Le cycle des sexualités

 

Nos fantasmes, nos pratiques, notre vision et nos expériences sexuelles sont fortement influencés par notre société. Nos préférences individuelles sont façonnées et formatées par les représentations que nous avons de la sexualité. Au cinéma, dans la littérature, la musique, les médias etc., la sexualité est partout. Partout mais toujours identique.

Parce que ce sont les dominants qui ont le plus de moyens de production culturelle et de diffusion, le point de vue dominant est celui du mâle blanc cis-hétéro et valide. Les corps sont blancs et filiformes, les canons de beauté très stricts, les sexes représentés hyper normés. Les relations suivent des schémas narratifs non renouvelés (préliminaire-pénétration) et les sexualités non hétérosexuelles sont invisibilisées.

Pourtant d’autres discours, d’autres points de vue et d’autres productions existent, bien que marginalisés.

GARCES a tenté à travers ce cycle questionner les sexualités de manière très large et déconstruire nos représentations et nos pratiques normées.

Une série de conférences et de projections a été organisé autour des représentations des sexualités féminines hétéro, lesbiennes, bi, queer, leur normativité, leur invisibilisation dans l’imaginaire collectif, la culture populaire, le rap, la bande dessinée, la pornographie etc.

Des ateliers ont été mis en place en parallèle pour partager nos expériences dans un cadre plus intimiste et pour nous réapproprier nos sexualités, nos pratiques et nos corps.

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Compte-rendu de la réunion non-mixte sur les troubles du comportement alimentaire

Le 17 novembre a eu lieu une réunion non-mixte destinée aux individus se considérant ou assignés « femmes » à propos des troubles du comportement alimentaire (TCA). Elle a réuni 11 personnes dont une qui a transgressé le cadre de la non-mixité car ne se définissant pas par son genre. Une large majorité des personnes présentes a été atteinte/est atteinte de TCA, ou a déjà connu un rapport problématique à la nourriture.

 Le but de cette réunion partait du constat frappant que les hommes et les femmes étaient touchés de façon inégalitaire par ces troubles. L’approche des ces TCA ne se voulait ni psychologique, ni scientifique. Le but était, à partir du vécu, de politiser la question, face à ce biais du genre qui semblait frappant.

 Il n’y a pas eu de recours au chronométrage, ni au tour de parole. A été préférée la procédure du tour de table, qui a permis à chacun de s’exprimer.

I – Discussions

Une présentation des blogs pro-ana qui abordait également la loi visant à punir la promotion de la maigreur a permis d’introduire le débat. Cette introduction a soulevé les questions suivantes : ces blogs reflètent la communauté des personnes atteintes de TCA ? Font-ils la promotion des troubles du comportement alimentaire comme mode de vie ? Ou sont-ils une simple plateforme de soutien ? Les pro-ana sont-elles de simples victimes ou coupables de mauvaise influence ? L’existence de ces blogs ne soulève-t-elle pas la question des structures d’accompagnement existantes ?

Sans reprendre les débats, qui pourront faire l’objet d’articles sur le blog, les principaux sujets abordés étaient les suivants :

1) Les causes d’un symptôme : Part psychologique/responsabilité de la société ?

– Le rôle des magazines, des sites féminins et de leurs appels aux régimes, de la publicité et de la mode (hypersexualisation du corps féminin : on voit majoritairement des corps de femmes dans notre environnement visuel et non des corps d’homme, le corps féminin qui est représenté est toujours le même et presque irréel : c’est celui de « la femme-brindille » ; incitation des femmes à la discrétion,  idéal de l’effacement)

– Le poids des traumatismes (notamment des violences sexistes) dans la survenance de ces symptômes ainsi que du manque de confiance en soi / moyen de somatisation

= La part psychologique est importante concernant les troubles alimentaires mais la société offre un terreau clair et net (microcosmes, émulation entre les filles  qui n’arrêtent pas de se comparer). Par ailleurs, il y a une pression véhiculée par les hommes (notamment les compagnons) mais aussi  par les femmes elles-mêmes (phénomènes de compétition et de jalousie). L’importance de la pression familiale et sociale (les médecins, les profs de danse etc.) dans la déclaration de ces maladies (nombreuses réflexions dans l’enfance sur le poids) est très réelle également.

