5 raisons pour lesquelles la non mixité est un impératif et pourquoi nous sommes fatiguées d’avoir à nous en justifier

Voilà plus de cinquante ans que les vertus de la non mixité dans les luttes pour l’émancipation des groupes minorisés ont été pensées, questionnées, mises en pratique et revendiquées. Cinquante ans, et nous en sommes toujours là, sommées de nous expliquer, de nous justifier, comme si nous n’étions là que pour ça : rendre intelligibles nos luttes. Cinquante ans qu’on nous refuse de pouvoir choisir jusqu’aux moyens de nous rassembler.

Si la pédagogie est, dit-on, l’art de la répétition, comprenez bien que nous refusons de rentrer dans le cercle sans fin des justifications. Non seulement parce que nous sommes fatiguées de mettre au coeur de nos discussions l’éternelle question de la place des hommes dans le féminisme, mais aussi, et surtout, parce que nous refusons cette injonction continuellement faite aux femmes, comme à tout groupe opprimé, d’avoir à légitimer leur existence et leurs actions. Nous n’avons pas la moindre intention d’attendre de qui que ce soit une validation de nos outils de lutte. Au contraire nous revendiquons sans concession la non mixité comme un choix politique. Et voici pourquoi.

1. Parce que nous avons retenu les leçons de l’histoire

Ce que nous ont appris dès les années 60 les mouvements de lutte pour les droits civiques des Noir.es américain.es, c’est qu’il ne faut pas attendre des personnes qui tirent leurs privilèges d’un système de domination qu’ils et elles y renoncent d’eux et d’elles-mêmes, par générosité, humanisme ou bienveillance. Tout mouvement, mixte à ses débuts, est rapidement confronté à l’impossibilité d’avancer sans déconstruire, en son propre sein, les rapports de domination qui peuvent s’y nouer. Car comme l’écrit la sociologue et féministe Christine Delphy, “dans les groupes mixtes, Noir.es-Blanc.hes ou femmes-hommes, et en général dans les groupes dominés-dominants, c’est la vision dominante du préjudice subi par le groupe dominé qui tend à… dominer.” L’expérience des Noir.es américain.es, mais aussi du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) l’a montré : en mixité, ce sont toujours celles et ceux qui tirent avantage du système qui se retrouvent au premier plan, reproduisant au sein même du mouvement militant les logiques oppressives que celui-ci cherche à déduire et, pire, le vidant de son contenu politique. Les exemples sont légion, mais pour n’en citer qu’un seul il n’y a qu’à relire l’anecdote rapportée récemment par Caroline de Haas à propos de la création en 2009 de l’association, aujourd’hui bien implantée dans le paysage militant, Osez le féminisme : “Dans la salle, une centaine de personnes, 85% de femmes. A la fin de la rencontre, 33% des femmes présentes et 45% des hommes présents avaient pris la parole. Les femmes avaient parlé en moyenne 2 minutes, les hommes 4 minutes. Dans une réunion féministe, avec 85% de femmes, nous reproduisions les inégalités dans la prise de parole.” Quel groupe féministe mixte n’a-t-il pas expérimenté ce phénomène ? Et quelle légitimité porte un collectif féministe qui ne permet pas aux premières concernées de s’exprimer ?

 

2. Parce que nous revendiquons d’être les mieux placées pour parler des sujets qui nous concernent

Laisser du temps de parole aux hommes, c’est leur laisser nous expliquer notre réalité. Or en matière sociale, l’objectivité n’existe pas, et ce n’est pas parce qu’un individu se sent en dehors d’un rapport de pouvoir qu’il peut prétendre porter un regard neutre. Car personne n’est en dehors du système. Il n’y a pas d’opprimé.e sans oppresseur.e. Nous n’avons donc pas besoin de l’avis d’un homme pour savoir si notre perception de notre vécu est juste. Nous refusons de perdre notre temps et notre énergie à vous convaincre que OUI le sexisme est une réalité vécue au quotidien, que les violences que nous subissons sont réelles et que NON ce n’est pas parce que vous ne voyez rien que cela n’existe pas. Nous n’avons pas non plus besoin de l’avis d’un homme sur nos choix d’action car les conséquences, c’est nous qui les subiront. C’est pourquoi nous revendiquons la pratique de la non mixité comme une déclaration d’indépendance : ne nous libérez pas, on s’en charge ! Nous fixons nous même nos conditions et notre agenda politique.

