Compte-rendu : réunion du 29 mars sur la socialisation genrée

Réunion mixte du 29 mars 2012, à 19h15 : 19 personnes présentes (femmes, hommes, autres) et environ un tiers des personnes présentes venaient à une réunion pour la première fois.

Thématique générale : la socialisation genrée pendant l’enfance

 Cerveau rose, cerveau bleu, de Lise Eliot (présentation par Sarah)

 Lise Eliot est neurobiologiste. À contre-courant d’un certain nombre d’études, l’auteure rappelle qu’il n’existe aucune différence majeure entre les cerveaux des garçons et ceux des filles. Les divergences –de l’ordre de la taille et du temps de maturation du cerveau – sont trop minimes pour être réellement significatives. La sexualisation – ainsi que les stéréotypes – apparaissent précocement, vers 2-3 ans (et non à la naissance) et seraient la conséquence de l’influence du modèle familial, de l’environnement culturel et des représentations auxquelles l’enfant s’identifie. Ces éléments acquis participent à la construction mentale et sociale de l’enfant et viennent renforcer progressivement les différences entre les garçons et les filles, par le biais de la plasticité du cerveau. Or le cerveau étant « plastique », il est possible de lutter contre ces « acquis » pour retrouver une vraie égalité et l’auteure préconise dès lors une éducation différenciée qui permettrait de rétablir l’équilibre, en soutenant de manière différente les filles et les garçons dans leur construction et développement.

 Le rapport Jouanno sur l’hypersexualisation des enfants (présentation par Laure)

 Le 5 mars 2012, Chantal Jouanno sénatrice membre de l’UMP remet à Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, un rapport qui s’inquiète de l’érotisation du corps des jeunes filles. Cette hypersexualisation s’exprime par le biais de plusieurs outils (vêtements moulants, accessoires, épilation, attitude, etc.) qui octroient une dimension sexuelle au corps de l’enfant. Ce culte de l’apparence et de son impact demeure très présent dans la presse à destination des femmes adultes. Or, le rapport interroge cette évolution et suppose qu’elle constitue une menace à la protection de l’enfant. Les conséquences de l’hypersexualisation seraient multiples tant auprès des jeunes filles (favorisation des troubles du comportement alimentaire, adhésion précoce aux stéréotypes sexistes) que des jeunes garçons (banalisation des clichés machistes). Le rapport met en cause des acteurs connus et dénoncés – à tort ou à raison – comme la presse, le monde de la mode, l’industrie du porno. Le rapport préconise plusieurs mesures comme l’interdiction des concours de beauté pour les jeunes filles de moins de 16 ans, l’adoption d’une « Charte de l’enfant » par les magazines, l’éducation à l’égalité des sexes à l’école ou encore le retour à l’uniforme.

 Les crèches suédoises (présentation par Stina)

 La Suède mène depuis de nombreuses années des politiques publiques volontaristes sur les questions de genre et d’orientation sexuelle (femmes, LGBT). Des mesures ambitieuses ont été adoptées dès 1994 dans les crèches du pays, afin de sensibiliser les enfants – et par extension leurs parents – aux inégalités hommes/femmes et aux discriminations de genre. L’utilisation d’un pronom neutre, la prise en compte systématique des différences de traitement entre les filles et les garçons ou encore la diversification des représentations (contes, jouets, etc.) sont certaines des mesures qui concourent à réduire l’impact de la socialisation genrée. Ces politiques ont été globalement suivies en Suède et ont participé à un changement des mentalités au sein de la jeune génération. Cela étant, de nombreux obstacles à l’égalité persistent (partage inégal des tâches ménagères, persistance des clichés de genre, surreprésentation féminine dans certains métiers, etc.).