 2) Sociologie et géographie des TCA (hypothèses)

– Un phénomène genré ?  Aujourd’hui, seulement 5 à 10% de personnes concernées par des TCA sont des hommes.

Un phénomène en expansion ? Accroissement actuel des TCA de façon générale, et en particulier chez les enfants, les hommes et chez des femmes plus âgées. Pression grandissante sur le physique dans notre société ?

Un phénomène de classe ? Les TCA touchent majoritairement les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées (Une éthique de classe ? Injonction à la maitrise totale de soi, la réussite est corollaire du contrôle de son corps). Les classes populaires semblent moins touchées même si elles le sont de plus en plus (le corps comme outil en dernier recours de présentation de soi).

– Une pression sociale incarnée dans des lieux géographiques ?  Développement de ces troubles chez certaines personnes à Sciences Po, ou dans d’autres cadres angoissants ou anxiogènes où règne une injonction à la maîtrise et à la performance.  Les TCA  : plus importants à Paris ou dans des grandes villes ?

Un phénomène occidental ? Dans quelle mesure retrouve-t-on ces maladies ailleurs que dans les milieux occidentaux ?

3) Prévention et traitement

– Sujet tabou (même entre filles), source de honte (comment l’aborder, notamment avec des garçons ?)

–  Critique du discours médical : ex des régimes donnés à des jeunes filles. On fait de variations anodines des maladies (conséquences néfastes du contrôle médical et de la surmédicalisation : courbes de poids et de taille normatives) et de certains faits des traumatismes (par exemple, des filles minces sont déclarées anorexiques, des filles légèrement en surpoids au niveau de l’IMC sont dites « obèses », etc).

– Critique de l’incompétence de certains médecins et des centres de traitements des TCA (recours à la culpabilisation et aux antidépresseurs) = dressage, redressement, alors que pour guérir il faudrait des méthodes contraires à celles appliquées dans ces centres.

– Injonctions contradictoires : d’une part il y une surmédicalisation des corps, une injonction constante à vivre sainement, qui se traduit souvent par l’injonction à la minceur. D’autre part, publicité à outrance pour des produits gras et sucrés…

II – ACTIONS !

Plusieurs idées d’actions ont émergé de ces débats, à délibérer en AG :

–          Comme pour la campagne de reconnaissance des associations, faire des affiches avec les « perles », cette fois relatives aux remarques quotidiennes faites sur le corps, qui nous semblent constituer un véritable carcan, terreau fertile pour le développement des TCA.

–          Les TCA étant un tabou, une source de honte, écrire un Manifeste sur le modèle des 343 salopes dans le but de banaliser la question, s’opposer aux pressions exercées sur le corps des femmes, appeler à un autre traitement du sujet davantage politique. Se coordonner avec d’autres associations féministes afin de donner plus d’ampleur à la question, qui se situe directement dans la lignée du droit de disposer librement de son corps.

–          Faire une campagne d’affiches représentant des corps non normés pour protester contre les diktats esthétiques, notamment celui de la minceur

–          Organiser une AG « Corps & Genre » (comment intervient la question de l’homosexualité ou de notre identité de genre dans notre rapport au corps ?)

–          Travail à effectuer avec l’infirmière, qui a d’ailleurs contacté G .A.R.Ç.E.S récemment pour que l’on bosse ensemble

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous contacter (par mail ou par Facebook) si le sujet vous intéresse !

Compte-rendu : réunion du 29 mars sur la socialisation genrée

Réunion mixte du 29 mars 2012, à 19h15 : 19 personnes présentes (femmes, hommes, autres) et environ un tiers des personnes présentes venaient à une réunion pour la première fois.

