournois qui déstabilisent, infériorisent, délégitiment les femmes dans le monde du travail, subtilement, l’air de rien : des sourires goguenards, des dos qui se tournent, des petits mots qui cassent, une façon de vous éjecter d’un dossier parce qu’on préfère rester entre hommes… Autrement dit, tout ce qui est infra-harcèlement sexuel ou agression caractérisée, et qui n’est pas susceptible de faire l’objet d’un recours devant un juge.”

  1. Partage d’expérience et prise de conscience

En discutant en petits groupes, on s’est rendues compte non seulement de l’ubiquité du sexisme dans le monde du travail, tous secteurs confondus – un phénomène dont nous ne doutions pas vraiment – mais également de la variété de celui-ci. De l’attaque frontale a l’insinuation sournoise en passant par l’humour, les remarques désobligeantes ou les compliments malvenus, certains trouvent toujours moyen de nous faire comprendre qu’on a pas vraiment notre place ici, de nous ramener a notre physique, de mettre nos compétences en doute… Petit florilège des expériences partagées lors de la réunion :

A., journaliste, a vu des reportages intéressants lui passer sous le nez parce qu’on y envoyait des reporters masculins soit disant plus “aptes au travail de terrain”…

B. a reçu des SMS grossiers de la part d’un collègue, sous couvert de “blague” : elle a réagi en mettant le holà tout de suite, ce qui a conduit à de plates excuses du coupable pour qui pourtant “ce n’était pas si grave”.

M., étudiante infirmière subit des remarques déplacées de ses patients (sur son physique, notamment). Elle a souligné la difficulté de réagir dans le cadre d’une relation de “care”, alors que les patients sont dans une situation vulnérable… et appartiennent pour certains à une autre génération.

Les collègues de J., en stage a l’étranger, trouvaient normal de lui poser des questions sur sa vie privée. Comment poser des limites dans un contexte culturel qu’on connait mal, alors qu’on essaye de s’intégrer à la fois dans le pays et dans l’entreprise?

Plusieurs étudiantes en cursus médical / para-médical ont dit être identifiées systématiquement comme infirmières par les patients lorsqu’elles portent la blouse, alors que leurs camarades hommes du même âge sont toujours eux, identifiés – parfois a tort – comme médecins.

C., en stage en cabinet de conseil, entend régulièrement ses collègues émettre des doutes sur la compétence des femmes en position de pouvoir : soupçon de promotion canapé, d’incompétence, d’inaptitude à manager (parce que les femmes sont si douces et aimantes!)…

A savoir, le site viedemeuf.fr déborde de témoignages sur le sexisme au travail. Beaucoup de différents blogs et tumblr existent sur le sujet (n’hésitez pas à partager vos liens en commentaire!), et notamment sur des secteurs d’activité spécifique. Par exemple, sur le sexisme dans le journalisme on peut citer l’excellent Said to Lady Journos (en anglais).

  1. Les solutions existent!

Il n’est jamais facile de faire face au sexisme : doit on réagir sur le coup ? Doit-en parler ? A qui en parler ? Pour quels effets ? Dans le monde du travail, particulièrement normé, avec des rapports de hiérarchie parfois stricts, il peut être tout particulierement difficile d’y faire face, surtout quand des enjeux financiers et de carrière sont en jeu.

  • En amont : prévenir les situations

Une GARçES nous a confié sa technique de “désamorçage” qui consiste  à se définir comme féministe dès le début de son stage / boulot :

  • par exemple en parlant d’un fait divers et en adoptant une position féministe dessus
  • en lançant en passant “tiens, l’autre jour je suis allée sur une réunion sur le sexisme au travail, c’était très intéressant” (you’re welcome)
  • ou en profitant d’être stagiaire pour questionner innocemment les pratiques de l’entreprise, par exemple sur l’ouverture de portes (“ah bon, ça se passe comme ça ici.. c’est pas un peu vieux jeu?”), afin d’encourager les collègues à s’interroger sur leurs pratiques.

Pour elle, ça fonctionne: ses collègues ont immédiatement compris que s’ils cherchaient une audience disposée à rigoler des blagues sexistes, c’était pas dans son open-space que ça se passait!

Pour une autre GARçES, en revanche, se définir comme féministe dès le début l’a exposée à quelques taquineries de la part de ses collègues, ainsi qu’a des injonctions répétées a prendre position devant le reste de la boite sur des sujets brûlants (“Donc toi t’es pour qu’on enseigne la théorie du genre a des maternelles, c’est ça?”). Elle juge pourtant le bilan plutôt positif puisqu’ils tentent désormais de policer leurs propos (avec plus ou moins de succès), et au moins se rendent compte quand ils disent quelque chose de sexiste (ce qui est plus ou moins un début). Elle note aussi: “je préfère cent fois être la féministe reloue de service devant laquelle ‘on ne peut plus rien dire’, que la fille qui fait semblant de rigoler aux blagues sexistes à la machine a café”.  Amen.

 

  • Comment réagir face aux commentaires / comportements sexistes ?

La technique du “call out”

Le “call out” consiste à interpeller sur le coup une personne qui dit ou fait quelque chose de sexiste. Il peut se faire sans agressivité, simplement pour ramener la discussion (et la relation) sur un terrain professionnel et non discriminatoire.

Si la personne se défend, on peut préciser que ça n’est pas contre elle, mais qu’elle reproduit des schémas de domination en disant/faisant ça. Dire un truc sexiste ne veut pas forcément dire que l’on est un gros macho: c’est souvent important de distinguer “propos sexistes” de “qualification sexiste”. Il faut hélas garder en mémoire que personne n’est à l’abri de dire un truc sexiste un jour, même pour celleux d’entre nous les plus “sensibilisé.e.s” à la question (après tout on a tou.te.s grandi dans un environnement sexiste…).

Si on est face à quelqu’un qui malheureusement a du mal à comprendre ce qu’on veut faire passer comme message, faire le parallèle avec le racisme aide parfois: “Si j’étais noir et que tu venais de me dire une blague raciste et que je t’avais repris, est ce que tu aurais défendu un “droit à l’humour?” Non. Et bien moi c’est pareil, en tant que femme, si tu dis un truc sexiste je revendique le droit de te dire que ça n’est pas drôle et/ou offensant/discriminant etc.”

Exemples

“Bon les filles, on vous charge de faire le ménage après le pot de départ de Machin? C’est votre domaine non?”

→ “C’est sexiste ce que tu viens de dire, ça me fait vraiment pas rire.”

“Il te met pas vraiment en valeur ce haut….”

→ “Je pense pas que tu me ferais la même remarque si j’étais un homme.”

La technique de l’humour

Ce n’est pas toujours facile puisque n’est pas Desproges qui veut, mais les blagues ou commentaires sexistes ne brillant pas non plus pour leur finesse, on peut parfois s’en dépatouiller avec un commentaire ironique et un petit sourire en coin :

  • C’est super moderne ce que tu dis, vraiment!
  • (consultant ostensiblement sa montre) Nous sommes donc le 7 octobre 1952, qui l’eut cru…
  • Franchement, si j’ai envie d’entendre ce genre de commentaires je me télécharge un épisode de Mad Men…
  • Ah, les blagues lourdes de bon matin, toujours un plaisir!
  • Tu m’avais jamais dit que tu servais de nègre à Jean-Marie Bigard à tes heures perdues!
  • Eric Zemmour, sors de ce corps…

… puis enchaîner direct avec un “bon, on regarde ce dossier?” si on n’a pas envie de s’étendre sur le sujet.

La communication non-violente

(Pour les sceptiques: “méthode de culpabilisation subtile mais néanmoins honnête pour résoudre les conflits personnels”)

Si on s’entend bien avec ses collègues et qu’on a une relation informelle avec eux (pas de hiérarchie) on peut utiliser des méthodes dites de “communication non-violente”, a savoir expliquer de façon honnête le sentiment que provoque son comportement sexiste (ici un très bon article de Madmoizelle a ce sujet:).

