Consentement et sexualité ! Compte-rendu de l’atelier !

Garçes, le collectif féministe et LGBTQI, a organisé un atelier mixte pour évoquer un sujet paradoxalement absent de nos discussions et de nos représentations sur la sexualité: le consentement. Le sujet a donné lieu à beaucoup de remarques et de réflexions de la part des participant.e.s. Nous avons choisi de garder une structure lâche et informelle qui colle mieux avec l’esprit de la réunion. 

 

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Qu’est ce que le consentement ?

Le consentement, c’est le fait d’être d’accord pour que son/sa partenaire fasse quelque chose, et lui faire savoir. C’est ce qui fait toute la différence entre une relation sexuelle et un viol. Cette distinction peut nous paraître évidente à première vue. Pourtant, c’est tout le but de cette conférence de montrer que ce n’est pas toujours le cas.

  •  Le consentement n’est jamais acquis et définitif : ce n’est pas parce qu’on dit « oui » une fois qu’on dira « oui » le lendemain, ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une personne qu’on dira « oui » à une autre personne,  ce n’est pas parce qu’on a dit « oui » à une pratique sexuelle qu’on dira « oui » aux autres pratiques sexuelles.
  •  Pas de situation coercitive : les deux partenaires doivent être libres d’exprimer ouvertement leur avis : mais qu’en est-il quand l’un-e ou l’autre est timide ? gêné par la situation ? quand l’autre tente de le/la persuader, de négocier la situation ?
  • Etre en mesure d’exercer son consentement : nous ne sommes pas en pleine maîtrise de nos capacités de réflexion lorsqu’il y a de l’alcool et/ou de la drogue.
  • Etre informé de toutes les options : mais lorsque nous sommes face à un modèle de sexualité normatif comme le nôtre, quelle est notre marge de liberté ?  Comment exprimer ses désirs sans être sûr-e de ce qu’on aime 

 

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Pourquoi s’interroger sur le consentement dans une réunion féministe ?

S’il est difficile d’exprimer son consentement, c’est que les relations sexuelles s’inscrivent dans un cadre hétéronormé et héterosexiste. La société nous impose des normes et des représentations sexuelles dont il est parfois difficile de se défaire, y compris dans les relations non hétéros. En hiérarchisant les bonnes et les mauvaises pratiques sexuelles,  notre société définit un répertoire implicite des comportements sexuels normaux (relation hétérosexuelle, non tarifée, non BDSM, deux partenaires, etc.) et répartis les rôles sexuels entre les partenaires. Cela nous conduit à adopter des comportements qui ne sont pas nécessairement en réel accord avec nos désirs et envies.

Comment dépasser ces normes pour exprimer plus clairement et distinctement  notre consentement, ou notre non-consentement ?

 

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Quelques réflexions, non hiérarchisées, abordées pendant la réunion :

Consentement dans le couple : Le consentement dans le cadre d’un couple est rarement interrogé de manière renouvelée : on a l’impression que le simple fait d’être en couple suppose que le consentement est donné une bonne fois pour toutes avec notre partenaire. Au sein du couple, on ne pense pas automatiquement au fait qu’on puisse dire non. On rencontre des difficultés à dire non à notre partenaire, on a intégré l’idée de faire plaisir à notre partenaire avant de s’écouter soi.

Rapport de pouvoir entre partenaires : comment fait-on ? Par exemple, quand on aime être dominé.e, mais qu’on aimerait parfois changer cela ?

Consentement continu : le consentement doit être continu pendant un rapport sexuel. Finalement, demander à chaque étape si c’est ok d’aller plus loin, ça peut être très sexy. Et il n’y a aucun drame à changer d’avis pendant le sexe, à ne plus avoir envie. Besoin de dédramatiser ça.

 

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Parler, le meilleur outil du consentement : Il y a des moments où on es outré.e que la personne ne comprenne pas qu’on ne voulait pas, qu’on en avait marre. Il faut se défaire de l’idéal qu’on se comprenne par des regards ou des gestes seulement, ça arrive souvent qu’on soit focalisé sur son désir et que certains signaux nous échappent. On peut aussi voir ces signaux mais mal les interpréter. La parole participe à une meilleure compréhension : ça enlève le doute sur ce que notre/nos partenaire-s aime-nt, ça permet de dire à l’autre son désir ou sa gêne. Parler, c’est guider et se laisser guider. Possibilité de faire un petit « débrief » après également.