3. Parce que nous revendiquons une parole libérée des codes de domination

Parce que les hommes bénéficient d’un statut privilégié fondé sur l’oppression des femmes et de ce qui est perçu comme féminin, nous exigeons des espaces où nous seront à même de définir et d’assumer ce que nous sommes, indépendamment du regard masculin. Des espaces où nous nous sentirons libre de toute injonction : injonctions faites à nos corps, à nos voix, à notre ton, à notre parole. Injonction à “oser”, à “nous assumer”, à “bien parler”. Nous sommes fatiguées d’avoir à être polies, gentilles, jolies et souriantes alors que nous avons besoin de parler de douleurs, de peurs, de crimes et de colère. Parce que la parole des femmes est toujours de “trop” (trop bavarde, trop criarde, trop faible…) et qu’une “vraie femme” est une femme silencieuse, nous revendiquons des espaces où notre parole n’est justement pas une “parole de femme”, mais la nôtre.

4. Parce que nous revendiquons le droit de parler sans crainte

Les violences, les agressions et les humiliations que nous subissons au quotidien sont propres à notre condition de femme. C’est parce que nous portons ce que la société a construit comme un stigmate, la “féminité”, que des hommes se permettent constamment de nous rappeler à l’ordre, de nous signaler notre subordination et ce qu’il en coûte de vouloir en sortir. Ce sont des hommes qui frappent ou violent à la maison, qui insultent dans la rue, qui mettent en pratique ce paternalisme agressif, si courant dans les cercles de pouvoir. Et si parfois ces violences s’adressent à d’autres hommes (souvent perçus, est-ce un hasard, comme efféminés), ce sont les femmes qui en font les frais les premières. Dans ces conditions, nous revendiquons le droit de construire des espaces libres, où nous ne risquons pas de côtoyer ceux-là même qui participent et tirent avantage de cette hiérarchie oppressive. Nous refusons d’avoir à faire attention à ne pas nous mettre en situation de rencontrer un potentiel agresseur. Toute notre attention, toute notre énergie doit pouvoir être consacrée à nos actions, à nos réflexions, au développement de stratégies militantes. La ténacité avec laquelle des hommes viennent régulièrement perturber les réunions non mixtes de la Nuit Debout ! nous semble ainsi particulièrement ironique : ces hommes qui s’insurgent de l’exclusion dont ils prétendent être les victimes sont par ailleurs bien silencieux, pour ne pas dire complètement indifférents, aux agressions sexuelles que des militantes ont pu y subir.

5. Parce que nous refusons de tenir compte de vos sentiments

Alors oui, nous le savons, vous n’êtes pas comme ça, vous. Vous êtes sans aucun doute une bonne personne, et même peut-être un mec bien ? C’est curieux comme tous les hommes que nous côtoyons sont des mecs bien ; à les entendre, le sexisme tomberait du ciel, de manière complètement désincarnée. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance de l’égalité femmes/hommes mais personne n’ose parler du fait que ce sont des personnes réelles qui les mettent en oeuvre. A vrai dire peu nous importe car pour une fois, il n’est pas question de vous, ni de votre ego mais d’un système, le patriarcat, que nous nous attachons à détruire. En tant que groupe, en tant que classe, les hommes jouissent d’un certain nombre de privilèges, mais ce n’est pas à celles et à ceux qui en font les frais de faire taire leur douleur, de ménager l’amour propre des dominants, ni de les convaincre de la réalité des oppressions qu’elles et ils vivent. C’est fou comme le débat avance drôlement plus vite lorsqu’on n’a pas à perdre énergie et temps à expliquer à chacun que ce n’est pas de lui dont il est question, que ce n’est ni le lieu ni le moment de faire de la pédagogie, qu’ici, pour une fois, le centre de l’attention, de notre attention, c’est nous !