  • Ça me blesse ce que tu dis, je pensais que notre relation de travail était basée sur le respect.
  • Je suis très déçue par ce que tu me dis, je te pensais plus ouvert d’esprit.
  • Je ne pense pas que tu devrais me parler comme ça, ça me met mal a l’aise.
  • Je suis en colère de t’entendre dire ça alors que je me tue au travail tous les jours. Je trouve ça irrespectueux.
  • Ce genre de blague me donne envie de t’étrangler avec ta propre cravate (… note a moi-meme: penser “non-violence” avant “honnêteté”)

Avantages: c’est direct, et ça fait comprendre a l’autre votre perception des choses. Sans agresser en retour, ça laisse peu de place pour l’argumentaire en face, et beaucoup de potentialité pour les plates excuses.

D’après une étude sociologique très sérieuse (ma vie, toussa), bon nombre d’auteurs de propos sexistes appartiennent a la catégorie des “gugusses lambda”. A savoir : l’égalité des salaires, ils sont pour, la violence domestique, ils sont contre, et pourtant ils vont dire “t’as vu la longueur de la jupe de la nouvelle associée? On comprend comment elle est arrivée la, elle”.

Leur faire entendre “tu es quelqu’un de bien, tu ne devrais pas dire de conneries sexistes comme tu viens de le faire”, a probablement plus d’impact sur leur comportement que “tu es un gros connard sexiste, la preuve : tu viens de dire une connerie sexiste”. Même si on ne le pense pas.

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La technique “en fait, je sais pas faire le café (et accessoirement je suis pas là pour ça)”

Dans la situation, où tous les regards se tournent vers vous (et non votre collègue stagiaire mec) pour faire des cafés ou acheter des sandwichs: si vous n’osez pas refuser directement, vous pouvez toujours le faire mais mal et de mauvaise grâce. Le plus souvent, on ne vous le demandera pas deux fois.

Sorry not sorry!
  • Réagir au sexisme en aval : en parler!

En parler avec des collègues permet :

  • de sortir d’une éventuelle position d’isolement, de se sentir soutenue
  • de peut-être se rendre compte qu’on est pas seule, et que d’autres collègues subissent aussi le sexisme
  • de définir une solution collective
  • de recueillir des expériences de collègues qui ont peut-être déjà vécu des expériences similaires et peuvent proposer des solutions
  • Réagir au sexisme en aval : la voie “institutionnelle”

On le sait, tous les comportements sexistes ne sont pas hors-la-loi. Mais certains le sont:

  • Discrimination. Toute décision de l’employeur (embauche, promotion, sanctions, licenciement, mutation) doit être prise en fonction de critères professionnels. Lorsqu’une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre en fonction de son sexe (ou race, religion, handicap, orientation sexuelle…), il s’agit d’une discrimination directe. Lorsqu’une disposition est susceptible d’engendrer un désavantage pour des personnes en fonction des critères mentionnés ci-dessous, il s’agit d’une discrimination indirecte  (Plus d’infos ici)
  • Harcèlement sexuel. Le harcèlement sexuel se caractérise par le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui a) portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou b) créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait d’user (même de façon non répétée) de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un autre. (Plus d’infos ici)

Il est possible, dans ces cas, de saisir le conseil des prud’hommes (pour le secteur privé) ou le tribunal administratif (pour le secteur public), ou bien de déposer plainte.

Nous n’avons pas directement parlé de discrimination ou de harcèlement sexuel dans notre discussion, mais nous les mentionnons tout de même dans le compte-rendu a toutes fins utiles. Comme les participant.e.s a la discussion étaient pour la plupart jeunes, encore étudiant.e.s ou en tout début d’insertion professionnelle, de nombreux cas n’ont pas été évoqués (par exemple discrimination liée a une grossesse).

Dans bien des cas, le sexisme subi par les femmes au travail est “infra-recours”; il est suffisant pour nous faire perdre confiance en nous, pour créer une ambiance délétère, mais ne constitue pas une infraction caractérisée. On s’est interrogées, pendant la réunion, sur ou se trouvait cette limite, sa pertinence, et surtout comment se faire aider par voie institutionnelle dans chacun des cas. Outre la justice, les prud’hommes ou le tribunal administratif, on a noté l’existence de plusieurs recours:

  • DRH. A noter : personne n’avait d’expérience “de première main” pendant notre réunion, mais on s’est demandé.e.s si un climat pesant de blagues sexistes pouvait justifier une discussion avec les ressources humaines, qui pourraient offrir une médiation avec les collègue. Si vous avez des infos là-dessus (ou si vous etes un.e DRH militant.e…) n’hésitez pas a nous le dire en commentaire.
  • Le CHSCT. Constitué dans tous les établissements occupant au moins 50 salariés, le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail a pour mission de contribuer non seulement à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, mais également à l’amélioration des conditions de travail. Si vous travaillez dans une boite de taille moyenne vous devriez donc normalement pouvoir recourir au CHSCT, et si vous souffrez dans un environnement de travail sexiste, ils peuvent peut-etre aider. Liens: CHSCT sur le site du Ministere du Travail ; un article qui détaille le role du CHSCT en matière de discrimination genrée.
  • Syndicats. Tous les syndicats ont un volet de lutte contre les discriminations et notamment le sexisme. Ils y sont souvent confrontés et sont généralement formés sur la question ; ils peuvent donc apporter un soutien (ne serait-ce que moral) et connaissent les différents recours possibles.
  • Comment réagir quand on est témoin d’une situation de sexisme au travail?

Votre collègue se prend une blague sexiste dans la gueule? Quelqu’un lui fait une remarque déplacée?

Le rôle des témoins est extrêmement important dans ce genre de situation : désolidarisez-vous de l’auteur de la remarque sexiste, et si vous le pouvez, interpellez-le (suivant la technique du call-out).

Si vous ne pouvez pas, ou ne savez pas comment réagir sur le coup, vous pouvez aller voir la personne victime de sexisme ensuite pour lui dire :

– J’ai vu/entendu ce qui s’est passé et ce n’est pas normal

– Je te soutiendrai si tu veux en parler aux supérieurs / déposer une plainte officielle etc

Un des pires aspects du sexisme au travail, comme pour tout type de discrimination, c’est le fait de se sentir isolé.e, d’avoir le sentiment que tout le monde est d’accord avec ce qui nous est fait et que personne ne nous prendra au sérieux si on se plaint : il est primordial dans ce genre de situation de pouvoir compter sur des allié.e.s, de se sentir soutenu.e et écouté.e. Si vous n’etes pas vous-memes victime de sexisme, mais que vous le voyez autour de vous… soyez ces alliés-la!

… Et si vous vous sentez trop timide ou trop gêné pour vous élever contre une injustice, pour passer du statut de témoin complice a celui d’allié, souvenez vous de la phrase de Martin Luther King: “In the end, we will remember not the words of our enemies, but the silence of our friends.” D’ou acte.

***

La conclusion

Quelques mois après cette réunion, Crêpe Georgette a écrit un fantastique article traitant de discrimination au travail, et de la tendance à la dépolitisation des discriminations.

Elle critique à ce titre l’application développée par le ministère des Droits des Femmes, qui propose dans la catégorie réponse aux agressions sexistes: « restez subtile et mesurée. Essayez de recadrer sans blesser. Ne cherchez pas à humilier la personne au risque de la transformer en ennemi déclaré et de devenir un monstre soi même« . L’appli précise aussi “en cas de désaccord, soyez amicale, chaleureuse, à l’écoute et surtout pas agressive” car « un comportement trop vindicatif sera beaucoup moins accepté chez une femme que chez un homme »

Double facepalm of Picard and Riker

Crêpe Georgette écrit tres justement : “a l’époque de l’individualisme à tout crin, on crée des solutions individuelles – chacune consulte son application sur son smartphone – au lieu de créer des solutions globales.”

