Hors-normes : de la nécessité de faire converger les luttes. Pour une véritable égalité des droits !

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photo: Act Up Paris, Manifestation pour l’égalité des droits

 

Ce texte a été écrit par des militantes de G.A.R.Ç.E.S. et n’engage pas tout le collectif. Nous le publions ici au titre de tribune libre.

A l’heure de lutter pour l’égalité des droits entre hétéros et non-hétéros, à l’heure de nous opposer aux forces réactionnaires prétendant, sans homophobie aucune, hiérarchiser plus encore les couples selon une vision profondément hétérosexiste de la société, certain.e.s d’entre nous ont refusé, au nom d’un certain pragmatisme, de voir associé.e.s les luttes pour l’avancée des droits des trans, des pédés, des gouines et des bi.e.s (TPGB), à celles des sans-papièr.e.s. Les arguments avancés vont de la crainte qu’exprimer maintenant une convergence de ces luttes brouillerait – et donc desservirait – notre message « principal », à l’idée que ces revendications auraient peu à voir l’une avec l’autre, puisque seules des politiques bien distinctes pourraient y répondre. . Par conséquent, dans un souci de cohésion et de lisibilité, les luttes des sans-papièr.e.s devraient être séparées de notre lutte « prioritaire ». C’est en réponse à ces arguments que nous avons souhaité présenter ce texte : pour nous, si les luttes féministes et TPGB et les luttes des sans-papièr.e.s ont chacune leurs spécificités, elles sont loin d’être déconnectées. Ne pas nier cette connexion, qui rend elle-même possible une convergence de nos luttes, est pour nous, féministes TPGB munies de papiers, une question de solidarité, mais aussi de cohérence et un enjeu politique global de taille[i].

Les cas des sans-papièr.e.s LGBT*I sont révélateurs de mécanismes d’exclusion multiples qui concernent directement nos luttes féministes et TPGB

Tout d’abord, cette convergence des luttes prend tout son sens dans cette évidence qu’aucun.e d’entre nous n’ignore, mais qui, pourtant, se trouve trop souvent minimisée, reléguée au rang de problème proprement marginal, celui d’une minorité de la minorité: parmi les sans-papièr.e.s se trouvent des personnes lesbiennes, bies, gays, trans*, intersex (LGBT*I) – et, on pourrait le dire autrement : parmi les personnes LGBT*I se trouvent des sans-papièr.e.s –, exposées à des stigmatisations multiples, intersectionnelles, et à une précarité accrue par ce double statut qui les rend sujets de fait, au moins de deux oppressions. Les mesures sécuritaires visant à restreindre l’immigration, mises en œuvre par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, touchent ainsi a fortiori les sans-papièr.e.s LGBT*I, d’autant plus exposé.e.s qu’ils/elles sont susceptibles d’être le réceptacle d’une homophobie d’Etat qui ne dit pas son nom.