Résumé du tour de table pendant lequel chaque personne a pu s’exprimer

 La prise en compte du genre dans l’éducation semble efficace à condition d’être généralisée

 Avant toute chose, il semble nécessaire d’évaluer les conséquences de ces mesures dans le champ des inégalités hommes/femmes, tout en interrogeant sa portée sur la construction identitaire de l’enfant. Manifestement, l’éducation prodiguée dans ces crèches – qui, rappelons-le, ne nient pas le sexe biologique – a eu un impact positif sur la socialisation genrée des enfants, notamment en déconstruisant les rôles sexués et en offrant des espaces d’expression plus larges et diversifiés aux jeunes filles. L’abandon de la socialisation genrée à l’école permettrait d’offrir un rôle valorisant aux filles – qui sont les premières touchées – tout en évitant de pérenniser un ordre hétérosexuel dominant. Par ailleurs les garçons, qui sont contraints d’assimiler des comportements sexistes et masculins en seraient également bénéficiaires. Pour les participant.e.s, ces initiatives – qui existent marginalement en France, notamment en Seine-Saint-Denis- sont salutaires mais ne seraient efficaces, qu’à condition qu’elles soient inscrites  dans la continuité. Une politique éducative dé-genrée, n’aurait ni pérennité, ni efficacité, si elle ne se déroulait pas dans la durée, tout au long de la vie scolaire de l’enfant, notamment à la puberté qui constitue un moment de polarisation (et d’opposition) extrême des sexes.

 Hypersexualisation : une réalité qui mérite des mesures plus adaptées que celle préconisées par le rapport Jouanno

 L’hypersexualisation est un phénomène reconnu récemment et il semble important pour les participant.e.s que le politique prenne acte de son émergence. Les conclusions du rapport rappelant l’importance de l’éducation sexuelle ont été unanimement saluées. Cependant, cette mesure semble difficile à appliquer, considérant que l’introduction de quelques paragraphes sur les questions dans les manuels scolaires ont crées à eux seuls une très vive polémique. Par ailleurs, l’interdiction des concours de beauté type « Mini-miss » – qui sont très marginaux en France – n’a pas été considérée comme efficace, tout comme le retour à l’uniforme, voire à la non-mixité dans les écoles. Dans tous les cas, le rapport ne va pas assez loin dans son analyse et risque de produire peu de résultats. Plusieurs personnes ont ainsi déploré la concentration du rapport sur les petites filles, sans parler des pressions/des normes de genre pesant sur les adultes (autant sur les femmes que les hommes, à travers les publicités par exemple). Ce n’est pas la loi qui permettrait de faire avancer la question des rapports de domination et de sexualisation hommes/femmes mais plutôt un contexte général (dont les conditions pourraient être réunies par l’intermédiaire de l’éducation dé-genrée par exemple).

 Le tour de table s’est conclu autour de la présentation par Laure du catalogue de la maison d’édition « Talents hauts » qui propose des livres féministes pour enfants. Leur site internet : http://www.talentshauts.fr/

2. Luttes de Garçes : manifestation de soutien à l’hôpital Tenon

 Ont été évoqués les modalités pratiques, ainsi qu’un rappel de l’histoire particulière de l’hôpital Tenon (qui possède un centre d’IVG en sursis depuis longtemps). L’association catholique  « S.O.S Tout-petits », opposé à l’avortement, manifeste régulièrement devant les hôpitaux afin d’obtenir la fermeture des centres d’IVG. Le collectif féministe G.A.R.Ç.E.S s’est engagé de longue date dans des contre-manifestations, afin de rappeler notre attachement au droit irréfragable pour les femmes que constitue la possibilité d’avorter.

3. Projets à venir 

 La réflexion sur la lutte contre les troubles du comportement alimentaire sera reprise et enrichie après un rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po, Christelle Welter, le 4 avril 2012. Et lancement prochain d’une campagne !

 Plusieurs questions restent en suspens :

–          Un séminaire de fin d’année devrait être organisé et est en cours d’élaboration. Si vous avez des idées ou souhaits particuliers, notamment d’ateliers, dites-le nous !

–          La question du char de la Marche des Fiertés n’a pas été réglée. Il a été évoqué la possibilité de le partager avec une autre association.

Merci à Aurélien pour son compte-rendu !