 

Alors, oui, la non-mixité ça peut faire peur. Parce qu’on décide de ne plus se taire. Parce qu’on décide d’être les maîtresses de nos vies. Parce que notre non mixité à elle seule est politique et fragilise le pouvoir masculin. Mais, devinez quoi, on ne vous demande pas l’autorisation ! Et aussi longtemps que cela nous semblera nécessaire, nous utiliserons cet outil. Et aussi longtemps que d’autres groupes dominés le penseront nécessaire, nous les soutiendrons.

Oh les Garçes ! #1

Nous avions lancé un appel à contribution en novembre dernier pour notre projet de zine – pour rappel, il s’agit de magazines auto édités confectionnés par les membres d’une communauté qui souhaiteraient explorer des sujets rarement traités dans les médias – et après quelques dizaines de mails et une lutte acharnée contre des ordinateurs récalcitrants, nous sommes heureuses de vous présenter le résultat final.

Oh les Garçes est le fruit du travail de 20 contributrices et contributeurs. Vous y trouverez des poèmes, articles, illustrations, photographies et mêmes des broderies ! Encore un grand merci à ceux et celles qui ont bien voulu partager leur travail avec nous. Tous les travaux inclus dans le zine sont leur propriété et nous vous demandons à ce titre de ne pas les utiliser sans leur permission.

Pour toutes questions, remarques ou réclamations au sujet du zine – ou d’autres choses d’ailleurs –  n’hésitez pas à nous envoyer un mail à garces.sciencespo@gmail.com.

D’ici là, bonne lecture !

Féministement votre,

G.A.R.C.E.S

 

 

Note : ce zine ayant été conçu en double page, 
vous pouvez le télécharger et activer la
visualisation adéquate pour une lecture 
plus agréable ! 

FANZINE GARCES – Appel à contributions / Call for submission

=== ENGLISH VERSION BELOW ===

Cette année, Garçes a décidé de se lancer dans l’aventure du fanzine !

Pour celleux qui n’auraient jamais entendu parler de ces petites bestioles que sont les fanzines, il s’agit de magazines confectionnés par les membres d’une communauté pour explorer des sujets qui ne sont pas suffisamment traités par la presse traditionnelle.
Garçes lance donc le sien et pour cette raison, nous faisons appel à vos contributions. Le thème est libre, vous pouvez donc aborder tous les sujets qui vous plaisent, du moment qu’ils ont un lien avec les questions queer et/ou féministes. Pour le format, vous pouvez laisser libre cours à votre imagination : articles, nouvelles, strips, dessins, photos,collages….La seule limite étant que votre contribution doit pouvoir être scannée, convertible au format PDF et/ou imprimable. Nous acceptons les contributions dans toutes les langues et une traduction peut être proposée par l’auteur-e ou travaillée avec nous pour celles qui ne sont pas en français

Nous ouvrons l’appel à contributions jusqu’au 31 mai inclus. Vous pouvez nous envoyer vos productions par mail, garces.sciencespo@gmail.com avec pour objet “contribution Fanzine” , ou par voie postale (contactez garces.sciencespo@gmail.com pour les informations nécessaires, en précisant dans l’objet de votre mail “envoi Fanzine”).

Nous vous précisons que nous nous réservons le droit de refuser toute production discriminante ou répandant des propos intolérants et/ou oppressants. Nous nous engageons néanmoins à expliquer l’objet de notre refus à l’auteur-e et à lui laisser le droit de proposer une nouvelle version.