Thématique générale : la socialisation genrée pendant l’enfance

 Cerveau rose, cerveau bleu, de Lise Eliot (présentation par Sarah)

 Lise Eliot est neurobiologiste. À contre-courant d’un certain nombre d’études, l’auteure rappelle qu’il n’existe aucune différence majeure entre les cerveaux des garçons et ceux des filles. Les divergences –de l’ordre de la taille et du temps de maturation du cerveau – sont trop minimes pour être réellement significatives. La sexualisation – ainsi que les stéréotypes – apparaissent précocement, vers 2-3 ans (et non à la naissance) et seraient la conséquence de l’influence du modèle familial, de l’environnement culturel et des représentations auxquelles l’enfant s’identifie. Ces éléments acquis participent à la construction mentale et sociale de l’enfant et viennent renforcer progressivement les différences entre les garçons et les filles, par le biais de la plasticité du cerveau. Or le cerveau étant « plastique », il est possible de lutter contre ces « acquis » pour retrouver une vraie égalité et l’auteure préconise dès lors une éducation différenciée qui permettrait de rétablir l’équilibre, en soutenant de manière différente les filles et les garçons dans leur construction et développement.

 Le rapport Jouanno sur l’hypersexualisation des enfants (présentation par Laure)

 Le 5 mars 2012, Chantal Jouanno sénatrice membre de l’UMP remet à Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, un rapport qui s’inquiète de l’érotisation du corps des jeunes filles. Cette hypersexualisation s’exprime par le biais de plusieurs outils (vêtements moulants, accessoires, épilation, attitude, etc.) qui octroient une dimension sexuelle au corps de l’enfant. Ce culte de l’apparence et de son impact demeure très présent dans la presse à destination des femmes adultes. Or, le rapport interroge cette évolution et suppose qu’elle constitue une menace à la protection de l’enfant. Les conséquences de l’hypersexualisation seraient multiples tant auprès des jeunes filles (favorisation des troubles du comportement alimentaire, adhésion précoce aux stéréotypes sexistes) que des jeunes garçons (banalisation des clichés machistes). Le rapport met en cause des acteurs connus et dénoncés – à tort ou à raison – comme la presse, le monde de la mode, l’industrie du porno. Le rapport préconise plusieurs mesures comme l’interdiction des concours de beauté pour les jeunes filles de moins de 16 ans, l’adoption d’une « Charte de l’enfant » par les magazines, l’éducation à l’égalité des sexes à l’école ou encore le retour à l’uniforme.

 Les crèches suédoises (présentation par Stina)

 La Suède mène depuis de nombreuses années des politiques publiques volontaristes sur les questions de genre et d’orientation sexuelle (femmes, LGBT). Des mesures ambitieuses ont été adoptées dès 1994 dans les crèches du pays, afin de sensibiliser les enfants – et par extension leurs parents – aux inégalités hommes/femmes et aux discriminations de genre. L’utilisation d’un pronom neutre, la prise en compte systématique des différences de traitement entre les filles et les garçons ou encore la diversification des représentations (contes, jouets, etc.) sont certaines des mesures qui concourent à réduire l’impact de la socialisation genrée. Ces politiques ont été globalement suivies en Suède et ont participé à un changement des mentalités au sein de la jeune génération. Cela étant, de nombreux obstacles à l’égalité persistent (partage inégal des tâches ménagères, persistance des clichés de genre, surreprésentation féminine dans certains métiers, etc.).