Je voulais donc offrir un disclaimer : cette réunion, et ce compte-rendu, n’ont absolument pas vocation a dépolitiser les discriminations, à en rendre les femmes responsables car elles n’auraient “pas bien réagi”. Chez Garces, nous dénonçons toute forme de sexisme et sommes fermement convaincu-e-s que tout est politique : de l’humour gras au harcèlement de rue, aucun comportement sexiste n’est excusable, et tous découlent d’une même volonté d’exclure les femmes de l’espace public. Si la lutte contre le sexisme passe par l’action collective, nous voulons aussi apporter des solutions a l’échelle individuelle ;  c’est ce que nous les féministes appelons l’empowerement – en bon français l’auto-émancipation. C’est l’objet de beaucoup de nos ateliers – échanger des solutions féministes pour combattre le sexisme au quotidien… ou simplement s’en défendre.

Ne voyez donc pas dans ce compte-rendu de solutions toutes faites ou d’injonctions prescriptives ; les propositions décrites ci-dessus sont simplement le reflet d’une discussion entre jeunes féministes sur des méthodes de survie en milieu hostile :).

Ressources

Quand le ministère des droits des femmes dépolitise les discriminations salariales, Crepe Georgette, http://www.crepegeorgette.com/2014/04/21/ministere-droits-femmes-depolitise-les-discriminations-salariales/

Dix nouvelles formes du sexisme ordinaire au travail, Guillemette Faure, Rue89, http://rue89.nouvelobs.com/2009/10/29/10-nouvelles-formes-du-sexisme-ordinaire-123791

Sexisme ordinaire en entreprise : Brigitte Grésy vous a répondu, Brigitte Grésy, Le Nouvel Obs, http://rue89.nouvelobs.com/2009/11/04/sexisme-ordinaire-en-entreprise-brigitte-gresy-vous-a-repondu-124488

Sexisme au travail : burn out, écrasement, culpabilité… Je vois le résultat au quotidien, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Le Nouvel Obs, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1087594-sexisme-au-travail-burn-out-ecrasement-culpabilite-j-en-vois-le-resultat-au-quotidien.html

Sexisme au travail : 8 femmes sur 10 concernées, France Inter, http://www.franceinter.fr/depeche-sexisme-au-travail-8-femmes-sur-10-concernees

Consentement et sexualité ! Compte-rendu de l’atelier !

Garçes, le collectif féministe et LGBTQI, a organisé un atelier mixte pour évoquer un sujet paradoxalement absent de nos discussions et de nos représentations sur la sexualité: le consentement. Le sujet a donné lieu à beaucoup de remarques et de réflexions de la part des participant.e.s. Nous avons choisi de garder une structure lâche et informelle qui colle mieux avec l’esprit de la réunion. 

 

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Qu’est ce que le consentement ?

Le consentement, c’est le fait d’être d’accord pour que son/sa partenaire fasse quelque chose, et lui faire savoir. C’est ce qui fait toute la différence entre une relation sexuelle et un viol. Cette distinction peut nous paraître évidente à première vue. Pourtant, c’est tout le but de cette conférence de montrer que ce n’est pas toujours le cas.

  •  Le consentement n’est jamais acquis et définitif : ce n’est pas parce qu’on dit « oui » une fois qu’on dira « oui » le lendemain, ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une personne qu’on dira « oui » à une autre personne,  ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une pratique sexuelle qu’on dira « oui » aux autres pratiques sexuelles.
  •  Pas de situation coercitive : les deux partenaires doivent être libres d’exprimer ouvertement leur avis : mais qu’en est-il quand l’un-e ou l’autre est timide ? gêné par la situation ? quand l’autre tente de le/la persuader, de négocier la situation ?
  • Etre en mesure d’exercer son consentement : nous ne sommes pas en pleine maîtrise de nos capacités de réflexion lorsqu’il y a de l’alcool et/ou de la drogue.
  • Etre informé de toutes les options : mais lorsque nous sommes face à un modèle de sexualité normatif comme le nôtre, quelle est notre marge de liberté ?  Comment exprimer ses désirs sans être sûr-e de ce qu’on aime 

 

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Pourquoi s’interroger sur le consentement dans une réunion féministe ?

S’il est difficile d’exprimer son consentement, c’est que les relations sexuelles s’inscrivent dans un cadre hétéronormé et héterosexiste. La société nous impose des normes et des représentations sexuelles dont il est parfois difficile de se défaire, y compris dans les relations non hétéros. En hiérarchisant les bonnes et les mauvaises pratiques sexuelles,  notre société définit un répertoire implicite des comportements sexuels normaux (relation hétérosexuelle, non tarifée, non BDSM, deux partenaires, etc.) et répartis les rôles sexuels entre les partenaires. Cela nous conduit à adopter des comportements qui ne sont pas nécessairement en réel accord avec nos désirs et envies.

Comment dépasser ces normes pour exprimer plus clairement et distinctement  notre consentement, ou notre non-consentement ?

 

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Quelques réflexions, non hiérarchisées, abordées pendant la réunion :

Consentement dans le couple : Le consentement dans le cadre d’un couple est rarement interrogé de manière renouvelée : on a l’impression que le simple fait d’être en couple suppose que le consentement est donné une bonne fois pour toutes avec notre partenaire. Au sein du couple, on ne pense pas automatiquement au fait qu’on puisse dire non. On rencontre des difficultés à dire non à notre partenaire, on a intégré l’idée de faire plaisir à notre partenaire avant de s’écouter soi.

Rapport de pouvoir entre partenaires : comment fait-on ? Par exemple, quand on aime être dominé.e, mais qu’on aimerait parfois changer cela ?

Consentement continu : le consentement doit être continu pendant un rapport sexuel. Finalement, demander à chaque étape si c’est ok d’aller plus loin, ça peut être très sexy. Et il n’y a aucun drame à changer d’avis pendant le sexe, à ne plus avoir envie. Besoin de dédramatiser ça.

 

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Parler, le meilleur outil du consentement : Il y a des moments où on es outré.e que la personne ne comprenne pas qu’on ne voulait pas, qu’on en avait marre. Il faut se défaire de l’idéal qu’on se comprenne par des regards ou des gestes seulement, ça arrive souvent qu’on soit focalisé sur son désir et que certains signaux nous échappent. On peut aussi voir ces signaux mais mal les interpréter. La parole participe à une meilleure compréhension : ça enlève le doute sur ce que notre/nos partenaire-s aime-nt, ça permet de dire à l’autre son désir ou sa gêne. Parler, c’est guider et se laisser guider. Possibilité de faire un petit « débrief » après également.

Parler sort de la norme hétéronormée : Pour une fille, dans une relation hétéro, parler au lit est souvent considéré comme « pas sexy », dégueulasse, voir même « castrateur ». Et pour les mecs, y compris au sein de cette réunion, on ne les entend pas beaucoup dire qu’ils peuvent être mal à l’aise sur certains trucs. On a cette fausse impression que si le mec bande, tout va bien, et à l’inverse que s’il ne bande pas, c’est la fin de tout, il ne nous reste plus qu’à se retourner frustré.e.s de notre coté du lit. Injonction à la performance qui les bloque dans le sexe qu’ils doivent faire, quel type de sexe ils peuvent avoir.

Mais comment en parler ? On sait jamais trop comment parler de sexualité : vulgaire, ultraformaliste ? Il faudrait faire des ateliers où parler de sexualité et des exercices pour apprendre à mettre des mots. On peut aussi poser des questions à l’autre pour connaître son ressenti, et répondre soi-même à la question pour faire connaître le nôtre: « Tu te sens à l’aise toi ? Parce que moi pas trop », « Attends, tu trouves pas ça un peu inconfortable/désagréable comme truc? Viens on fait plutôt x ou y».

 

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Difficultés à dire « non » avec ses partenaires : difficile d’accepter le non en face : de dire non, de se faire dire non. Les participant.e.s à l’atelier ont beaucoup discuté de savoir s’il valait mieux étayer son « non » ou le contraire. L’expliquer/justifier permet d’être moins brutal, de dédramatiser le « non », d’en rire. Mais ça peut être dur d’avouer qu’on n’a pas envie. Par ailleurs, quand on commence à donner ses raisons, on peut arriver à une situation de négociation, de persuasion : « t’es sure que t’as pas envie ? », qui nous met encore plus mal à l’aise.