Pour toutes questions et remarques, ou simplement si vous voulez suivre l’avancement du projet, n’hésitez pas à vous inscrire sur notre événement facebook : https://www.facebook.com/events/137090946654637/

De l’amour féministe et queer,

G.A.R.C.E.S

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This year, Garçes has decided to make its very own fanzine!
For those of you whom has never heard about fanzines, there are magazines created by members of a communauty to explore topics that are not covered well enough by the mainstream medias.

Thus, Garçes launched its own and for that purpose, we need your contributions! There is no designated theme, so you can tackle any topics you want, as long as it has a link with queer and/or feminist questions. As for the format, once again you can unleash your imagination: articles, short stories, strips, drawings, pictures, collages… The only restriction is that we must be able to scan, convert to PDF and/or print your submission. We will accept contributions in any languages and a translation can be either submitted by the authors themselves or worked with us for those that are not in French.

We open this call for submission until 31th May included. You can send us your productions by email, at garces.sciencespo@gmail.com with the subject “contribution Fanzine”, or by mail (contact garces.sciencespo@gmail.com for the details, specifying “envoi Fanzine” in the subject)

We inform you that we may refuse any production that spread discriminatory, intolerant and/or oppressing ideas. Nevertheless, we will explain the reasons of our refusal to the authors and allow them to submit another version of their work.

If you have any questions or remarks, or if you want to follow the project throughout the year,  do not hesitate to join us on the facebook event : https://www.facebook.com/events/137090946654637/


Feminist and queer love,

G.A.R.C.E.S

 

HeForShe ou plutôt HeForHe.

La semaine dernière, le 30 septembre se déroulait en amphithéâtre Jacques Chapsal une table ronde un peu particulière. Dans l’enceinte de Sciences Po aujourd’hui, on parle égalité, on parle gender, on parle #HeForShe.

Tout d’abord qu’est-ce que HeForShe ?

C’est une campagne lancée l’an dernier par l’ONU Femmes. Vous vous souvenez peut-être du discours d’Emma Watson à l’ONU ? (Sinon rafraîchissez vous la mémoire par ici : https://www.youtube.com/watch?v=gkjW9PZBRfk) Le but de cette opération est de promouvoir l’égalité femmes-hommes. Elle repose sur l’idée que ce but ne peut être accompli sans le soutien actifs des “he”, les hommes. Suite à ce discours, était lancé le site heforshe.org qui consiste en une carte interactive sur laquelle tout un chacun, à la condition d’être un homme, peut s’engager à agir pour l’égalité. Ainsi on peut apprendre sur ce site internet que 11 570 hommes en Russie, 15 hommes en Papouasie Nouvelle-Guinée et 3027 en Roumanie trouvent que l’égalité femmes-hommes, c’est vachement bien. L’étape suivante de HeForShe fut le lancement le 23 janvier 2015 de Impact 10x10x10. Le but de ce programme est d’encourager des hommes à faire la promotion de l’égalité. Et c’est là que ça nous intéresse parce que devinez qui s’est engagé dans ce beau programme ?

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Frédéric Mion lui-même ! Sciences Po fait donc maintenant partie de la campagne HeForShe ! On devrait être tou.t.e.s content.e.s, c’est bien l’égalité quand même, le sexisme à Sciences Po va disparaître et puis, le féminisme, c’est un peu notre truc à G.A.R.ç.E.S., non, ? Donc c’est plutôt cool ?

Bof en fait.

En termes de politiques publiques, HeForShe n’est peut-être pas la meilleure réponse aux problèmes de sexisme que nous rencontrons dans la société en général, et par conséquent à Sciences Po aussi. Et ce pour plein de raisons. Tout d’abord le concept en lui-même. Dans la simple formulation “He for She”, il y a déjà un problème : il n’y a pas que des “he” et que des “she”. Mais qui sait ?  Peut-être que dans cent ans, les organisations de pouvoir  auront peut-être vaguement entendu parler du fait que les genres ne sont pas forcément binaires.