Parler sort de la norme hétéronormée : Pour une fille, dans une relation hétéro, parler au lit est souvent considéré comme « pas sexy », dégueulasse, voir même « castrateur ». Et pour les mecs, y compris au sein de cette réunion, on ne les entend pas beaucoup dire qu’ils peuvent être mal à l’aise sur certains trucs. On a cette fausse impression que si le mec bande, tout va bien, et à l’inverse que s’il ne bande pas, c’est la fin de tout, il ne nous reste plus qu’à se retourner frustré.e.s de notre coté du lit. Injonction à la performance qui les bloque dans le sexe qu’ils doivent faire, quel type de sexe ils peuvent avoir.

Mais comment en parler ? On sait jamais trop comment parler de sexualité : vulgaire, ultraformaliste ? Il faudrait faire des ateliers où parler de sexualité et des exercices pour apprendre à mettre des mots. On peut aussi poser des questions à l’autre pour connaître son ressenti, et répondre soi-même à la question pour faire connaître le nôtre: « Tu te sens à l’aise toi ? Parce que moi pas trop », « Attends, tu trouves pas ça un peu inconfortable/désagréable comme truc? Viens on fait plutôt x ou y».

 

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Difficultés à dire « non » avec ses partenaires : difficile d’accepter le non en face : de dire non, de se faire dire non. Les participant.e.s à l’atelier ont beaucoup discuté de savoir s’il valait mieux étayer son « non » ou le contraire. L’expliquer/justifier permet d’être moins brutal, de dédramatiser le « non », d’en rire. Mais ça peut être dur d’avouer qu’on n’a pas envie. Par ailleurs, quand on commence à donner ses raisons, on peut arriver à une situation de négociation, de persuasion : « t’es sure que t’as pas envie ? », qui nous met encore plus mal à l’aise.

Et si on ne sait pas ce qu’on veut, qu’on connaît mal ses propres désirs ? Parce que le dialogue est effectivement une bonne solution, mais en amont comment fait-on pour connaître nos désirs?  Et comment exprimer le « je ne sais pas » ? D’autant plus si on est avec quelqu’un qu’on connait peu, qu’on a peur de déstabiliser. Il est important pour être à l’aise d’être avec une personne qui accepte d’apprendre à nous connaître, de s’adapter à nos limites.

La “feuille de route à suivre” des rapports sexuels: le fait de mal connaître nos propres désirs vient aussi du fait qu’il existe souvent une « feuille de route » très normée des rapports sexuels, avec une forte injonction à la suivre. Injonction à la performance, à jouir/faire jouir, à la pénétration, au fait d’être sexuellement actif. Exemple du “schéma” typique hétéro: préliminaires pendant dix minutes, juste pour se mettre en jambes, avec la pénétration comme but ultime. Il faut réussir à dépasser ça et se dire qu’on a la possibilité de tenter autre chose.

 

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Dédramatiser les rapports. Le mot est revenu souvent : que ce soit au lit, en dehors des rapports, ou avec des amis, plus on en parle et plus on dédramatise.

Coup d’un soir : Parfois si on est celui/celle qui a dragué l’autre on a beaucoup plus de mal à dire non après si il y a quelque chose qui ne nous plait pas ; plus facile de dire non si je n’ai pas fait le premier pas. Quand on est parti pour un coup d’un soir, injonction d’aller jusqu’au bout. Alors que la soirée en elle-même peut servir de « voie de sortie » sans confrontation.

Consentement et capotes : pression sociale sur le fait de ne pas mettre de capote. Particulièrement avec la fellation, prise de risque. Parfois, c’est dur d’arriver à imposer la capote à son/sa partenaire. A noter que pour certain.e.s « l’instant capote » peut être un bon moment pour s’interroger sur ce qu’on veut faire et en dialoguer avec son/sa partenaire, par exemple : « Tu as une capote? – J’ai pas envie d’aller plus loin pour l’instant, je préfère qu’on fasse x ou y». À noter qu’il existe de nombreuses pratiques sexuelles « safe » comme les caresses, la masturbation mutuelle, le BDSM sans pénétration, etc.