Et si on ne sait pas ce qu’on veut, qu’on connaît mal ses propres désirs ? Parce que le dialogue est effectivement une bonne solution, mais en amont comment fait-on pour connaître nos désirs?  Et comment exprimer le « je ne sais pas » ? D’autant plus si on est avec quelqu’un qu’on connait peu, qu’on a peur de déstabiliser. Il est important pour être à l’aise d’être avec une personne qui accepte d’apprendre à nous connaître, de s’adapter à nos limites.

La “feuille de route à suivre” des rapports sexuels: le fait de mal connaître nos propres désirs vient aussi du fait qu’il existe souvent une « feuille de route » très normée des rapports sexuels, avec une forte injonction à la suivre. Injonction à la performance, à jouir/faire jouir, à la pénétration, au fait d’être sexuellement actif. Exemple du “schéma” typique hétéro: préliminaires pendant dix minutes, juste pour se mettre en jambes, avec la pénétration comme but ultime. Il faut réussir à dépasser ça et se dire qu’on a la possibilité de tenter autre chose.

 

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Dédramatiser les rapports. Le mot est revenu souvent : que ce soit au lit, en dehors des rapports, ou avec des amis, plus on en parle et plus on dédramatise.

Coup d’un soir : Parfois si on est celui/celle qui a dragué l’autre on a beaucoup plus de mal à dire non après si il y a quelque chose qui ne nous plait pas ; plus facile de dire non si je n’ai pas fait le premier pas. Quand on est parti pour un coup d’un soir, injonction d’aller jusqu’au bout. Alors que la soirée en elle-même peut servir de « voie de sortie » sans confrontation.

Consentement et capotes : pression sociale sur le fait de ne pas mettre de capote. Particulièrement avec la fellation, prise de risque. Parfois, c’est dur d’arriver à imposer la capote à son/sa partenaire. A noter que pour certain.e.s « l’instant capote » peut être un bon moment pour s’interroger sur ce qu’on veut faire et en dialoguer avec son/sa partenaire, par exemple : « Tu as une capote? – J’ai pas envie d’aller plus loin pour l’instant, je préfère qu’on fasse x ou y». À noter qu’il existe de nombreuses pratiques sexuelles « safe » comme les caresses, la masturbation mutuelle, le BDSM sans pénétration, etc.

 

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Comment réagir en tant que tiers dans une situation alcoolisée ? le consentement ne concerne pas que les personnes prêtent à s’engager dans un rapport sexuel : il y aussi le rôle des tiers, position très difficile. Par exemple si on est dans le cadre d’une soirée, qu’un.e ami.e a trop bu, comment réagir ? Peut-on estimer à sa place qu’il ou elle est trop saoul.e pour être consentant.e ou non ?

 Violences sexuelles et clichés sociétaux : Lors du dépôt de plainte ou procès pour viol, tout se joue autour de la question du consentement. Or il existe beaucoup de clichés sociétaux autour de la question du viol et du consentement : voir le compte-rendu de la réunion de Garçes sur les violences sexuelles.

 

Des ressources pour continuer:

 On manque de ressources sur ce sujet, particulièrement en France. Quelques sources cependant :

° En français :

_ Le consentement en 100 questions :

http://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=659

° En anglais :

Le site « Scarleteen », super site d’éducation sexuelle qui gagne à être connu, comporte plusieurs articles pour :

  • travailler le consentement avec son/sa/ses partenaires :

http://www.scarleteen.com/article/boyfriend/drivers_ed_for_the_sexual_superhighway_navigating_consent

  • apprendre à mieux connaître ses propres désirs :

http://www.scarleteen.com/article/sexuality/ready_or_not_the_scarleteen_sex_readiness_checklist

  • connaître les différents scénarios sexuels qui entravent le consentement, et quelques pistes pour améliorer ces situations :

http://www.scarleteen.com/article/etc/when_sex_just_happened_and_how_to_make_it_happen_instead

 

LGBTeens, une vidéo appelée « Consent is sexy » : http://www.youtube.com/watch?v=SnMbCRzciIM&feature=youtu.be

Le site « The Consensual Project », regorgeant de vidéos, d’articles et de propositions d’ateliers :  http://www.theconsensualproject.com/

Une vidéo de Laci Green, sur le consentement et l’alcool : http://youtu.be/2rDnoBTIGbM

Sur la réaction des tiers face à une situation alcool/consentement : l’émission « What would you do ? » aux Etats-Unis, met en scène deux jeunes actrices faussement saoules lors du « Spring break » pour évaluer la réaction des autres clients du bar :

 https://www.youtube.com/watch?v=oLCyUpIbnQk

 

Et enfin, à nous d’inventer les ressources et de les écrire ! 

Pourquoi nous ne nous tairons plus. Compte-rendu de l’atelier non-mixte sur le viol, les agressions sexuelles et les tentatives de viol

Cet atelier a été organisé à l’initiative de trois membres du Collectif Garçes. Notre objectif était d’aménager un espace de rencontre et d’expression bienveillant et anonyme, autour des thématiques du viol, des agressions sexuelles et des tentatives de viol (les « VAST »). En effet, les lieux pour échanger librement sur les violences sexuelles sont rares et, lorsqu’ils existent, sont trop souvent monopolisés par des « experts » qui confisquent notre parole. Or, nous sommes convaincu.e.s que c’est en brisant le silence et la honte que nous pourront réellement (re-)prendre le pouvoir sur nos vécus et rappeler à toutes les personnes concernées – de près ou de loin – qu’elles ne sont pas seules.

L’atelier a réunit huit personnes, dont une grande partie parlait pour la première fois publiquement de leur expérience. Ce compte-rendu entend résumer les discussions, prises de parole et récits des personnes présentes.

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(La société nous apprend à ne pas nous faire violer, plutôt qu’à ne PAS violer)

 

Qu’est-ce qu’une victime ?

Pourquoi est-il si difficile d’être et de se dire victime de violences sexuelles ? Il apparaît au fil du déploiement des expériences de chacun.e.s, que l’entourage et les relais du pouvoir (police, justice, institution hospitalière, école, etc.) concourent à forger et à pérenniser l’image d’un scénario de violence sexuelle souvent éloigné de nos réalités. Ainsi :

  • Il faut correspondre au modèle de la victime. Autrement dit, une « bonne victime » ne doit pas « l’avoir cherché ». Pas de jupes courtes. Pas de séduction. Pas de sorties à la tombée de la nuit. Pas d’alcool. En cas d’agression, hurler le plus fort possible. Se défendre en usant d’une force surhumaine. Reconnaître ses agresseurs. Aller voir directement la police. Si l’on a faillit à remplir les conditions suivantes, alors c’est la suspicion et le doute qui prévalent. De plus, certaines situations (viols conjugaux, viols entre personnes de même sexe, viols quand la personne est inconsciente, etc.) se suffisent quasiment à elles-mêmes pour disqualifier toute tentative de dépôt de plainte.
  • Il faut que le violeur soit un monstre. Le violeur est souvent dépeint dans les représentations dominantes comme un monstre social, marginal, criminel, multi récidiviste. Or, la réalité est souvent très éloignée de ce cliché. Dans la grande majorité des cas, les victimes connaissent leur agresseur, qui peut être une personne décrite comme sympathique et amicale, au dessus de tout soupçon et bien intégré socialement : un homme qui « n’en aurait pas besoin » ou « ne serait pas capable de faire ça ». Par conséquent, si un homme si gentil n’aurait pu faire une chose pareille, c’est alors la victime qui est supposée inventer le crime. Forts de ce décalage entre le fantasme et la réalité, les violeurs ne se considèrent d’ailleurs pas comme tels : entre prétextes et dédouanements, ils refusent de reconnaître les faits.
  • Il faut rentrer dans les cases des formulaires de police. À ce titre, la police peut jouer un rôle de normativisation des stéréotypes. Les forces de l’ordre disposent de grilles et de procédures de recueil des plaintes très stricts. Si les cadres habituels peuvent faire l’objet d’aménagements (être en contact un agent de police femme par exemple), ils sont souvent insuffisants et incapables d’accueillir nos vécus. À bien des reprises, il est difficile de se souvenir en détails, de fournir des preuves, de donner des faits concrets. La mise en doute, le mépris voire la moquerie constitue un ensemble de réactions souvent rapportées par les personnes concernées.