Qu’est-ce que le terme “He For She” et que nous révèle son organisation ?

Le message est le suivant : l’égalité ne se fera pas sans que les hommes prennent une place importante au sein du féminisme. Là, déjà, ça coince. On en revient toujours à la même chose : les meufs auraient besoin des hommes et ne seraient pas capables d’arriver à leur but toutes seules. Les femmes ne seraient donc pas capables de s’organiser politiquement de façon globale, et ne pourraient pas apporter de changement efficace et visible toutes seules ? Parce que c’est bien ce qui choque le plus dans ce HeForShe, l’absence de femmes, partout. On en est arrivé à un stade d’absurdité tel que l’ONU a organisé un comité de réflexion sur le sexisme sans aucune femme.

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#sausagefest

Bon, on sait, vous allez encore dire qu’on est trop misandre, qu’on devrait quand même être content.e.s, qu’on parle enfin du féminisme. Et puis c’est vrai quoi, si les hommes ne font rien, on n’aura jamais l’égalité, blablablabla…. En vrai, à Garçes, on est assez d’accord avec tout ça, à priori : déconstruire la masculinité toxique, en finir avec les stéréotypes qui obligent les hommes à se montrer forts et combatifs afin de perpetrer leur domination, la culture du viol, la violence inhérente à la masculinité, on est franchement partant.e.s. Cependant, c’est marrant mais exclure les meufs des réuniosn de décision qui les concernent directement, ça sent un peu le déjà-vu sexiste. Nous voilà donc toujours dans la même situation : les hommes décident, les femmes peuvent fermer leur gueule et être contentes qu’on pense à elles.

Il faut ajouter à cela que ce genre d’initiative, où les hommes (et puis un genre particulier d’hommes cis hein, de préférence bien blancs, bien riches qui se font une jolie image avec) sont au centre de toute l’organisation, fait de l’ombre au travail des féministes et femmes engagées partout dans le monde. Dans le champ médiatique français, on ne parle pas de Femmes en Lutte 93, ni de Mwasi, le collectif afroféministe, ni de Maman Toutes Egales, ni du Collectif 8 Mars pour ToutEs, ni des multiples initiatives étudiantes féministes (je sais pas si vous avez entendu parler de Garçes, le collectif féministe de Sciences Po ?). Bref, on ne parle pas des femmes qui s’organisent, on ne parle donc pas des principales actrices de ces luttes, qui se battent depuis des années. On dérobe la narration de leurs combats aux femmes. Encore une fois, on n’entend plus la voix des femmes, on écoute celle des hommes.

Et cela nous amène à notre second point,

A qui sert le féminisme de HeForShe ? 

Ce mouvement, on l’a vu, est lancé et repose sur la participation et l’engagement d’hommes influents – l’ironie là- dedans consiste à voir à quel point les grandes institutions mondiales sont squattées par des vieux hommes blancs.

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La campagne HeForShe n’engage que des PDGs, des présidents de grandes universités, bref des élites. Et, en fin de compte, le changement qu’ils sont censés apporter ne touche que ces élites. HeForShe ne se contente pas de rendre beaucoup d’associations, organisations, mouvements et collectifs invisibles ; il va même au-delà en donnant au féminisme le visage d’une élite blanche. On parle de la Femme sans prendre une seule seconde en considération les différentes oppressions que les différentes catégories de femmes subissent. Les problèmes qu’Emma Watson rencontre dans sa vie de tous les jours ne sont pas exactement les mêmes que ceux d’une femme précaire, d’une femme trans, d’une femme non-blanche, d’une femme musulmane… (en sachant qu’on peut être tout ça à la fois). On les invite à se renseigner sur le concept d’intersectionnalité. 

On a donc là affaire à un féminisme respectable, bien sous tout rapport, qui met la priorité sur des questions qui, certes doivent être posées, mais ne devraient pas prendre la place de toutes les autres.