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G.A.R.ç.E.S contre la politique actuelle de criminalisation des prostituées !

Les dernières lois votées concernant la prostitution criminalisent et répriment les prostituées. De façon directe, avec la loi de 2003 instaurant l’interdiction du racolage passif et les multiples arrêtés municipaux anti-prostitution décidés par les maires, ou indirecte, avec le projet de loi déposé à l’Assemblée Nationale le 7 décembre 2011 en faveur de la pénalisation des clients. Cette démarche sécuritaire nous semble catastrophique à tous les niveaux.

  • ·      Nous dénonçons les politiques répressives envers les prostituées.

=> Nous demandons l’abrogation de la loi LSI (art225-10-1) qui pénalise le racolage passif.

=> Nous exigeons l’abrogation de la notion juridique de soutien de proximité au proxénétisme, qui empêche les putes de louer un appartement (le/la logeur/se est accusable de proxénétisme), de vivre avec d’autres personnes (conjoint-e- et colocataires sont accusé-e-s de proxénétisme) et de s’associer entre elles (elles sont accusées de proxénétisme entre elles).

  • ·      Nous refusons le projet de loi actuel qui vise à pénaliser les clients de prostituées car cette mesure ne fera qu’invisibiliser la prostitution et porte atteinte à la sécurité des prostituées.

 

  • ·      Nous exigeons une réelle politique de démantèlement des réseaux mafieux ils sont identifiés, c’est-à-dire davantage de moyens au service de la lutte contre le proxénétisme.

 

  • ·      Nous demandons la régularisation des prostitué-e-s sans-papièr-e-s , seules moyen de lutter contre la traite internationale.

 

  • ·      Nous demandons que l’Etat mette en place une aide réelle pour celles qui veulent sortir du système prostitutionnel.

=> Des structures d’accueil d’urgence spécifiques et anonymes.

=> Une aide financière inconditionnelle leur permettant de vivre décemment.

=> Un dispositif gratuit d’aide à la réinsertion, avec des formations professionnelles.

  • ·      Nous revendiquons pour les personnes en situation de prostitution, l’accès aux droits sociaux et la protection sociale qui devraient être communs à toutes et tous.

 

  • ·      Nous refuser la discrimination envers les personnes prostituées quant à l’application des lois en matière de violences sexuelles, d’agression, de voies de fait et harcèlement. 

 

  • ·      Nous demandons des formations pour le personnel policier, médical, social et juridique sur les violences subies par les prostituées.

G.A.R.ç.E.S., le collectif féministe

Compte rendu – AG du 21.09.2011

Assemblée Générale du 21/09/2011 
(42 présents, 24  assignées filles à la naissance, 18 assignés garçons à la naissance!)

 
Garçes propose un féministe de transformation sociale et de dépassement du genre. A Sciences Po nous agissons et agirons de manière à diffuser nos idées, provoquer des débats et des réflexions, et de manière unitaire afin de rassembler toutes les personnes souhaitant mener le combat féministe.
 

Les prochaines actions auxquelles nous participerons sont :
– la reconnaissance des associations afin de nous donner les moyens d’agir
– la mobilisation contre la fermeture de la maternité des Lilas, samedi 24 septembre. RDV à 11h devant la Maternité, rue du Coq Français aux Lilas.
– la marche des salopes : le 1er octobre
-la mobilisation contre le traitement de l’affaire DSK et en soutien à Tristane Banon, un rassemblement est prévu au Palais de Justice – Métro St Michel ou Cité, le samedi 24 septembre à 14h

 
 
Pour vous investir dans l’association, rien de plus simple ! Nous avons mis en place 6 commissions, que n’importe qui peut rejoindre en contactant le ou la responsable (il est bien sûr possible de faire partie de plusieurs commissions). Des réunions de travail seront fixées prochainement.

Évènements et actions coup de poing, but : organiser des actions, conférences, débats etc… visant à faire réagir et à sensibiliser.

Communication, but : maintenir à jour le blog, le facebook et produire régulièrement un journal.