L’ensemble de ces éléments, conjugués à la plupart des récits sur les violences sexuelles qui sont relayés par les médias ou l’opinion publique, entrave la prise de parole libre sur les violences sexuelles. Cela peut donc créer une tendance à relativiser sa propre expérience dans la mesure où, finalement, « ce n’est pas si grave ». Ce sont alors les modalités de contournement habituel qui vont s’exprimer : minimisation (« ce n’est pas vraiment un viol »)  relativisation (« je n’ai pas été menacé par une arme », « il y a pire »), culpabilisation (« pourquoi ne me suis-je pas plus défendue ? », « pourquoi moi ? »), etc. Or en établissant ce type de hiérarchie, on invisibilise d’autant plus celles et ceux qui ne correspondent pas à un certain « modèle » et/ou qui n’ont pas vécus les violences dans des cadres normatifs. Toute celles et ceux qui ne correspondent pas au schéma de la bonne victime, ne doivent pas espérer accéder à une quelconque reconnaissance. Ou alors, à celui de victime consentante.

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 (Si tu veux parler de sécurité à ta fille, parle d’abord du respect du consentement à ton fils)

 

Les blessures invisibles

Les violences sexuelles laissent rarement de traces directement visibles sur les corps – contrairement à une agression physique – ce qui peut laisser penser qu’il n’y a pas de blessures. Les conséquences sont pourtant tangibles et concrètes pour nombre d’entre nous. Les stigmates physiques et psychologiques se déploient sur le temps long, juste avant, pendant et bien après l’agression. Stress post-traumatique, sensation de mort imminente, dissociation (avoir le sentiment d’être « en dehors » de son corps, de revoir la scène se dérouler de l’extérieur), sont des symptômes régulièrement évoqués.

L’après de l’agression est diversement vécu selon les personnes. Plusieurs d’entre nous ont évoqués le passage par des phases multiples, qui laissent la place à des moments d’exaltation et d’excitation, parfois avec une sexualité débordante, puis à des périodes plus dépressives de renfermement, de mise à l’écart, etc., qui peuvent déstabiliser et dérouter l’entourage et la personne elle-même. La culpabilisation s’efface difficilement et progressivement. Certain.e.s peuvent ressentir le besoin de se réfugier dans un environnement ou auprès d’une personne considérée comme bienveillante, qu’il s’agisse d’une religion, d’une relation amoureuse, d’un engagement personnel. Il n’y a cependant pas de comportement ou de symptômes univoques de traumatisme : aucun schéma ne peut être établi à l’avance sur la façon dont une personne doit se comporter après avoir vécu des violences sexuelles.

Le suivi médical – gynécologique et hospitalier par exemple – n’est pas toujours adapté à la situation. Il en va parfois de même avec les thérapies : les réactions et analyses des psychologues/psychiatres peuvent parfois être ressenties comme maladroites, méprisantes, indifférentes. Le soutien psychologique – s’il est envisagé – demande un investissement certain. Il faut du temps et ne pas hésiter à consulter plusieurs professionnel.le.s avant de trouver la personne adéquate. Dans tous les cas la parole doit être libre. Elle peut représenter un moyen de reprendre le contrôle sur une expérience traumatisante. Parler permet de replacer son expérience dans un contexte non-sexiste et de déculpabiliser. Dans ce cadre, l’infirmière de Sciences Po est une interlocutrice privilégiée. Son bureau se situe dans la cour du 56 rue des Saints-Pères. Veuillez également noter que vous pouvez contacter l’équipe de Garçes à tout moment.

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(Non, c’est non !)

 

Nos sexualités

Contrairement à ce que peuvent laisser entendre les discours dominants, la sexualité demeure un sujet délicat, stéréotypé et tabou dans nos sociétés. Elle est censée respecter un scénario bien établi qui, en réalité, est traversé de nombreux clichés (n’entend-on pas souvent dire que les hommes auraient des besoins sexuels « impérieux », « incontrôlables », « pulsionnels » ? Que, de toute façon, la fille dit toujours « non » au début ?). Les cadres proposés par ce scénario de la sexualité sont agencés à une forme diffuse de honte, qui rend toute prise de parole difficile. Le point de vue des interlocuteurs que l’on peut être amené à rencontrer dans le cadre de violences sexuelles (policier.e.s, juges, parents, ami.e.s, etc.) ne sont pas dénués de ces clichés. La violence est relativisée car considérée comme faisant partie intrinsèque de la sexualité.

Dans cette perspective, l’érotisation du viol – qui fait partie des pratiques et imaginaires sexuels – mis en scène entre personnes consentantes, a suscité des interrogations au sein de l’atelier. Il faut cependant faire la part des choses : cette érotisation ne produit pas des violences sexuelles, ni des violeurs. En revanche, elle peut contribuer à forger une représentation faussée de ces violences dans la conscience collective. La sexualité, même sous contrainte, est réputée donner du plaisir. Au fond, qui pourrait la refuser ?

D’un point de vue plus concret, la « première fois » après le viol est souvent difficile : sensation de devoir tout recommencer de zéro, de se réapproprier son corps, sa sexualité. Réactions parfois inappropriées, difficulté à prendre du plaisir, refus ou appréhension de la pénétration, etc. Cela implique de prendre en compte l’avis et la relation avec le/la partenaire : quand en parler ? Avant, après ? Combien de temps ? Se poser ce type de question est une réaction normale. Il ne faut pas donc pas hésiter à leur donner toute l’importance qu’elles méritent.

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 (Quand il change d’avis, ce n’est plus du sexe…

Le sexe sans consentement continu = agression sexuelle)

 

Les personnes indirectement concernées

Par là nous entendons l’ensemble des individus qui évoluent dans l’entourage, la parentèle ou le cercle d’amis de la personne concernée par des violences sexuelles, et qui connaît avec plus ou moins de détails la réalité du viol, de la tentative ou de l’agression.

Nos discours sont retenus et cachés par peur des réactions de l’entourage, des blessures qu’ils peuvent causer aux parents, aux amis. Le fait d’en parler, implique d’être en mesure de résister à l’ambivalence des réactions de l’entourage : minimisation, déni, curiosité, injonction d’en parler en donnant le plus de détails possibles, réduction à un statut univoque de « victime », etc. Plus encore, les comportements et regards posés sur nos corps, nos comportements, peuvent changer radicalement après l’annonce d’une agression sexuelle. Nos récits deviennent alors, de façon détournée, des vecteurs de violence. Les personnes indirectement concernées constituent un des barrages à la prise de parole. Afin d’éviter de nourrir le silence, nous vous proposons quelques pistes et éléments de réflexion.

S’il y a sans doute une chose à retenir sur les violences sexuelles c’est que, malgré des expériences et des sensations similaires, chaque cas est individuel et ne peut pas correspondre à des schémas préétablis. La multiplicité des formes d’expression, des réactions, des comportements – parfois très éloigné de ce que l’on pourrait attendre venant de personnes agressées – peuvent parfois être déstabilisantes pour l’entourage. Cela étant, il faut être en mesure d’accepter cette diversité et de ne pas préjuger ou de formuler des jugements hâtifs.

Par conséquent, il n’y a pas non plus de réaction « parfaite ». C’est un long processus de parole et de soutien qui doit être tissé progressivement avec la personne concernée. Il appartient à l’entourage de trouver le bon équilibre entre le respect de la vie privée et l’intimité de la personne (pas d’intrusion, pas de questions indiscrètes et répétées, pas de curiosité mal placée), tout en apprenant parfois à entailler le silence de rappels, de souligner sa présence discrète et la possibilité pour la victime de se confier et d’en parler, au moment et selon les modalités qui lui conviennent (« Tu te souviens de ce que tu m’as dit la dernière fois ? On peut en parler si tu le souhaites », « N’hésites à pas à parler, si tu en ressens le besoin », etc.). Il s’agit de situations qui s’extraient des échelles de temps habituels : il faut savoir être patient.e.

