CR du rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po sur les TCA

Le but de ce rendez-vous était d’avoir le point de vue de l’infirmière sur ce tabou, savoir si beaucoup d’étudiantes venaient la voir à ce sujet mais aussi de pouvoir mesurer les marges de manœuvre qui se présente à elle pour des actions de prévention/information sur les TCA.

A ce rendez-vous étaient présentes :  Sarah L, Laure M et  Sophie N pour Garçes ainsi que Chrystelle Welter (infirmière) et  Claire Secondé (responsable handicap et aide d’urgence) pour l’administration.

Nos revendications :

–          Une intervention sur le bien-être étudiant incluant les TCA durant la semaine d’intégration qui soit obligatoire pour touTEs les étudiantEs qui entrent à Sciences Po avec remise d’un support papier avec des informations pratiques sur le stress, la dépression, la dépendance et les TCA.

–        La mise en place de groupes de paroles étudiants sur les TCA (et potentiellement d’autres sujets par la suite) avec un animateur de dialogue (par ex : l’infirmière) qui intervienne au moins la première semaine pour mettre en place le groupe.

–       Une information plus accessible et plus complète sur le site internet de Sciences Po, ainsi que dans les locaux de Sciences Po (meilleure signalétique, panneaux d’affichage, etc.)

–    Une équipe médicale élargie (des médecins spécialistes « référents », notamment un(e) nutritionniste, un(e) gynécologue, etc)

–   La constitution d’une étude ou d’un rapport sur le bien-être étudiant dans son ensemble avec questionnaire, entretiens, statistiques qui inclurait des données sur les TCA (comme le rapport sur le bien-être des salariés à Sc Po).

–       La mise en place d’une cantine CROUS à l’intérieur de Sciences Po et de plages horaires repas.

–   La mise en place d’un parcours TCA santé/domination de genre en lien avec l’infirmière qui s’accompagnerait d’une campagne d’affichage conjointe

Résumé de l’échange avec l’infirmière :

Peu de personnes viennent voir l’infirmière pour des problèmes de troubles du comportement alimentaire mais elle estime que c’est loin de correspondre aux nombres d’étudiant-e-s réellement atteint-e-s de TCA. C’est effectivement un véritable tabou, et les étudiant-e-s venant la voir ont déjà pris conscience du fait qu’ils/elles sont concernées par des TCA et veulent y remédier.

Quand un-e étudiant-e vient la voir, l’infirmière met en place un parcours avec lui/elle, les invite à consulter un psychologue si ça n’est pas déjà le cas, puis à venir contrôler leur poids avec elle une fois par mois.

Elle nous apprend que la médecine préventive disposait avant d’un nutritionniste mais que celui-ci est parti et n’a pas été remplacé depuis plus d’un an. Désormais, les étudiant-e-s qui souffrent de TCA sont essentiellement aiguillé-e-s vers l’hôpital Sainte Anne qui peut traiter ces problèmes. On se fait la réflexion entre Garçes que c’est assez violent d’être dirigé vers un hôpital psy lorsqu’on souffre de TCA. Il existe aussi des organismes et cliniques privés qui traitent les TCA mais celles-ci sont payantes.

Au cours de notre discussion, nous mettons bien en avant le fait que nous voulons avant tout faire de la prévention et de l’information, d’où la pertinence de travailler sur la visibilité de panneaux « info-santé » dans chaque bâtiment de Sciences Po. A noter dans notre réflexion sur le genre, beaucoup de moins de garçons fréquentent l’infirmerie, notamment parce qu’ils s’autorisent encore moins à craquer que l’étudiant-e moyen-ne de Sciences Po (qui ne le fait déjà pas beaucoup). La situation des étudiant-e-s internationaux semblent encore plus compliquée car leur perte de repère à leur arrivée est très importante.

Pour faire de la prévention, l’infirmière et la responsable Handicap et aide d’urgence pointent l’importance des professeur-e-s et des ami-e-s pour la prise en charge et le repérage d’étudiant-e-s en souffrance : ce sont elles/eux qui sont généralement à l’origine de signalements auprès de l’infirmière et/ou de l’aide sociale. A noter : dans le cas d’un signalement, la personne est contactée sans mention de la façon dont l’infirmière et/ou la responsable handicap ont eu des vents des difficultés traversées. Par ailleurs, en grande majorité, une fois qu’un rendez-vous est proposé à l’étudiant-e concerné-e, il/elle s’y rend.

Conclusion et perspectives :

Ce rendez-vous a renforcé notre envie de faire des TCA le sujet d’une grande campagne de rentrée par Garçes avec des actions d’information et de prévention en coopération avec l’infirmière et les responsables de Sciences Po concerné-e-s, la diffusion d’un manifeste « Notre corps nous appartient » ainsi que des actions de plus longue durée pour la mise en place d’une cantine, d’une étude sur le bien-être étudiant comprenant les TCA, etc.

 

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Compte-rendu de la réunion non-mixte sur les troubles du comportement alimentaire

Le 17 novembre a eu lieu une réunion non-mixte destinée aux individus se considérant ou assignés « femmes » à propos des troubles du comportement alimentaire (TCA). Elle a réuni 11 personnes dont une qui a transgressé le cadre de la non-mixité car ne se définissant pas par son genre. Une large majorité des personnes présentes a été atteinte/est atteinte de TCA, ou a déjà connu un rapport problématique à la nourriture.

 Le but de cette réunion partait du constat frappant que les hommes et les femmes étaient touchés de façon inégalitaire par ces troubles. L’approche des ces TCA ne se voulait ni psychologique, ni scientifique. Le but était, à partir du vécu, de politiser la question, face à ce biais du genre qui semblait frappant.