Formation, but : avoir des formations et débats en interne, s’entraîner à argumenter face à des non féministes.

Relations extérieures, but : s’organiser avec les autres collectifs et associations féministes, notamment en ce moment le collectif qui s’est monté suite à l’affaire DSK contre les violences sexuelles et qui regroupe une quinzaine d’associations au niveau parisien.

LGBTI, but : former, réfléchir et introduire la question LGBTI au sein de l’association pour notre féminisme soit réellement un féminisme de dépassement du genre.

Veille antisexiste, but : rester vigilant au moindre dérapage sexiste ou homophobe dans l’espace public de sciences po afin de réagir et de lutter contre le sexisme ordinaire des étudiants, enseignants et administrateurs de Sciences Po.
 
 
Enfin pour adhérer (pour la modique somme de 1€ !),  il suffit de nous contacter  : garces.sciencespo@gmail.com.

 
En espérant vous retrouver au plus vite !

Compte-rendu de la réunion du 22 février 2011

1 – Rappel de l’historique du lancement du collectif
Pendant les AG contre la réforme des retraites les membres de celles-ci ont noté une moindre prise de parole de la part des filles que des garçons. Ce constat a conduit à l’organisation de plusieurs réunions non-mixtes dans lesquelles les filles ont réalisé le caractère politique d’une situation qui ne tenait en rien à une quelconque timidité personnelle dont elles feraient l’objet. Dans le cadre d’une réunion mixte avec les participant-e-s aux AG le projet a été lancé de créer un collectif féministe à Sciences Po où les réflexes sexistes subsistent.

Nous étions 38, 24 filles, 14 garçons.

 

2 – Présentation des objectifs du collectif

  • Une veille anti-sexiste à Sciences-Po: relever ce qui relève du sexisme et le dénoncer. Agir et sensibiliser sur la question du sexisme à Sciences-Po.
  • Des groupes de réflexion : organiser des réunions sur des thèmes précis en interne afin de débattre et de se mettre d’accord sur des questions importantes; organiser des conférences avec des intervenant-e-s extérieur-e-s (sur le modèle de l’Université Alternative).
  • Une permanence non- mixte (quand elles le veulent les filles savent qu’elles peuvent solliciter des réunions non- mixtes. Cela ne se fait pas de façon institutionnalisée).

Présentation des différents comités

1. Comité évènements publics et conférences

Objectif : Faire connaître le collectif, organiser des conférences pour nous former et débattre avec les étudiant-e-s, organiser des projections de films, des expositions, et les évènements de la Journée Internationale des Droits des Femmes à Sciences Po.

Contact :

2. Comité de veille féministe à Sciences Po

Objectif : Faire remonter au collectif tout propos sexiste qui serait tenu au sein de l’établissement, tenir des statistiques sur la composition de l’administration et du corps professoral de Sciences Po, donner de la matière pour le journal et le blog.

3. Comité de Formation interne au collectif

Objectif : Se former entre nous sur des sujets divers, afin d’être capables de transmettre nos idées aux étudiant-e-s.

Contact :  sophie.noye@sciences-po.org

4. Comités de communication autour du collectif

Objectif : se faire connaître à Sciences Po et dans le réseau universitaire par le biais d’un blog, d’un journal, de tracts, d’affiches, de mails, etc.