Par ailleurs, il semblerait bénéfique d’éviter dans la mesure du possible les injonctions et les prises de décisions à la place des personnes concernées. Plutôt que de provoquer la prise de parole systématique ou exhaustive, il vaudrait mieux privilégier les encouragements, l’accompagnement respectueux, la confiance mutuelle. Les dépôts de plainte – et la judiciarisation des violences sexuelles qu’ils impliquent – ne constituent pas un événement facile à vivre. Ils doivent être réfléchis et décidés par la personne elle-même. Il peut y avoir des invitations, des suggestions, mais il semble inadéquat de culpabiliser ou de forcer la personne à déposer plainte sans son consentement.

Bien évidemment, ces quelques conseils trouvent des limites évidentes : il n’ont pas force de loi ou de dogme. Il s’agit simplement de quelques axes dégagés par le partage de nos expériences.

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 (Stop à la violence contre les femmes !)

 

Quand céder n’est pas consentir

Le système de procédure policier et judiciaire, conjugué aux représentations mythiques de la victime/agresseur agit comme un dispositif qui, en prétendant saisir la réalité, s’éloigne toujours plus de nos vécus. Même si beaucoup le prétendent, bien peu sont en mesure de produire des discours réalistes sur les violences sexuelles : au contraire, les avis intempestifs concourent à diffuser les préjugés, règles et normes hétéro-sexistes. Or nous sommes les seules à connaître la signification de ces violences, ce qu’elles entraînent sur nos corps, nos esprits, nos sexualités. Ce n’est pas à nous de changer nos comportements, nos paroles, nos témoignages. C’est l’ensemble de ce système qui doit être profondément remis en question. Il doit nous entendre. Sans quoi nous resterons isolées du monde social.

Le viol est re-naturalisé à chaque instant : cela arrive, partout, à tout instant, c’est inévitable. C’est à nous de nous y préparer. Mais est-on jamais prêt.e à devenir une victime ?

Compte-rendu général du séminaire

Pour  bien commencer l’année, G.A.R.ç.E.S a invité ses adhérentEs et toutes  les personnes qui le souhaitaient à se réunir le temps d’un week-end  pour faire connaissance mais aussi pour évoquer différentes problématiques liées au  féminisme. C’était  aussi l’occasion de se réunir pour s’auto-former, réfléchir sur les oppressions genrées quotidiennes que nous subissons, et pour effectuer un pas supplémentaire vers l’(auto-)émancipation.

Dans l’ensemble, le séminaire fut un beau moment de partage féministe, regroupant de nombreuses et nombreux membres de Garçes, mais également des étudiantEs de Sciences Po et d’autres universités parisiennes, comme des jeunes et moins jeunes, des personnes travaillant, des féministes « historiques », des militantEs « Queer », des personnes simplement curieuses de voir ce que ce séminaire avait à leur offrir…

Ainsi, les  papiers recueillis sur le ressenti de ce week-end par les  participantEs ont été plus que positifs. Ils ont souligné la capacité  de Garçes à construire un espace de bien être et d’empowerment dans  lequel chacunE a pu s’exprimer, exister et s’affirmer dans l’espace  collectif tout en s’enrichissant personnellement et féministement.

Entre les sympathiques petits déjeuners et repas pris en commun, auxquels s’ajoute notre soirée du samedi soir dans le bar « La Veilleuse de Belleville », le programme était dense :

Samedi matin  : Après une première plénière sur « Etre et se dire féministe » la  soixantaine de participantEs s’est répartie en trois ateliers :  «  Etre et se dire féministe dans ses relations sentimentales et sexuelles  » , « Etre et se dire féministe dans le milieu étudiant » et un atelier sur la  prise de parole en public, adressé tout particulièrement aux personnes autocensuréEs n’osant pas parler au sein de l’espace collectif.

Samedi après-midi: Après une seconde plénière sur « l’intersectionnalité » (soit le concept  de sciences sociales permettant d’analyser l’imbrication – et non  l’accumulation- des discriminations entre elles, dans le vécu des  individuEs, dans les structures sociales mais aussi dans les discours politiques),  trois ateliers ont été proposés dans cette lignée : « Féminisme et  anticapitalisme », « Féminisme et religion » et « Féminisme et  antiracisme».

Dimanche matin  : Après l’affirmation de soi comme féministe et le questionnement sur  l’intersectionnalité samedi, c’est la sexualité et les sexualités qui ont été à l’honneur dimanche matin avec deux ateliers mixtes : « Stéréotypes et plaisirs sexuels » et « Queer et hétérosexisme », ainsi qu’un atelier non-mixte sur la masturbation féminine.

Dimanche après-midi : Après un retour sur les ateliers du matin et de la veille, nous avons  exprimé notre ressenti sur le weekend, réfléchi sur les choses qui étaient réussies et celles qui pourraient être améliorées (l’idée de créer une Charte a ainsi émergé à ce moment-là) avant d’échangé autour des projets  futurs de l’association.

Vous retrouverez tout au long des jours suivants des comptes-rendus ou des articles liés aux plénières et aux ateliers s’étant déroulés lors de ce séminaire, et n’hésitez pas à nous poser des questions ou à ajouter des remarques dans les commentaires!

CR du rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po sur les TCA

Le but de ce rendez-vous était d’avoir le point de vue de l’infirmière sur ce tabou, savoir si beaucoup d’étudiantes venaient la voir à ce sujet mais aussi de pouvoir mesurer les marges de manœuvre qui se présente à elle pour des actions de prévention/information sur les TCA.

A ce rendez-vous étaient présentes :  Sarah L, Laure M et  Sophie N pour Garçes ainsi que Chrystelle Welter (infirmière) et  Claire Secondé (responsable handicap et aide d’urgence) pour l’administration.

Nos revendications :

–          Une intervention sur le bien-être étudiant incluant les TCA durant la semaine d’intégration qui soit obligatoire pour touTEs les étudiantEs qui entrent à Sciences Po avec remise d’un support papier avec des informations pratiques sur le stress, la dépression, la dépendance et les TCA.

–        La mise en place de groupes de paroles étudiants sur les TCA (et potentiellement d’autres sujets par la suite) avec un animateur de dialogue (par ex : l’infirmière) qui intervienne au moins la première semaine pour mettre en place le groupe.

–       Une information plus accessible et plus complète sur le site internet de Sciences Po, ainsi que dans les locaux de Sciences Po (meilleure signalétique, panneaux d’affichage, etc.)

–    Une équipe médicale élargie (des médecins spécialistes « référents », notamment un(e) nutritionniste, un(e) gynécologue, etc)

–   La constitution d’une étude ou d’un rapport sur le bien-être étudiant dans son ensemble avec questionnaire, entretiens, statistiques qui inclurait des données sur les TCA (comme le rapport sur le bien-être des salariés à Sc Po).

–       La mise en place d’une cantine CROUS à l’intérieur de Sciences Po et de plages horaires repas.

–   La mise en place d’un parcours TCA santé/domination de genre en lien avec l’infirmière qui s’accompagnerait d’une campagne d’affichage conjointe

Résumé de l’échange avec l’infirmière :

Peu de personnes viennent voir l’infirmière pour des problèmes de troubles du comportement alimentaire mais elle estime que c’est loin de correspondre aux nombres d’étudiant-e-s réellement atteint-e-s de TCA. C’est effectivement un véritable tabou, et les étudiant-e-s venant la voir ont déjà pris conscience du fait qu’ils/elles sont concernées par des TCA et veulent y remédier.

Quand un-e étudiant-e vient la voir, l’infirmière met en place un parcours avec lui/elle, les invite à consulter un psychologue si ça n’est pas déjà le cas, puis à venir contrôler leur poids avec elle une fois par mois.

