Le cycle des sexualités

 

Nos fantasmes, nos pratiques, notre vision et nos expériences sexuelles sont fortement influencés par notre société. Nos préférences individuelles sont façonnées et formatées par les représentations que nous avons de la sexualité. Au cinéma, dans la littérature, la musique, les médias etc., la sexualité est partout. Partout mais toujours identique.

Parce que ce sont les dominants qui ont le plus de moyens de production culturelle et de diffusion, le point de vue dominant est celui du mâle blanc cis-hétéro et valide. Les corps sont blancs et filiformes, les canons de beauté très stricts, les sexes représentés hyper normés. Les relations suivent des schémas narratifs non renouvelés (préliminaire-pénétration) et les sexualités non hétérosexuelles sont invisibilisées.

Pourtant d’autres discours, d’autres points de vue et d’autres productions existent, bien que marginalisés.

GARCES a tenté à travers ce cycle questionner les sexualités de manière très large et déconstruire nos représentations et nos pratiques normées.

Une série de conférences et de projections a été organisé autour des représentations des sexualités féminines hétéro, lesbiennes, bi, queer, leur normativité, leur invisibilisation dans l’imaginaire collectif, la culture populaire, le rap, la bande dessinée, la pornographie etc.

Des ateliers ont été mis en place en parallèle pour partager nos expériences dans un cadre plus intimiste et pour nous réapproprier nos sexualités, nos pratiques et nos corps.

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Consentement et sexualité ! Compte-rendu de l’atelier !

Garçes, le collectif féministe et LGBTQI, a organisé un atelier mixte pour évoquer un sujet paradoxalement absent de nos discussions et de nos représentations sur la sexualité: le consentement. Le sujet a donné lieu à beaucoup de remarques et de réflexions de la part des participant.e.s. Nous avons choisi de garder une structure lâche et informelle qui colle mieux avec l’esprit de la réunion. 

 

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Qu’est ce que le consentement ?

Le consentement, c’est le fait d’être d’accord pour que son/sa partenaire fasse quelque chose, et lui faire savoir. C’est ce qui fait toute la différence entre une relation sexuelle et un viol. Cette distinction peut nous paraître évidente à première vue. Pourtant, c’est tout le but de cette conférence de montrer que ce n’est pas toujours le cas.

  •  Le consentement n’est jamais acquis et définitif : ce n’est pas parce qu’on dit « oui » une fois qu’on dira « oui » le lendemain, ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une personne qu’on dira « oui » à une autre personne,  ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une pratique sexuelle qu’on dira « oui » aux autres pratiques sexuelles.
  •  Pas de situation coercitive : les deux partenaires doivent être libres d’exprimer ouvertement leur avis : mais qu’en est-il quand l’un-e ou l’autre est timide ? gêné par la situation ? quand l’autre tente de le/la persuader, de négocier la situation ?
  • Etre en mesure d’exercer son consentement : nous ne sommes pas en pleine maîtrise de nos capacités de réflexion lorsqu’il y a de l’alcool et/ou de la drogue.
  • Etre informé de toutes les options : mais lorsque nous sommes face à un modèle de sexualité normatif comme le nôtre, quelle est notre marge de liberté ?  Comment exprimer ses désirs sans être sûr-e de ce qu’on aime 

 

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Pourquoi s’interroger sur le consentement dans une réunion féministe ?

S’il est difficile d’exprimer son consentement, c’est que les relations sexuelles s’inscrivent dans un cadre hétéronormé et héterosexiste. La société nous impose des normes et des représentations sexuelles dont il est parfois difficile de se défaire, y compris dans les relations non hétéros. En hiérarchisant les bonnes et les mauvaises pratiques sexuelles,  notre société définit un répertoire implicite des comportements sexuels normaux (relation hétérosexuelle, non tarifée, non BDSM, deux partenaires, etc.) et répartis les rôles sexuels entre les partenaires. Cela nous conduit à adopter des comportements qui ne sont pas nécessairement en réel accord avec nos désirs et envies.