Contacts : pablo.livigni1@gmail.com, sarah.pibarot1@gmail.com

3 – Débat sur les objectifs et l’organisation du collectif

  • La question de l’intérêt des réunions non- mixtes est soulevée : il est répondu que les réunions non- mixtes organisées en début d’année ont fait preuve de leur utilité. Il s’agit de libérer une prise de parole féminine et de politiser des situations vécues comme individuelles. Si les filles ressentent le besoin de se réunir entre elles, elles doivent pouvoir le faire. Il est affirmé le caractère émancipateur de ces réunions.
  • Le logo du tract fait débat, car il témoigne de notre orientation féministe. Sommes nous pour un féminisme clairement de lutte, ancré à gauche? L’idée d’un féminisme apolitique est unanimement rejetée. Certains soulignent que le féminisme a toujours été synonyme d’activisme et qu’il s’est toujours situé « à gauche » . Certains remarquent qu’il faudrait nuancer l’image « gauchiste » sous-entendue par le poing levé du logo afin de faire venir des gens qui auraient des réticences à  s’y identifier.
  • Plusieurs notent que nous tenons à intégrer dans notre militantisme les problématiques de genre et de sexualité (le tract dénonçait l’oppression de la société HETERO- patriarcale) mais que nous n’en parlons pas assez…
  • Communication: nécessité de créer un blog (relayer les activités des différents comités, mettre du matériel militant à disposition, type agenda, tract, articles, contacts…)
  • Pour le journal: créer une rubrique où seraient répertoriés les phrases et comportements sexistes, établir des statistiques sur les répartitions genrées à Sciences-Po (direction, profs, étudiants par master…).
  • Nous décidons d’écrire une plateforme énonçant notre positionnement féministe. Il est suggéré d’établir des revendications a minima sur la base de ce que nous rejetons et d’approfondir par le biais de groupes de réflexion permettant la formation collective et le dialogue dans un cadre restreint. Nous devons affirmer notre orientation notamment concernant le débat constructivisme/ essentialisme, universalistes/ différentialistes, déterminer comment nous lions les questions de genre, sexe et sexualité…

4 – Présentation de la dernière journée des femmes et proposition d’idées

Organisations participant à la Dernière Journée de la Femme les 8, 9 et 10 mars : Amnesty International, Women Work, le Festival Étudiant Contre le Racisme et les Discriminations, Salaam, G.A.R.ç.E.S., le syndicat étudiant l’Unef.

 

Programme préliminaire

  • Première journée (8 mars) :

Thème : Femmes et corps

Évènements : un happening en Péniche sur les violences faites aux femmes, une conférence sur le corps avec Ilana Löwy, les rues et les amphis de Sciences Po seront rebaptisés avec des noms de femmes célèbres, projet d’un affichage sexiste massif avec de la récup de pubs sexistes

Propositions du collectif : un débat sur l’IVG avec Sciences Polémiques, un film sur l’IVG (IVG : une liberté fragile)

  • Deuxième journée (9 mars) :

Thème : Femmes et arts

Évènements : une conférence sur la place des femmes dans l’art, une exposition à Sciences Po de l’artiste Miss’Tic

  • Troisième journée (10 mars) :

Thème : Femmes et engagement

Évènements : deux conférences, la première avec les responsables des partis de Sciences Po pour discuter du bilan de Sarkozy sur la question des femmes et leurs projets pour 2012, la seconde avec Gisèle Halimi et Natacha Henry pour discuter du féminisme aujourd’hui

Conclusion de la réunion : besoin de volontaires pour les différents projets, pour tracter, aller discuter avec les gens, leur montrer que toutes ces questions sont fondamentales pour que notre société évolue vers plus d’égalité ! Nous devons également avancer sur notre plate-forme et décider de notre positionnement de façon plus précise…

Compte-rendu final des réunions non-mixtes

Cette réunion fait suite à une série de réunions non-mixtes organisées à partir de la mailing list du comité de mobilisation de Sciences Po. Ces réunions étaient donc inter-organisationnelles, et le compte rendu qui va suivre a été approuvé par toutes, quelle que soit l’appartenance ou la non-appartenance politique et/ou syndicale de chacune.