Elle nous apprend que la médecine préventive disposait avant d’un nutritionniste mais que celui-ci est parti et n’a pas été remplacé depuis plus d’un an. Désormais, les étudiant-e-s qui souffrent de TCA sont essentiellement aiguillé-e-s vers l’hôpital Sainte Anne qui peut traiter ces problèmes. On se fait la réflexion entre Garçes que c’est assez violent d’être dirigé vers un hôpital psy lorsqu’on souffre de TCA. Il existe aussi des organismes et cliniques privés qui traitent les TCA mais celles-ci sont payantes.

Au cours de notre discussion, nous mettons bien en avant le fait que nous voulons avant tout faire de la prévention et de l’information, d’où la pertinence de travailler sur la visibilité de panneaux « info-santé » dans chaque bâtiment de Sciences Po. A noter dans notre réflexion sur le genre, beaucoup de moins de garçons fréquentent l’infirmerie, notamment parce qu’ils s’autorisent encore moins à craquer que l’étudiant-e moyen-ne de Sciences Po (qui ne le fait déjà pas beaucoup). La situation des étudiant-e-s internationaux semblent encore plus compliquée car leur perte de repère à leur arrivée est très importante.

Pour faire de la prévention, l’infirmière et la responsable Handicap et aide d’urgence pointent l’importance des professeur-e-s et des ami-e-s pour la prise en charge et le repérage d’étudiant-e-s en souffrance : ce sont elles/eux qui sont généralement à l’origine de signalements auprès de l’infirmière et/ou de l’aide sociale. A noter : dans le cas d’un signalement, la personne est contactée sans mention de la façon dont l’infirmière et/ou la responsable handicap ont eu des vents des difficultés traversées. Par ailleurs, en grande majorité, une fois qu’un rendez-vous est proposé à l’étudiant-e concerné-e, il/elle s’y rend.

Conclusion et perspectives :

Ce rendez-vous a renforcé notre envie de faire des TCA le sujet d’une grande campagne de rentrée par Garçes avec des actions d’information et de prévention en coopération avec l’infirmière et les responsables de Sciences Po concerné-e-s, la diffusion d’un manifeste « Notre corps nous appartient » ainsi que des actions de plus longue durée pour la mise en place d’une cantine, d’une étude sur le bien-être étudiant comprenant les TCA, etc.

 

Compte-rendu de la réunion non-mixte sur les troubles du comportement alimentaire

Le 17 novembre a eu lieu une réunion non-mixte destinée aux individus se considérant ou assignés « femmes » à propos des troubles du comportement alimentaire (TCA). Elle a réuni 11 personnes dont une qui a transgressé le cadre de la non-mixité car ne se définissant pas par son genre. Une large majorité des personnes présentes a été atteinte/est atteinte de TCA, ou a déjà connu un rapport problématique à la nourriture.

 Le but de cette réunion partait du constat frappant que les hommes et les femmes étaient touchés de façon inégalitaire par ces troubles. L’approche des ces TCA ne se voulait ni psychologique, ni scientifique. Le but était, à partir du vécu, de politiser la question, face à ce biais du genre qui semblait frappant.

 Il n’y a pas eu de recours au chronométrage, ni au tour de parole. A été préférée la procédure du tour de table, qui a permis à chacun de s’exprimer.

I – Discussions

Une présentation des blogs pro-ana qui abordait également la loi visant à punir la promotion de la maigreur a permis d’introduire le débat. Cette introduction a soulevé les questions suivantes : ces blogs reflètent la communauté des personnes atteintes de TCA ? Font-ils la promotion des troubles du comportement alimentaire comme mode de vie ? Ou sont-ils une simple plateforme de soutien ? Les pro-ana sont-elles de simples victimes ou coupables de mauvaise influence ? L’existence de ces blogs ne soulève-t-elle pas la question des structures d’accompagnement existantes ?

Sans reprendre les débats, qui pourront faire l’objet d’articles sur le blog, les principaux sujets abordés étaient les suivants :

1) Les causes d’un symptôme : Part psychologique/responsabilité de la société ?

– Le rôle des magazines, des sites féminins et de leurs appels aux régimes, de la publicité et de la mode (hypersexualisation du corps féminin : on voit majoritairement des corps de femmes dans notre environnement visuel et non des corps d’homme, le corps féminin qui est représenté est toujours le même et presque irréel : c’est celui de « la femme-brindille » ; incitation des femmes à la discrétion,  idéal de l’effacement)

– Le poids des traumatismes (notamment des violences sexistes) dans la survenance de ces symptômes ainsi que du manque de confiance en soi / moyen de somatisation

= La part psychologique est importante concernant les troubles alimentaires mais la société offre un terreau clair et net (microcosmes, émulation entre les filles  qui n’arrêtent pas de se comparer). Par ailleurs, il y a une pression véhiculée par les hommes (notamment les compagnons) mais aussi  par les femmes elles-mêmes (phénomènes de compétition et de jalousie). L’importance de la pression familiale et sociale (les médecins, les profs de danse etc.) dans la déclaration de ces maladies (nombreuses réflexions dans l’enfance sur le poids) est très réelle également.

 2) Sociologie et géographie des TCA (hypothèses)

– Un phénomène genré ?  Aujourd’hui, seulement 5 à 10% de personnes concernées par des TCA sont des hommes.

Un phénomène en expansion ? Accroissement actuel des TCA de façon générale, et en particulier chez les enfants, les hommes et chez des femmes plus âgées. Pression grandissante sur le physique dans notre société ?

Un phénomène de classe ? Les TCA touchent majoritairement les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées (Une éthique de classe ? Injonction à la maitrise totale de soi, la réussite est corollaire du contrôle de son corps). Les classes populaires semblent moins touchées même si elles le sont de plus en plus (le corps comme outil en dernier recours de présentation de soi).

– Une pression sociale incarnée dans des lieux géographiques ?  Développement de ces troubles chez certaines personnes à Sciences Po, ou dans d’autres cadres angoissants ou anxiogènes où règne une injonction à la maîtrise et à la performance.  Les TCA  : plus importants à Paris ou dans des grandes villes ?

Un phénomène occidental ? Dans quelle mesure retrouve-t-on ces maladies ailleurs que dans les milieux occidentaux ?

3) Prévention et traitement

– Sujet tabou (même entre filles), source de honte (comment l’aborder, notamment avec des garçons ?)

–  Critique du discours médical : ex des régimes donnés à des jeunes filles. On fait de variations anodines des maladies (conséquences néfastes du contrôle médical et de la surmédicalisation : courbes de poids et de taille normatives) et de certains faits des traumatismes (par exemple, des filles minces sont déclarées anorexiques, des filles légèrement en surpoids au niveau de l’IMC sont dites « obèses », etc).

– Critique de l’incompétence de certains médecins et des centres de traitements des TCA (recours à la culpabilisation et aux antidépresseurs) = dressage, redressement, alors que pour guérir il faudrait des méthodes contraires à celles appliquées dans ces centres.

– Injonctions contradictoires : d’une part il y une surmédicalisation des corps, une injonction constante à vivre sainement, qui se traduit souvent par l’injonction à la minceur. D’autre part, publicité à outrance pour des produits gras et sucrés…

II – ACTIONS !

Plusieurs idées d’actions ont émergé de ces débats, à délibérer en AG :

–          Comme pour la campagne de reconnaissance des associations, faire des affiches avec les « perles », cette fois relatives aux remarques quotidiennes faites sur le corps, qui nous semblent constituer un véritable carcan, terreau fertile pour le développement des TCA.

–          Les TCA étant un tabou, une source de honte, écrire un Manifeste sur le modèle des 343 salopes dans le but de banaliser la question, s’opposer aux pressions exercées sur le corps des femmes, appeler à un autre traitement du sujet davantage politique. Se coordonner avec d’autres associations féministes afin de donner plus d’ampleur à la question, qui se situe directement dans la lignée du droit de disposer librement de son corps.

–          Faire une campagne d’affiches représentant des corps non normés pour protester contre les diktats esthétiques, notamment celui de la minceur

–          Organiser une AG « Corps & Genre » (comment intervient la question de l’homosexualité ou de notre identité de genre dans notre rapport au corps ?)