Comment dépasser ces normes pour exprimer plus clairement et distinctement  notre consentement, ou notre non-consentement ?

 

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Quelques réflexions, non hiérarchisées, abordées pendant la réunion :

Consentement dans le couple : Le consentement dans le cadre d’un couple est rarement interrogé de manière renouvelée : on a l’impression que le simple fait d’être en couple suppose que le consentement est donné une bonne fois pour toutes avec notre partenaire. Au sein du couple, on ne pense pas automatiquement au fait qu’on puisse dire non. On rencontre des difficultés à dire non à notre partenaire, on a intégré l’idée de faire plaisir à notre partenaire avant de s’écouter soi.

Rapport de pouvoir entre partenaires : comment fait-on ? Par exemple, quand on aime être dominé.e, mais qu’on aimerait parfois changer cela ?

Consentement continu : le consentement doit être continu pendant un rapport sexuel. Finalement, demander à chaque étape si c’est ok d’aller plus loin, ça peut être très sexy. Et il n’y a aucun drame à changer d’avis pendant le sexe, à ne plus avoir envie. Besoin de dédramatiser ça.

 

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Parler, le meilleur outil du consentement : Il y a des moments où on es outré.e que la personne ne comprenne pas qu’on ne voulait pas, qu’on en avait marre. Il faut se défaire de l’idéal qu’on se comprenne par des regards ou des gestes seulement, ça arrive souvent qu’on soit focalisé sur son désir et que certains signaux nous échappent. On peut aussi voir ces signaux mais mal les interpréter. La parole participe à une meilleure compréhension : ça enlève le doute sur ce que notre/nos partenaire-s aime-nt, ça permet de dire à l’autre son désir ou sa gêne. Parler, c’est guider et se laisser guider. Possibilité de faire un petit « débrief » après également.

Parler sort de la norme hétéronormée : Pour une fille, dans une relation hétéro, parler au lit est souvent considéré comme « pas sexy », dégueulasse, voir même « castrateur ». Et pour les mecs, y compris au sein de cette réunion, on ne les entend pas beaucoup dire qu’ils peuvent être mal à l’aise sur certains trucs. On a cette fausse impression que si le mec bande, tout va bien, et à l’inverse que s’il ne bande pas, c’est la fin de tout, il ne nous reste plus qu’à se retourner frustré.e.s de notre coté du lit. Injonction à la performance qui les bloque dans le sexe qu’ils doivent faire, quel type de sexe ils peuvent avoir.

Mais comment en parler ? On sait jamais trop comment parler de sexualité : vulgaire, ultraformaliste ? Il faudrait faire des ateliers où parler de sexualité et des exercices pour apprendre à mettre des mots. On peut aussi poser des questions à l’autre pour connaître son ressenti, et répondre soi-même à la question pour faire connaître le nôtre: « Tu te sens à l’aise toi ? Parce que moi pas trop », « Attends, tu trouves pas ça un peu inconfortable/désagréable comme truc? Viens on fait plutôt x ou y».

 

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Difficultés à dire « non » avec ses partenaires : difficile d’accepter le non en face : de dire non, de se faire dire non. Les participant.e.s à l’atelier ont beaucoup discuté de savoir s’il valait mieux étayer son « non » ou le contraire. L’expliquer/justifier permet d’être moins brutal, de dédramatiser le « non », d’en rire. Mais ça peut être dur d’avouer qu’on n’a pas envie. Par ailleurs, quand on commence à donner ses raisons, on peut arriver à une situation de négociation, de persuasion : « t’es sure que t’as pas envie ? », qui nous met encore plus mal à l’aise.