Résumé du tour de table pendant lequel chaque personne a pu s’exprimer

 La prise en compte du genre dans l’éducation semble efficace à condition d’être généralisée

 Avant toute chose, il semble nécessaire d’évaluer les conséquences de ces mesures dans le champ des inégalités hommes/femmes, tout en interrogeant sa portée sur la construction identitaire de l’enfant. Manifestement, l’éducation prodiguée dans ces crèches – qui, rappelons-le, ne nient pas le sexe biologique – a eu un impact positif sur la socialisation genrée des enfants, notamment en déconstruisant les rôles sexués et en offrant des espaces d’expression plus larges et diversifiés aux jeunes filles. L’abandon de la socialisation genrée à l’école permettrait d’offrir un rôle valorisant aux filles – qui sont les premières touchées – tout en évitant de pérenniser un ordre hétérosexuel dominant. Par ailleurs les garçons, qui sont contraints d’assimiler des comportements sexistes et masculins en seraient également bénéficiaires. Pour les participant.e.s, ces initiatives – qui existent marginalement en France, notamment en Seine-Saint-Denis- sont salutaires mais ne seraient efficaces, qu’à condition qu’elles soient inscrites  dans la continuité. Une politique éducative dé-genrée, n’aurait ni pérennité, ni efficacité, si elle ne se déroulait pas dans la durée, tout au long de la vie scolaire de l’enfant, notamment à la puberté qui constitue un moment de polarisation (et d’opposition) extrême des sexes.

 Hypersexualisation : une réalité qui mérite des mesures plus adaptées que celle préconisées par le rapport Jouanno

 L’hypersexualisation est un phénomène reconnu récemment et il semble important pour les participant.e.s que le politique prenne acte de son émergence. Les conclusions du rapport rappelant l’importance de l’éducation sexuelle ont été unanimement saluées. Cependant, cette mesure semble difficile à appliquer, considérant que l’introduction de quelques paragraphes sur les questions dans les manuels scolaires ont crées à eux seuls une très vive polémique. Par ailleurs, l’interdiction des concours de beauté type « Mini-miss » – qui sont très marginaux en France – n’a pas été considérée comme efficace, tout comme le retour à l’uniforme, voire à la non-mixité dans les écoles. Dans tous les cas, le rapport ne va pas assez loin dans son analyse et risque de produire peu de résultats. Plusieurs personnes ont ainsi déploré la concentration du rapport sur les petites filles, sans parler des pressions/des normes de genre pesant sur les adultes (autant sur les femmes que les hommes, à travers les publicités par exemple). Ce n’est pas la loi qui permettrait de faire avancer la question des rapports de domination et de sexualisation hommes/femmes mais plutôt un contexte général (dont les conditions pourraient être réunies par l’intermédiaire de l’éducation dé-genrée par exemple).

 Le tour de table s’est conclu autour de la présentation par Laure du catalogue de la maison d’édition « Talents hauts » qui propose des livres féministes pour enfants. Leur site internet : http://www.talentshauts.fr/

2. Luttes de Garçes : manifestation de soutien à l’hôpital Tenon

 Ont été évoqués les modalités pratiques, ainsi qu’un rappel de l’histoire particulière de l’hôpital Tenon (qui possède un centre d’IVG en sursis depuis longtemps). L’association catholique  « S.O.S Tout-petits », opposé à l’avortement, manifeste régulièrement devant les hôpitaux afin d’obtenir la fermeture des centres d’IVG. Le collectif féministe G.A.R.Ç.E.S s’est engagé de longue date dans des contre-manifestations, afin de rappeler notre attachement au droit irréfragable pour les femmes que constitue la possibilité d’avorter.

3. Projets à venir 

 La réflexion sur la lutte contre les troubles du comportement alimentaire sera reprise et enrichie après un rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po, Christelle Welter, le 4 avril 2012. Et lancement prochain d’une campagne !

 Plusieurs questions restent en suspens :

–          Un séminaire de fin d’année devrait être organisé et est en cours d’élaboration. Si vous avez des idées ou souhaits particuliers, notamment d’ateliers, dites-le nous !

–          La question du char de la Marche des Fiertés n’a pas été réglée. Il a été évoqué la possibilité de le partager avec une autre association.

Merci à Aurélien pour son compte-rendu !