Nous avons parlé du concept de HeForShe dans sa forme globale. Maintenant revenons à Sciences Po et 

à cette fameuse table ronde du 30 septembre.

L’évènement commence par une série de photos de gens très célèbres qui pensent que, vraiment, l’égalité, on le répétera jamais assez, c’est franchement pas mal. Le tout accompagné par des citations très éloquentes sur le sujet. C’est très joli, c’est tout rose, parce qu’on parle de filles, vous suivez ? Nous sommes donc ravi.e.s de savoir que Matthew Rhys (qui est ce jeune homme ? Mystère…) a une nièce et qu’il est d’accord pour qu’elle travaille, c’est trop sympa de sa part. Ou alors d’apprendre que la plupart de ces hommes avaient des mères, ça c’est de l’info (on touche pas aux mamans). Ah tiens, Bill Clinton est #HeForShe lui aussi ! Ce bon président qui est assez tranquille ces jours-ci alors que Monica Lewinski vivra toute sa vie dans l’opprobre publique (merci le slutshaming d’Etat).  Oh et on a même droit au Prince Harry, l’égalité hommes-femmes ça a l’air de l’enthousiasmer autant que de se déguiser en nazi. Mais c’est génial on a vraiment affaire à des hommes de qualité avec #HeForShe ! 

Les choses sérieuses commencent après un bref retard de notre directeur Frédéric Mion affublé d’un très seyant t-shirt HeForShe pour l’occasion. De ce long discours on retiendra surtout la blague de fin. “Pourquoi un homme s’engagerait au sein d’un mouvement féministe ?” se demande le directeur de Sciences Po. Il répondra par un brin d’humour : de son point de vue, c’est avant tout pour flatter son ego. On rigole tous très très fort parce que c’est vraiment une merveilleuse nouvelle que les hommes ne fassent que des choses qui leur profitent personnellement. Mais bon, c’est une petite blague pour détendre l’atmosphère, parce que quand même parler du sexisme c’est pas très joyeux. Mais il y a un fond de vérité quand même dans cet engagement féministe à des fins personnelles. Comme Emma Watson nous l’a rappelé dans son discours de lancement, les hommes ont subi de grandes injustices. D’abord, ils ont été exclus les pauvres, de la lutte par les affreuses féministes. Ensite ils souffrent du sexisme. A Garçes, comme rappelé plus haut, nous ne nions pas que les hommes souffrent parfois du cadre étroit des rôles de genre. Cela étant, on n’irait peut-être pas jusqu’à dire que ça doit être ça, la raison d’être du féminisme. On irait peut-être même jusqu’à rappeler à tous ces hommes blancs, cisgenres et hétéros qui souffrent que la violence conjugale, les viols,les féminicides,  l’exploitation économique, les différentes formes d’homophobie et de /transphobiesont une réalité, et que ce serait sympa de s’en souvenir.

A la tribune, succèdent à M. Mion deux femmes : Hélène Périvier, directrice de PRESAGE, et Cornelia Woll, directrice des études et de la scolarité de Sciences Po. Durant ces interventions nous apprendrons tout ce que Sciences Po a mis en place pour être la plus #HeForShe des écoles et ça ne rigole plus. En effet, la lutte contre le sexisme est un sujet récurrent dans cette école, et l’administration prend le problème à bras le corps. En n’en parlant qu’une seule fois, pendant une demi heure, le deuxième jour de scolarité des 1A. Ah mais c’est super, du coup tout est réglé ! Cette discussion nous ferait presque oublier la réalité que nous vivons, nous les non-hommes, dans cette école. Du coup, les professeurs ne se permettent plus d’affreux commentaires sexistes ad nauseam dont personne n’ose se plaindre de peur des conséquences ? Ah, et nous imaginons que les concours d’éloquence où des hommes d’âge moyen se permettent de faire des remarques salaces sur l’apparence des jeunes participantes, c’est fini aussi ? Est-ce que ça veut dire qu’on a autant de professeures que de professeurs ? La provocation constante des élèves en ligne envers tout.te.s les étudiant.e.s qui osent exprimer une opinion sur des questions de sexisme, au point que ça en devienne du harcèlement, ça n’arrive plus ? Et par rapport aux meufs queers, on n’a plus le problème d’élèves qui font rentrer des membres du Printemps français dans des évènements LGBT+ sans aucune conséquence ? Et puis la place des femmes voilées dans cette école n’est plus constamment remise en question au nom du “débat” et de la “laïcité” ? Si Sciences Po est tellement engagé pour l’égalité et la fin des discriminations de genre, le Front National, qui n’est même pas encore au fait de l’avortement, ça dégage j’imagine ?