 

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Comment réagir en tant que tiers dans une situation alcoolisée ? le consentement ne concerne pas que les personnes prêtent à s’engager dans un rapport sexuel : il y aussi le rôle des tiers, position très difficile. Par exemple si on est dans le cadre d’une soirée, qu’un.e ami.e a trop bu, comment réagir ? Peut-on estimer à sa place qu’il ou elle est trop saoul.e pour être consentant.e ou non ?

 Violences sexuelles et clichés sociétaux : Lors du dépôt de plainte ou procès pour viol, tout se joue autour de la question du consentement. Or il existe beaucoup de clichés sociétaux autour de la question du viol et du consentement : voir le compte-rendu de la réunion de Garçes sur les violences sexuelles.

 

Des ressources pour continuer:

 On manque de ressources sur ce sujet, particulièrement en France. Quelques sources cependant :

° En français :

_ Le consentement en 100 questions :

http://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=659

° En anglais :

Le site « Scarleteen », super site d’éducation sexuelle qui gagne à être connu, comporte plusieurs articles pour :

  • travailler le consentement avec son/sa/ses partenaires :

http://www.scarleteen.com/article/boyfriend/drivers_ed_for_the_sexual_superhighway_navigating_consent

  • apprendre à mieux connaître ses propres désirs :

http://www.scarleteen.com/article/sexuality/ready_or_not_the_scarleteen_sex_readiness_checklist

  • connaître les différents scénarios sexuels qui entravent le consentement, et quelques pistes pour améliorer ces situations :

http://www.scarleteen.com/article/etc/when_sex_just_happened_and_how_to_make_it_happen_instead

 

LGBTeens, une vidéo appelée « Consent is sexy » : http://www.youtube.com/watch?v=SnMbCRzciIM&feature=youtu.be

Le site « The Consensual Project », regorgeant de vidéos, d’articles et de propositions d’ateliers :  http://www.theconsensualproject.com/

Une vidéo de Laci Green, sur le consentement et l’alcool : http://youtu.be/2rDnoBTIGbM

Sur la réaction des tiers face à une situation alcool/consentement : l’émission « What would you do ? » aux Etats-Unis, met en scène deux jeunes actrices faussement saoules lors du « Spring break » pour évaluer la réaction des autres clients du bar :

 https://www.youtube.com/watch?v=oLCyUpIbnQk

 

Et enfin, à nous d’inventer les ressources et de les écrire ! 

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9 réflexions au sujet de « Consentement et sexualité ! Compte-rendu de l’atelier ! »

  1. Ping : Consentement | Pearltrees

  2. Ping : Une « Vie De Merde ». Un viol. Vomir. | A quelques pas de là...

  3. Ping : Chope, Sexe et Consentement.

  4. Ping : Caromonner (caromonner) | Pearltrees

  5. Bonjour !

    Je prépare en ce moment une brochure sur le bdsm, et comme ça devrait être le cas dans tout document sur la sexualité, la question du consentement y est largement traitée. Je n’ai pas fini la brochure, mais voici ce que j’ai pour le moment :

    Consentement et communication
    Yes means yes
    Le consentement est trop souvent pris comme allant de soi au sein d’un couple ou dès que deux personnes ont échangé un baiser. Il n’existe pas de consentement automatique ! À chaque instant, pour chaque pratique, il faut s’assurer que saon partenaire en ressent le désir ET qu’iel est d’accord… ce qui n’est pas la même chose !