Cette réunion a pour but d’interroger la question des rapports de genre en milieu militant, et d’y réfléchir ensemble, de façon mixte et inter-organisationnelle, étant entendu que la question dépasse largement les appartenances politiques et/ou syndicales. Au cours des réunions non-mixtes, plusieurs constats ont été faits quant au rapport homme/femme au sein du cadre militant de Sciences po. Evidemment, les points qui vont être abordés ne sont pas le reflet de sentiments propres éprouvés par telle ou telle militante : il n’y a ici aucun problème personnel, mais un problème collectif, et politique. Il s’agit là d’une situation politique, et c’est pourquoi nous tenons à ce que le débat soit, dans une telle perspective, dépersonnalisé. Il ne s’agit non plus ni d’accuser unanimement les hommes, ni de déresponsabiliser absolument les femmes : le but est bien de faire un état des lieux de la situation, et d’en discuter tou-te-s ensemble afin de tenter de l’améliorer, par un effort commun.

Les constats :

La différence dans la prise de parole en AG ou au sein des organisations militantes

–          une différence importante apparaît dans le temps de parole, les hommes parlant de manière générale plus et plus souvent que les femmes. A ce titre, le biais de l’âge semble aussi entrer en compte, créant une double difficulté pour les filles plus jeunes, quand les garçons du même âge semblent moins hésiter à prendre la parole, malgré leur âge.

–          Lorsque les filles parviennent à prendre la parole, on remarque un manque de respect de leur parole (bruits, discussions parallèle, coupage intempestif de parole, etc.), plus marqué dans l’ensemble qu’en ce qui concerne les interventions masculines.

–          Les interventions des militant ont parfois tendance à survaloriser les références savantes au détriment de propos simples – et simple ne veut pas dire sans intérêt – ou des expériences personnelles, et à rendre inaccessible le débat aux moins formé-e-s.

–          Les militantes non affiliées cumulent les difficultés présentées jusqu’ici avec le sentiment d’un manque de légitimité en ce qu’elles n’appartiennent à aucune organisation. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir, puisque prendre la parole face à une assemblée rôdée à la rhétorique militante est plus difficile en tant que fille (cf. problèmes évoqués ci-dessus).

L’organisation et la hiérarchie au sein de chaque organisation, officielle pour certaines, officieuse pour d’autres

–          Les critères de sélection de cadres et les qualités mises en avant sont souvent « masculines » (souligner les guillemets) – ou pensées comme telles –, ou font appel à des ressorts de type viriliste dans les comportements (prise de parole, charisme, assurance, « carrure » pour la fonction…).

En cela, il n’est pas question de prôner une politique « féminine »  – aucune d’entre nous ne souhaite évidemment tomber dans le travers essentialiste – mais seulement de souligner la différence genrée qui existe bel et bien quant à la répartition des qualités militantes, et que celle-ci disqualifie celles attribuées aux filles.

–          La concurrence pour la prise de pouvoir, quand il y a lieu, exclut souvent les militantes qui ont plus de mal à se mettre en avant et sont plus inhibées que les militants : phénomène d’autocensure dans la course aux responsabilités.

–          Lorsque les rapports hiérarchiques se combinent aux rapports de genre, les femmes peuvent souffrir d’une double – voire triple, lorsque l’âge et l’ancienneté militante entrent en compte ­– domination symbolique. A l’inverse, lorsqu’elles occupent des fonctions plus élevées dans la hiérarchie, les militantes auront tendance à se mettre en retrait, ou à se laisser marcher dessus par les personnes « en dessous » d’elles.

–          Si les deux points précédents concernent les cadres d’organisation hiérarchique, le constat de la répartition genrée des tâches intervient également en cadre plus « autogéré », quand elle ne correspond pas à des positions hiérarchiques au sein de l’organisation.

–          Pour résumer : double contradiction à laquelle doivent faire face les filles : soit, si elles agissent de façon autoritaire, elles perdent de leur « féminité », et on assimile leur comportement à un comportement masculin ; soit, si elles ont tendance à s’effacer, elles se voient reprocher de ne pas assurer, et de ne pas assumer leur rôle.

La répartition des tâches militantes

Une forte division existe souvent entre les tâches de réflexion et les tâches d’exécution, division qui se perpétue malgré les fonctions et les postes que les un-e-s et les autres occupent :

–          Les filles font souvent les tâches organisationnelles par opposition aux tâches politiques plus prestigieuses.