 Il n’y a pas eu de recours au chronométrage, ni au tour de parole. A été préférée la procédure du tour de table, qui a permis à chacun de s’exprimer.

I – Discussions

Une présentation des blogs pro-ana qui abordait également la loi visant à punir la promotion de la maigreur a permis d’introduire le débat. Cette introduction a soulevé les questions suivantes : ces blogs reflètent la communauté des personnes atteintes de TCA ? Font-ils la promotion des troubles du comportement alimentaire comme mode de vie ? Ou sont-ils une simple plateforme de soutien ? Les pro-ana sont-elles de simples victimes ou coupables de mauvaise influence ? L’existence de ces blogs ne soulève-t-elle pas la question des structures d’accompagnement existantes ?

Sans reprendre les débats, qui pourront faire l’objet d’articles sur le blog, les principaux sujets abordés étaient les suivants :

1) Les causes d’un symptôme : Part psychologique/responsabilité de la société ?

– Le rôle des magazines, des sites féminins et de leurs appels aux régimes, de la publicité et de la mode (hypersexualisation du corps féminin : on voit majoritairement des corps de femmes dans notre environnement visuel et non des corps d’homme, le corps féminin qui est représenté est toujours le même et presque irréel : c’est celui de « la femme-brindille » ; incitation des femmes à la discrétion,  idéal de l’effacement)

– Le poids des traumatismes (notamment des violences sexistes) dans la survenance de ces symptômes ainsi que du manque de confiance en soi / moyen de somatisation

= La part psychologique est importante concernant les troubles alimentaires mais la société offre un terreau clair et net (microcosmes, émulation entre les filles  qui n’arrêtent pas de se comparer). Par ailleurs, il y a une pression véhiculée par les hommes (notamment les compagnons) mais aussi  par les femmes elles-mêmes (phénomènes de compétition et de jalousie). L’importance de la pression familiale et sociale (les médecins, les profs de danse etc.) dans la déclaration de ces maladies (nombreuses réflexions dans l’enfance sur le poids) est très réelle également.

 2) Sociologie et géographie des TCA (hypothèses)

– Un phénomène genré ?  Aujourd’hui, seulement 5 à 10% de personnes concernées par des TCA sont des hommes.

Un phénomène en expansion ? Accroissement actuel des TCA de façon générale, et en particulier chez les enfants, les hommes et chez des femmes plus âgées. Pression grandissante sur le physique dans notre société ?

Un phénomène de classe ? Les TCA touchent majoritairement les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées (Une éthique de classe ? Injonction à la maitrise totale de soi, la réussite est corollaire du contrôle de son corps). Les classes populaires semblent moins touchées même si elles le sont de plus en plus (le corps comme outil en dernier recours de présentation de soi).

– Une pression sociale incarnée dans des lieux géographiques ?  Développement de ces troubles chez certaines personnes à Sciences Po, ou dans d’autres cadres angoissants ou anxiogènes où règne une injonction à la maîtrise et à la performance.  Les TCA  : plus importants à Paris ou dans des grandes villes ?

Un phénomène occidental ? Dans quelle mesure retrouve-t-on ces maladies ailleurs que dans les milieux occidentaux ?

3) Prévention et traitement

– Sujet tabou (même entre filles), source de honte (comment l’aborder, notamment avec des garçons ?)

–  Critique du discours médical : ex des régimes donnés à des jeunes filles. On fait de variations anodines des maladies (conséquences néfastes du contrôle médical et de la surmédicalisation : courbes de poids et de taille normatives) et de certains faits des traumatismes (par exemple, des filles minces sont déclarées anorexiques, des filles légèrement en surpoids au niveau de l’IMC sont dites « obèses », etc).

– Critique de l’incompétence de certains médecins et des centres de traitements des TCA (recours à la culpabilisation et aux antidépresseurs) = dressage, redressement, alors que pour guérir il faudrait des méthodes contraires à celles appliquées dans ces centres.

– Injonctions contradictoires : d’une part il y une surmédicalisation des corps, une injonction constante à vivre sainement, qui se traduit souvent par l’injonction à la minceur. D’autre part, publicité à outrance pour des produits gras et sucrés…

II – ACTIONS !

Plusieurs idées d’actions ont émergé de ces débats, à délibérer en AG :

–          Comme pour la campagne de reconnaissance des associations, faire des affiches avec les « perles », cette fois relatives aux remarques quotidiennes faites sur le corps, qui nous semblent constituer un véritable carcan, terreau fertile pour le développement des TCA.

–          Les TCA étant un tabou, une source de honte, écrire un Manifeste sur le modèle des 343 salopes dans le but de banaliser la question, s’opposer aux pressions exercées sur le corps des femmes, appeler à un autre traitement du sujet davantage politique. Se coordonner avec d’autres associations féministes afin de donner plus d’ampleur à la question, qui se situe directement dans la lignée du droit de disposer librement de son corps.

–          Faire une campagne d’affiches représentant des corps non normés pour protester contre les diktats esthétiques, notamment celui de la minceur

–          Organiser une AG « Corps & Genre » (comment intervient la question de l’homosexualité ou de notre identité de genre dans notre rapport au corps ?)

–          Travail à effectuer avec l’infirmière, qui a d’ailleurs contacté G .A.R.Ç.E.S récemment pour que l’on bosse ensemble

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous contacter (par mail ou par Facebook) si le sujet vous intéresse !