    Aucun consentement ne doit être considéré comme valide lorsque :
    * Iel est trop jeune pour vous (moins de 18 ans et un d’écart d’âge de plus de 3 ans) ou trop jeune tout court (moins de 15 ans). Cela vaut pour toute interaction sexuelle et pas seulement pour le coït.
    * Iel n’a pas la conscience claire : iel dort ou somnole, iel est ivre ou malade. Un point de repère : pourrait-iel faire du vélo sans risque ? Si la réponse est non, ne vous engagez pas dans des pratiques sexuelles, même à sa demande.
    * Vous êtes ivre ou hors d’état de juger du ressenti de votre partenaire.
    * Vous savez quelque chose qu’iel ignore et qui pourrait jouer sur son consentement. Par exemple : quelqu’un vous regarde, vous n’avez pas de contraception, vous avez peut-être une ist, vous avez l’intention de lea quitter, vous avez fait un pari, vous venez d’égratigner votre seule capote…
    * Iel cède à vos sollicitations pressantes ou répétées. Même espacées dans le temps, vos propositions sexuelles ne doivent pas l’importuner, l’embarrasser ou lui mettre la pression : ce serait du harcèlement.
    * Le chantage affectif aussi est inadmissible. Souvent il n’est pas formulé clairement et il peut se produire « presque » à votre insu. Pour l’éviter il faut être honnête avec vous-même sur l’impact de votre attitude. Et vos besoins d’être rassuré’, câliné’, etc, ne constituent pas une dispense !

    Attention, remplir toutes ces conditions est nécessaire mais ne suffit pas. Yes means yes : il n’y a qu’un « Oui ! » franc et enthousiaste qui vaille comme consentement.

    D’autres situations peuvent aussi poser problème, il est important d’y prêter attention et d’en parler ensemble :
    * Il y a un enjeu matériel dans votre relation. Si iel habite chez vous, si son permis de séjour dépend de votre mariage, est-ce que ça reste facile de refuser d’avoir du sexe avec vous ? Ne vous fiez pas à votre impression, c’est iel qui le vit.
    * Vous avez un ascendant sur iel. Si vous avez un gros écart d’âge ou d’expérience, cela peut l’empêcher de réfléchir à ce qu’iel veut vraiment et lea pousser à prendre comme référence ce que vous lui proposez.
    * Iel semble plus répondre à des représentations sociales qu’à son propre désir. Iel « se force » ou « se motive » pour vous faire plaisir, pour vous prouver ses sentiments, pour que votre couple soit « normal »…

    Je compte aussi aborder la question des abus bottom -> top, le « Je veux que tu ailles trop loin » et insister sur la nécessité de savoir clairement ce qu’on veut. Dans la partie « idées reçues », j’ai aussi remis quelques pendules à l’heure :

    50 nuances de viol : l’idée que le bdsm serait non-consensuel
    Il n’est pas étonnant de trouver cette idée bien ancrée dans les représentations du bdsm, car des auteurs parmi les plus connus sur le sujet : Sade*, Sacher-Masoch* et Réage/Paulhan* se sont torchés avec la question du consentement. Quoique très en colère au sujet de ces andouilles, je vais tenter d’expliquer, en partie, d’où sortent ces textes a priori criminels.
    Les rôles DS sont construits sur une fiction, qui dit que l’un’ a du pouvoir sur l’autre et l’intention d’en abuser. La pratique est consensuelle car la fiction est explicite, tandis que le pouvoir et les mauvaises intentions sont fictifs. [note : D’ailleurs, si un’ des partenaires a effectivement du pouvoir sur l’autre, il sera très important de l’expliciter aussi et d’en neutraliser les éventuels effets sur le consentement de l’autre (comme cela devrait être fait dans toute interaction sexuelle).]
    Mais dans le cas d’un roman, qui est déjà une fiction, il suffit de donner à un personnage du pouvoir sur l’autre et de mauvaises intentions. Pas besoin de s’assurer d’un quelconque consentement, car les personnages ne sont pas des personnes et ce n’est pas grave si il leur arrive du mal.
    Par contre il est inadmissible de décrire de telles situations et de tenir de tels propos (d’ailleurs ces romans sont aussi violemment sexistes) sans prendre la moindre précaution envers les gens qui lisent ça, et surtout sans prévenir que dans un roman, ça va, mais faire la même chose en vrai, ça serait moche.
    En fait il se trouve que ces auteurs étaient réellement de dangereux malades, qui ne voyaient pas le problème de faire des trucs moches à autrui. C’est peut-être pour ça qu’ils ont écrit, parce qu’ils étaient frustrés de ne pas faire ces trucs-là pour de vrai (ou que ça ne marche pas comme ils auraient voulu). En tout cas dans le bdsm, les vrais gens accordent beaucoup d’importance au consentement de leurs partenaires !

    Voilà, c’est copuleft et si vous avez des remarques elles seront bienvenues !

    Spangle, du Projet Miaou

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