La Fâme est- elle nulle en math ?

[Note de contenu : cet article s’inscrit dans une vision binaire du monde : “filles vs. garçons”, tel que le patriarcat nous force à le voir]

Les femmes ne représentent en France que 27% des effectifs des écoles d’ingénieur.e.s (2012)* 1 et 25% des étudiant.e.s en sciences fondamentales à l’Université (2013) *2. De même seulement  32%  des chercheur.ses en Occident sont des chercheuSES. *3. La régularité de la sous-représentation des femmes en sciences n’est en rien due au hasard, et encore moins à la biologie !

Nous savons depuis quelques décennies que le cerveau « féminin » n’est pas intrinsèquement moins apte que le cerveau « masculin » dans les domaines scientifiques*4. A la poubelle donc, l’explication essentialiste.

En réalité, la différence de parcours scolaire et professionnel est socialement créée et entretenue par la société patriarcale. Dès la petite enfance, les garçons sont poussés vers les sciences tandis que les filles, montrées comme rêveuses ou maternelles dans les livres, les jouets, à la télévision … sont invitées à se tourner vers la littérature ou le travail social.

chimie jouets     le camion de léon

Vive la chimie et la mécanique !

 chloé joue à faire le ménage    travail non rémunéré

Vive le travail domestique non-rémunéré !

 

Par la suite, les manuels scolaires reproduisent les stéréotypes sexistes*5, faisant apparaître en grande majorités des noms d’hommes. Ainsi dans les manuels de mathématiques, seulement 4,3% des personnages scientifiques (réels et fictifs) sont des femmes. Et même lorsqu’un procédé est nommé d’après une femme, cela est souvent passé sous silence.

A cela s’ajoute le fait que le corps enseignant est traversé, comme le reste de la société, de stéréotypes genrés qui désavantagent la progression des femmes en sciences. Celui-ci remarque, par exemple, plus facilement les échecs des filles que des garçons dans ces disciplines*6. De plus, lorsque les élèves ont des difficultés en sciences, les garçons sont plus souvent incités à redoubler d’efforts que les filles. L’idée sous-jacente est que ces dernières pourront toujours s’orienter vers des études littéraires en cas d’échec en sciences, alors que cette possibilité est moins souvent et moins naturellement envisagée pour les garçons. D’une manière générale, les garçons sont perçus comme des sous-réalisateurs brillants, dont les échecs sont dus à un manque de travail, quand les filles font du mieux qu’elles peuvent, et que leurs difficultés sont cognitives (et non comportementales)*7.

Ces différences d’évaluation et de stimulation peuvent alors parfois conduire à une différence de capacités*8. En effet, à la naissance, seulement 10% de nos connexions neuronales sont déjà en place, les 90% restants se créent et se modifient selon nos stimulations physiques et sociales (les neurologues parlent de plasticité cérébrale). Dans tout les cas, cela conduit à des différences d’orientation scolaire. L’intérêt pour une discipline est corrélé au sentiment d’efficacité et au bénéfice espéré pour la future carrière professionnel*9.  Si les garçons affirment aimer les mathématiques même lorsque leurs résultats sont médiocres,  les filles montrent un intérêt et des attentes professionnelles faibles pour les sciences, et ont tendance à se sous-estimer dans ces matières*10.

Nos socialisations incitent donc peu les femmes à faire des sciences, d’autant plus que la société patriarcale les gomme de l’histoire des Sciences : sous la combinaison de l’invisibilisation des femmes scientifiques et l’effet Matilda, les femmes n’ont que peu modèles féminins à qui s’identifier.

L’invisibilisation des femmes scientifiques, c’est le fait que nous soyons capables de citer facilement quatre, cinq scientifiques masculins (Gallilé, Copernic, Einstein, Archimède, Pasteur …) mais souvent seulement une figure scientifique féminine, Marie Curie. Alors même que des grandes chercheuses ont existé telles que Marie-Sophie Germain (mathématiques : à l’origine du théorème Sophie Germain)*11, Marthe Gautier (biologie : découvre le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21)*12, Jocelyn Bell Burnell (astrophysique : découvre le pulsar)*13 et Rosalyn Yalow (chimie : invente le dosage par radio-immunologie)*14.