Ou peut-être que ce n’est pas ça le sujet de #HeForShe. Et Cornelia Woll nous l’a fait comprendre très clairement. En effet quand une élève de deuxième année a osé demander ce qui était fait concrètement pour assainir l’environnement quasiment insupportable de sexisme dans lequel les élèves sont obligé.e.s d’évoluer, elle a eu droit à une réponse assez originale. La directrice des études et de la scolarité lui a répondu : « Je vais pas pouvoir enlever le sexisme de Sciences Po avec toutes les mesures mises en place. »

Ah.

Elle a prolongé sa pensée en expliquant que c’était la responsabilité des associations étudiantes aussi, qu’à un moment ça va bien hein, l’administration ne peut pas tout faire non plus. A ce stade, je pense que nous, meufs de Sciences Po, on est en droit de poser la question : pourquoi tout ce cirque. On a soudainement  plus de mal à croire que toute cette opération est vraiment au sujet de l’égalité. Vouloir se positionner en tête de proue du féminisme, c’est super. Faire véritablement quelque chose pour combattre le sexisme, c’est quand même mieux. Nous voulons des mesures concrètes, pas des opérations de communication.

On conclura cet article en ajoutant qu’il y aurait beaucoup d’autres choses à discuter à propos de ce 30 septembre : pourquoi un homme pour gérer la table ronde ? Pourquoi choisir des hommes militants et chercheurs face à des femmes apparemment très peu investies dans le féminisme et dans la solidarité entre femmes ? Pourquoi seulement des blanc.he.s (mais bon ça c’est pareil c’est pas demain…) ? Pourquoi un t-shirt par dessus une chemise ? Pourquoi inviter le président de Zero Macho, des hommes contre la prostitution quand l’administration n’a sûrement aucune idée de la situation des étudiant.e.s travailleu.r.se.s du sexe ?

Il est temps à Sciences Po d’avoir une vraie discussion à propos de la discrimination dans cette école, et cette fois-ci il va vraiment falloir écouter les élèves.

Sophie Chardon pour et avec la précieuse aide et collaboration de Garçes

Ligne téléphonique IVG

Enfin un numéro vert pour une meilleure information* !

 

Numéro national anonyme et gratuit : 0 800 08 11 11. 

Géré par le Planning familial, le numéro est ouvert 6 jours sur 7, le lundi de 09h à 22h et du mardi au samedi de 09h à 20h.

ivg affiches

 

*En dehors de ce numéro, nous vous conseillons de vous rendre directement aux plannings familiaux si vous le pouvez, et évitez Internet où l’information est fortement biaisée.

Garçes fait sa rentrée 2015 !

Salut les Garçes-friendly,

Le collectif reprend du service Mardi 22 Septembre, avec une réunion de présentation. Si tu n’a jamais osé venir nous voir, si tu as des questions et des projets plein la tête, c’est l’occasion rêver de vous rencontrer !

Voici le lien vers l’événement Facebook : https://www.facebook.com/events/715031531960247/
Si jamais tu n’es pas disponible ce jour là, sache que tu peux venir à n’importe laquelle de nos réunions énoncées sur notre page Facebook.

Féministement,

Garçes

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