Et si on ne sait pas ce qu’on veut, qu’on connaît mal ses propres désirs ? Parce que le dialogue est effectivement une bonne solution, mais en amont comment fait-on pour connaître nos désirs?  Et comment exprimer le « je ne sais pas » ? D’autant plus si on est avec quelqu’un qu’on connait peu, qu’on a peur de déstabiliser. Il est important pour être à l’aise d’être avec une personne qui accepte d’apprendre à nous connaître, de s’adapter à nos limites.

La “feuille de route à suivre” des rapports sexuels: le fait de mal connaître nos propres désirs vient aussi du fait qu’il existe souvent une « feuille de route » très normée des rapports sexuels, avec une forte injonction à la suivre. Injonction à la performance, à jouir/faire jouir, à la pénétration, au fait d’être sexuellement actif. Exemple du “schéma” typique hétéro: préliminaires pendant dix minutes, juste pour se mettre en jambes, avec la pénétration comme but ultime. Il faut réussir à dépasser ça et se dire qu’on a la possibilité de tenter autre chose.

 

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Dédramatiser les rapports. Le mot est revenu souvent : que ce soit au lit, en dehors des rapports, ou avec des amis, plus on en parle et plus on dédramatise.

Coup d’un soir : Parfois si on est celui/celle qui a dragué l’autre on a beaucoup plus de mal à dire non après si il y a quelque chose qui ne nous plait pas ; plus facile de dire non si je n’ai pas fait le premier pas. Quand on est parti pour un coup d’un soir, injonction d’aller jusqu’au bout. Alors que la soirée en elle-même peut servir de « voie de sortie » sans confrontation.

Consentement et capotes : pression sociale sur le fait de ne pas mettre de capote. Particulièrement avec la fellation, prise de risque. Parfois, c’est dur d’arriver à imposer la capote à son/sa partenaire. A noter que pour certain.e.s « l’instant capote » peut être un bon moment pour s’interroger sur ce qu’on veut faire et en dialoguer avec son/sa partenaire, par exemple : « Tu as une capote? – J’ai pas envie d’aller plus loin pour l’instant, je préfère qu’on fasse x ou y». À noter qu’il existe de nombreuses pratiques sexuelles « safe » comme les caresses, la masturbation mutuelle, le BDSM sans pénétration, etc.

 

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Comment réagir en tant que tiers dans une situation alcoolisée ? le consentement ne concerne pas que les personnes prêtent à s’engager dans un rapport sexuel : il y aussi le rôle des tiers, position très difficile. Par exemple si on est dans le cadre d’une soirée, qu’un.e ami.e a trop bu, comment réagir ? Peut-on estimer à sa place qu’il ou elle est trop saoul.e pour être consentant.e ou non ?

 Violences sexuelles et clichés sociétaux : Lors du dépôt de plainte ou procès pour viol, tout se joue autour de la question du consentement. Or il existe beaucoup de clichés sociétaux autour de la question du viol et du consentement : voir le compte-rendu de la réunion de Garçes sur les violences sexuelles.

 

Des ressources pour continuer:

 On manque de ressources sur ce sujet, particulièrement en France. Quelques sources cependant :

° En français :

_ Le consentement en 100 questions :

http://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=659

° En anglais :

Le site « Scarleteen », super site d’éducation sexuelle qui gagne à être connu, comporte plusieurs articles pour :

  • travailler le consentement avec son/sa/ses partenaires :

http://www.scarleteen.com/article/boyfriend/drivers_ed_for_the_sexual_superhighway_navigating_consent

  • apprendre à mieux connaître ses propres désirs :

http://www.scarleteen.com/article/sexuality/ready_or_not_the_scarleteen_sex_readiness_checklist

  • connaître les différents scénarios sexuels qui entravent le consentement, et quelques pistes pour améliorer ces situations :

http://www.scarleteen.com/article/etc/when_sex_just_happened_and_how_to_make_it_happen_instead

 

LGBTeens, une vidéo appelée « Consent is sexy » : http://www.youtube.com/watch?v=SnMbCRzciIM&feature=youtu.be