Toute une liste de femmes fantastiques a ainsi parcouru l’Histoire, mais a mystérieusement été « oubliée » par la mémoire collective (aka mémoire sélective écrite par les hommes et présentée comme LA mémoire universelle). Vous pouvez en retrouver un extrait ici (article à venir). La mise en arrière-plan des femmes dans l’histoire scientifique peut être autrement plus brutale, avec l’effet Matilda.

Ainsi, l’effet Matilda, mis en lumière en 1993 par l’historienne de la science Margaret W. Rossiter, désigne le déni ou la minimisation systématique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche : leur travail est souvent attribué à leurs collègues masculins. .

Le nom “effet Matilda” est une référence à la militante américaine  pour les droits des femmes Matilda Joslyn Gage, qui a la première observé ce phénomène à la fin du xixe siècle. Six exemples de  femmes scientifiques dont les découvertes et le  travail ont été détournés et attribués à des hommes est en ligne ici : http://www.topito.com/top-femmes-scientifiques-usurpation-nobel-machisme.

Ainsi le faible taux de femmes dans les sciences n’est pas dû à une nature intrinsèque des femmes qui les détourneraient de ces matières mais bien à une socialisation qui les en exclut. Si les femmes sont reléguées vers les lettres, ce n’est pas un hasard, c’est parce que les sciences sont socialement mieux considérées que les lettres. Or, dès qu’il s’agit de prestige sociale, et donc de pouvoir, le patriarcat fait en sorte d’éloigner les femmes (billet à venir). Un exemple frappant est peut- être l’informatique, inventé par deux femmes, Ada Lovelace et Grace Hopper, mais composé de nos jours quasi-exclusivement d’hommes.

                   220px-Ada_Lovelace                                                                       

Ada Lovelace (1815-1852)*15

Pionnière de la science informatique. A réalisé le premier programme informatique, lors de son travail sur la machine analytique de Charles Babbage. A également entrevu et décrit certaines possibilités offertes par les calculateurs universels, allant bien au-delà du calcul numérique et de ce qu’imaginait Babbage.

 

 

 

 

 

  Commodore_Grace_M._Hopper,_USN_(covered)

Grace Hopper (1906-1992)*16

 

Conceptrice du premier compilateur en 1951 (A-0 System) et du langage COBOL en 1959.

 

 

 

 

 

 

Sources :

*1 http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATCCF07111

*2 http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon07136

*3 http://www.uis.unesco.org/_LAYOUTS/UNESCO/women-in-science/index.html#!lang=fr

*4 Catherine Vidal , Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? (2012)

Elizabeth Spelke, « Sex differences in intrinsic aptitudes for mathematics and sciences ? a critical review”, American Psychologist, 60, p.950-958 (2005)

*5 : http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001867/186724FO.pdf

http://www.femmesetsciences.fr/wpcontent/uploads/2013/12/6.coll_fs_2014_amandine_bertin-schmitt_texte.pdf

*6 P. Stanat et S. Bergann, “Geschlectsbezogene Disparitäten in der Bildung” in Handbuch Bildungsforschung  (2009)

Morin-Messabel, S. Ferrière, M. Salle, “L’éducation à l’égalité filles-garçons dans la formation des enseignant.e.s. Amorce par l’exemple des biais perceptifs d’étudiant.e.s de Master 2 enseignement” in Recherches et formation (2012)

*7 M. Duru-Bellat, L’école des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? (1990)

*8 Victor Lavy, Edith Sand, On The Origins of Gender Human Capital Gaps: Short and Long Term Consequences of Teachers’ Stereotypical Biases (2014)

Catherine Vidal, Le cerveau évolue t-il au cours de la vie ? (2009)

*9 U. Schwantner, “Die Motivation der Jugendlichen in Naturwissenchaften” in PISA 2006. Österreichischer Expertenbericht zum Naturwissenschaftsschwerpunkt.  (2009)

*10 C. Baudelot, “Aimez-vous les maths ?” in Journal de la société de statistiques de Paris (1991)

*11 http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Germain

*12 http://fr.wikipedia.org/wiki/Marthe_Gautier

*13 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Bell

*14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosalyn_Yalow

*15 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ada_Lovelace

*16 http://fr.wikipedia.org/wiki/Grace_Hopper

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s