–          De même, par un ressort essentialiste, étant d’emblée pensées comme plus diplomates, plus gentilles, plus douces, elles se retrouvent à gérer les relations avec l’extérieur et la communication de l’organisation (Facebook, liens avec les autres organisations, gestion des rdv, etc.)

Une considération inégale

–          Les militantes sont très souvent moins valorisées, y compris par les autres militantes, que les militants. Elles sont rarement décrites comme « brillantes », le soupçon de l’incompétence ou de l’incapacité plane toujours sur elles, et elles ont beaucoup moins confiance en leurs capacités que les hommes.

–          Leurs tâches sont « naturalisées » : elles savent mieux gérer un planning, mieux s’organiser, mieux s’occuper de rappeler les contacts, etc… En conséquence, elles sont moins reconnues que les militanTs qui ont souvent tendance à être immédiatement valorisés au moindre effort ou à la moindre tâche exécutée. Ceux-ci ont également tendance à se mettre plus en avant, et à bien insister sur leurs réalisations, alors que les accomplissements des militantes sont vus comme collectifs.

–          Les militantes se plaignent également d’inquiétudes déplacées sur leur vie privée et leur santé. Elles reçoivent régulièrement des « ça va ? », condescendants malgré la « bonne intention », les renvoyant à leur fragilité naturelle, alors que les militants seraient, eux, infaillibles.

–          L’image de fragilité des filles perdure, par opposition à la compétence et à la force des garçons.

–          La tendance est enfin à l’enfermement des filles dans l’émotionnel et dans la compassion. Les événements de leur vie privée sont présentés automatiquement comme affectant leur capacité à militer, tandis que les hommes sont au-dessus de toute émotion et de tout sentiment.

La répartition au sein des différentes orgas militantes

–          Constat alarmant de la très faible représentation féminine dans les partis politiques en général. Les filles se dirigeraient en effet plus vers l’associatif ou le syndicalisme, et laisseraient l’activité politique à proprement parler à l’hégémonie masculine. Cette question cristallise surement en son sein le problème global du rapport de genre en milieu militant (essentialisation, auto-censure, intériorisation de la domination…), et il est donc important d’en être chacu-n-e conscient-e.

En cela, changer nos pratiques dans le cadre militant (et donc l’image renvoyée) pourrait peut-être également favoriser une meilleure mixité au sein même des organisations politiques, et une répartition plus équilibrée, et moins genrée, entre l’associatif, le syndicalisme et le politique.

Les solutions potentielles :

Débats pacifiés

–          respecter le tour de parole et le rôle du « modérateur »

–          respecter le chronométrage (qu’il s’agit de mettre en place de manière effective)

–          respecter la parole des autres et imposer le silence quelque soit la personne qui parle

Débats repensés

–          rappeler de la raison de l’intervention pour l’inscrire dans le débat ou la discussion qui a lieu

–          expliciter des références savantes s’il y en a

–          faire preuve d’esprit de synthèse et d’innovation dans le discours au lieu de répéter une ligne ou une posture

–          se montrer ouvert aux idées, dépasser l’esprit « je m’impose »  pour le substituer au « nous dialoguons »

Valoriser d’autres compétences que celle de savoir parler

–          le sérieux, l’efficacité, qui sont des qualités non immédiatement « visibles » comme celle de savoir parler

–          favoriser et valoriser le travail de fond de rédaction des tracts

–          récompenser la présence militante sur le terrain plus que l’occupation de l’espace sonore lors de réunions

Améliorer le fonctionnement et la réflexion interne

–          Systématiser les formations féministes dans les organisations et transversaliser la question pour l’avoir toujours en tête à chaque campagne ou thème abordé

–          Favoriser le travail en binôme ou en groupes paritaires : pour rédiger un tract par exemple

Avoir une direction ou une structure de décision paritaire. De même pour la représentation éventuelle sur les listes électorales.

Annoncer en fin de débat l’envie de création d’un collectif « féministe » (nom à discuter) pour ceux que ça intéresse éventuellement.