–          Travail à effectuer avec l’infirmière, qui a d’ailleurs contacté G .A.R.Ç.E.S récemment pour que l’on bosse ensemble

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous contacter (par mail ou par Facebook) si le sujet vous intéresse !

Compte-rendu : réunion du 29 mars sur la socialisation genrée

Réunion mixte du 29 mars 2012, à 19h15 : 19 personnes présentes (femmes, hommes, autres) et environ un tiers des personnes présentes venaient à une réunion pour la première fois.

Thématique générale : la socialisation genrée pendant l’enfance

 Cerveau rose, cerveau bleu, de Lise Eliot (présentation par Sarah)

 Lise Eliot est neurobiologiste. À contre-courant d’un certain nombre d’études, l’auteure rappelle qu’il n’existe aucune différence majeure entre les cerveaux des garçons et ceux des filles. Les divergences –de l’ordre de la taille et du temps de maturation du cerveau – sont trop minimes pour être réellement significatives. La sexualisation – ainsi que les stéréotypes – apparaissent précocement, vers 2-3 ans (et non à la naissance) et seraient la conséquence de l’influence du modèle familial, de l’environnement culturel et des représentations auxquelles l’enfant s’identifie. Ces éléments acquis participent à la construction mentale et sociale de l’enfant et viennent renforcer progressivement les différences entre les garçons et les filles, par le biais de la plasticité du cerveau. Or le cerveau étant « plastique », il est possible de lutter contre ces « acquis » pour retrouver une vraie égalité et l’auteure préconise dès lors une éducation différenciée qui permettrait de rétablir l’équilibre, en soutenant de manière différente les filles et les garçons dans leur construction et développement.

 Le rapport Jouanno sur l’hypersexualisation des enfants (présentation par Laure)

 Le 5 mars 2012, Chantal Jouanno sénatrice membre de l’UMP remet à Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, un rapport qui s’inquiète de l’érotisation du corps des jeunes filles. Cette hypersexualisation s’exprime par le biais de plusieurs outils (vêtements moulants, accessoires, épilation, attitude, etc.) qui octroient une dimension sexuelle au corps de l’enfant. Ce culte de l’apparence et de son impact demeure très présent dans la presse à destination des femmes adultes. Or, le rapport interroge cette évolution et suppose qu’elle constitue une menace à la protection de l’enfant. Les conséquences de l’hypersexualisation seraient multiples tant auprès des jeunes filles (favorisation des troubles du comportement alimentaire, adhésion précoce aux stéréotypes sexistes) que des jeunes garçons (banalisation des clichés machistes). Le rapport met en cause des acteurs connus et dénoncés – à tort ou à raison – comme la presse, le monde de la mode, l’industrie du porno. Le rapport préconise plusieurs mesures comme l’interdiction des concours de beauté pour les jeunes filles de moins de 16 ans, l’adoption d’une « Charte de l’enfant » par les magazines, l’éducation à l’égalité des sexes à l’école ou encore le retour à l’uniforme.

 Les crèches suédoises (présentation par Stina)

 La Suède mène depuis de nombreuses années des politiques publiques volontaristes sur les questions de genre et d’orientation sexuelle (femmes, LGBT). Des mesures ambitieuses ont été adoptées dès 1994 dans les crèches du pays, afin de sensibiliser les enfants – et par extension leurs parents – aux inégalités hommes/femmes et aux discriminations de genre. L’utilisation d’un pronom neutre, la prise en compte systématique des différences de traitement entre les filles et les garçons ou encore la diversification des représentations (contes, jouets, etc.) sont certaines des mesures qui concourent à réduire l’impact de la socialisation genrée. Ces politiques ont été globalement suivies en Suède et ont participé à un changement des mentalités au sein de la jeune génération. Cela étant, de nombreux obstacles à l’égalité persistent (partage inégal des tâches ménagères, persistance des clichés de genre, surreprésentation féminine dans certains métiers, etc.).

Résumé du tour de table pendant lequel chaque personne a pu s’exprimer

 La prise en compte du genre dans l’éducation semble efficace à condition d’être généralisée

 Avant toute chose, il semble nécessaire d’évaluer les conséquences de ces mesures dans le champ des inégalités hommes/femmes, tout en interrogeant sa portée sur la construction identitaire de l’enfant. Manifestement, l’éducation prodiguée dans ces crèches – qui, rappelons-le, ne nient pas le sexe biologique – a eu un impact positif sur la socialisation genrée des enfants, notamment en déconstruisant les rôles sexués et en offrant des espaces d’expression plus larges et diversifiés aux jeunes filles. L’abandon de la socialisation genrée à l’école permettrait d’offrir un rôle valorisant aux filles – qui sont les premières touchées – tout en évitant de pérenniser un ordre hétérosexuel dominant. Par ailleurs les garçons, qui sont contraints d’assimiler des comportements sexistes et masculins en seraient également bénéficiaires. Pour les participant.e.s, ces initiatives – qui existent marginalement en France, notamment en Seine-Saint-Denis- sont salutaires mais ne seraient efficaces, qu’à condition qu’elles soient inscrites  dans la continuité. Une politique éducative dé-genrée, n’aurait ni pérennité, ni efficacité, si elle ne se déroulait pas dans la durée, tout au long de la vie scolaire de l’enfant, notamment à la puberté qui constitue un moment de polarisation (et d’opposition) extrême des sexes.

 Hypersexualisation : une réalité qui mérite des mesures plus adaptées que celle préconisées par le rapport Jouanno

 L’hypersexualisation est un phénomène reconnu récemment et il semble important pour les participant.e.s que le politique prenne acte de son émergence. Les conclusions du rapport rappelant l’importance de l’éducation sexuelle ont été unanimement saluées. Cependant, cette mesure semble difficile à appliquer, considérant que l’introduction de quelques paragraphes sur les questions dans les manuels scolaires ont crées à eux seuls une très vive polémique. Par ailleurs, l’interdiction des concours de beauté type « Mini-miss » – qui sont très marginaux en France – n’a pas été considérée comme efficace, tout comme le retour à l’uniforme, voire à la non-mixité dans les écoles. Dans tous les cas, le rapport ne va pas assez loin dans son analyse et risque de produire peu de résultats. Plusieurs personnes ont ainsi déploré la concentration du rapport sur les petites filles, sans parler des pressions/des normes de genre pesant sur les adultes (autant sur les femmes que les hommes, à travers les publicités par exemple). Ce n’est pas la loi qui permettrait de faire avancer la question des rapports de domination et de sexualisation hommes/femmes mais plutôt un contexte général (dont les conditions pourraient être réunies par l’intermédiaire de l’éducation dé-genrée par exemple).

 Le tour de table s’est conclu autour de la présentation par Laure du catalogue de la maison d’édition « Talents hauts » qui propose des livres féministes pour enfants. Leur site internet : http://www.talentshauts.fr/

2. Luttes de Garçes : manifestation de soutien à l’hôpital Tenon

 Ont été évoqués les modalités pratiques, ainsi qu’un rappel de l’histoire particulière de l’hôpital Tenon (qui possède un centre d’IVG en sursis depuis longtemps). L’association catholique  « S.O.S Tout-petits », opposé à l’avortement, manifeste régulièrement devant les hôpitaux afin d’obtenir la fermeture des centres d’IVG. Le collectif féministe G.A.R.Ç.E.S s’est engagé de longue date dans des contre-manifestations, afin de rappeler notre attachement au droit irréfragable pour les femmes que constitue la possibilité d’avorter.

3. Projets à venir 

 La réflexion sur la lutte contre les troubles du comportement alimentaire sera reprise et enrichie après un rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po, Christelle Welter, le 4 avril 2012. Et lancement prochain d’une campagne !

 Plusieurs questions restent en suspens :

–          Un séminaire de fin d’année devrait être organisé et est en cours d’élaboration. Si vous avez des idées ou souhaits particuliers, notamment d’ateliers, dites-le nous !

–          La question du char de la Marche des Fiertés n’a pas été réglée. Il a été évoqué la possibilité de le partager avec une autre association.

Merci à Aurélien pour son compte-rendu !