Le site « The Consensual Project », regorgeant de vidéos, d’articles et de propositions d’ateliers :  http://www.theconsensualproject.com/

Une vidéo de Laci Green, sur le consentement et l’alcool : http://youtu.be/2rDnoBTIGbM

Sur la réaction des tiers face à une situation alcool/consentement : l’émission « What would you do ? » aux Etats-Unis, met en scène deux jeunes actrices faussement saoules lors du « Spring break » pour évaluer la réaction des autres clients du bar :

 https://www.youtube.com/watch?v=oLCyUpIbnQk

 

Et enfin, à nous d’inventer les ressources et de les écrire ! 

Compte-rendu général du séminaire

Pour  bien commencer l’année, G.A.R.ç.E.S a invité ses adhérentEs et toutes  les personnes qui le souhaitaient à se réunir le temps d’un week-end  pour faire connaissance mais aussi pour évoquer différentes problématiques liées au  féminisme. C’était  aussi l’occasion de se réunir pour s’auto-former, réfléchir sur les oppressions genrées quotidiennes que nous subissons, et pour effectuer un pas supplémentaire vers l’(auto-)émancipation.

Dans l’ensemble, le séminaire fut un beau moment de partage féministe, regroupant de nombreuses et nombreux membres de Garçes, mais également des étudiantEs de Sciences Po et d’autres universités parisiennes, comme des jeunes et moins jeunes, des personnes travaillant, des féministes « historiques », des militantEs « Queer », des personnes simplement curieuses de voir ce que ce séminaire avait à leur offrir…

Ainsi, les  papiers recueillis sur le ressenti de ce week-end par les  participantEs ont été plus que positifs. Ils ont souligné la capacité  de Garçes à construire un espace de bien être et d’empowerment dans  lequel chacunE a pu s’exprimer, exister et s’affirmer dans l’espace  collectif tout en s’enrichissant personnellement et féministement.

Entre les sympathiques petits déjeuners et repas pris en commun, auxquels s’ajoute notre soirée du samedi soir dans le bar « La Veilleuse de Belleville », le programme était dense :

Samedi matin  : Après une première plénière sur « Etre et se dire féministe » la  soixantaine de participantEs s’est répartie en trois ateliers :  «  Etre et se dire féministe dans ses relations sentimentales et sexuelles  » , « Etre et se dire féministe dans le milieu étudiant » et un atelier sur la  prise de parole en public, adressé tout particulièrement aux personnes autocensuréEs n’osant pas parler au sein de l’espace collectif.

Samedi après-midi: Après une seconde plénière sur « l’intersectionnalité » (soit le concept  de sciences sociales permettant d’analyser l’imbrication – et non  l’accumulation- des discriminations entre elles, dans le vécu des  individuEs, dans les structures sociales mais aussi dans les discours politiques),  trois ateliers ont été proposés dans cette lignée : « Féminisme et  anticapitalisme », « Féminisme et religion » et « Féminisme et  antiracisme».

Dimanche matin  : Après l’affirmation de soi comme féministe et le questionnement sur  l’intersectionnalité samedi, c’est la sexualité et les sexualités qui ont été à l’honneur dimanche matin avec deux ateliers mixtes : « Stéréotypes et plaisirs sexuels » et « Queer et hétérosexisme », ainsi qu’un atelier non-mixte sur la masturbation féminine.

Dimanche après-midi : Après un retour sur les ateliers du matin et de la veille, nous avons  exprimé notre ressenti sur le weekend, réfléchi sur les choses qui étaient réussies et celles qui pourraient être améliorées (l’idée de créer une Charte a ainsi émergé à ce moment-là) avant d’échangé autour des projets  futurs de l’association.

Vous retrouverez tout au long des jours suivants des comptes-rendus ou des articles liés aux plénières et aux ateliers s’étant déroulés lors de ce séminaire, et n’hésitez pas à nous poser des questions ou à ajouter des remarques dans les commentaires!