Un exemple parmi d’autres est celui des couples LGBT*I dits « binationaux », qui font particulièrement les frais du durcissement généralisé des conditions de régularisation visant à réduire une immigration dite « subie », dont l’immigration familiale fait partie. En effet, malgré une circulaire de 2004 prévoyant la possibilité d’un droit au séjour en France pour les étrangèr.e.s ayant conclu un PACS, le manque de clarté des critères d’octroi des cartes de séjour « vie privée et familiale » ouvre la voie à des discriminations manifestes de la part de certaines préfectures et tribunaux administratifs[ii]. Aux soupçons d’homophobie qui pèsent sur le fond de certaines pratiques administratives, s’ajoute la discrimination existant entre couples mariés et couples non mariés face au droit au séjour[iii]. En l’état actuel de la législation, les couples LGBT*I binationaux y sont exposés de fait, puisqu’ils ne peuvent pas choisir de se marier ou pas. D’autre part, nous tenons à rappeler à quel point le mariage est lui-même contrôlé de près, n’entraînant pas automatiquement l’acquisition de la nationalité française: pour y accéder, le mode de vie des couples est contrôlé et sanctionné par l’Etat, les personnes mariées devant notamment remplir des conditions de communauté de vie d’au moins 4 ans, mais aussi d’ « assimilation » (connaissance de la langue française, entre autres)[iv]. Pendant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande s’était engagé à permettre la régularisation des personnes qui s’étaient retrouvées en situation irrégulière du fait des restrictions au rapprochement familial mises en œuvre sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais le « changement », pour le gouvernement « socialiste », ne se fera de toute évidence pas sur le terrain du racisme d’Etat : la circulaire de novembre 2012relative à la régularisation des étrangèr.e.s en situation irrégulière et scandaleuse à plusieurs égards, n’évoquait aucune disposition relative à la régularisation des étrangèr.e.s marié.e.s à un.e Français.e. Et on connaît la suite : le gouvernement Hollande/Ayrault poursuit les expulsions et le harcèlement des sans-papièr.e.s, dans la très droite ligne de ses prédécesseur.se.s.

Un autre exemple de politique migratoire restrictive qui touche de plein fouet les personnes LGBT*I étrangères est celui de la réforme, en 2011, de la législation relative « droit au séjour pour soins ». Depuis 1998, les personnes étrangères qui ne pouvaient pas « effectivement disposer » d’un traitement adéquat dans leur pays d’origine et venaient se faire soigner en France ne pouvaient pas être expulsées. En avril 2011, une réforme[v] portée par la majorité UMP est venue démanteler ce droit au séjour pour raisons médicales : désormais, seul.e.s les étrangèr.e.s pouvant prouver que le traitement est « absent » dans leur pays d’origine sont protégé.e.s de l’expulsion. Or, si, en théorie, la majorité des traitements est « présente » partout dans le monde, il est évident que leur coût, leur couverture territoriale et leur quantité varient, les rendant de fait inaccessibles à la plupart des malades. Une telle réforme est ainsi particulièrement susceptible de toucher les personnes LGBT*I porteuses du VIH/SIDA qui n’ont pas accès aux soins dans leur pays d’origine. Il n’a, évidemment, pas été prévu par l’actuel gouvernement de revenir sur cette réforme.

Enfin, le cas des demandeur.se.s d’asile LGBT*I révèle d’une même logique anti-migratoire et homophobe. Certes, les LGBT*I persécuté.e.s dans les Etats où l’homosexualité est criminalisée peuvent demander le droit d’asile en France en vue d’obtenir le statut de réfugié.e. Mais ils/elles doivent pour cela passer par des procédures à rallonge, minées par des dysfonctionnements et d’une intrusion aussi aberrante que déconcertante, sans garantie aucune que leur demande n’aboutisse[vi]. D’une part, les délais de traitement des demandes par l’OFPRA[vii] dépassent souvent les six mois. Ces délais déconcertants sont notamment le résultat d’un cruel manque de moyens alloués à l’OFPRA, réduit à quelques centaines d’agent.e.s qui doivent traiter plusieurs dizaines de milliers de dossiers[viii], et dont le travail n’est pas épargné par une politique du chiffre plus générale. Ainsi, en 2011, à peine plus d’un.e demandeur.se d’asile sur dix s’est vu.e octroyer le statut de réfugié.e par l’OFPRA, et à peine 20% des personnes ayant déposé un recours auprès de la CNDA après un premier refus. Une protection toute relative, donc. D’autre part, dans ce contexte globalement dégradé, les demandeur.se.s d’asile LGBT*I sont soumis.es à une procédure particulièrement intrusive et aux relents homophobes notoires : ils/elles sont en effet tenu.e.s d’exposer leur intimité et de revenir sur leur histoire dans les moindres détails afin de… prouver leur homosexualité. La teneur des questions posées aux demandeur.se.s d’asile révèle une profonde méconnaissance des expériences des personnes LGBT*I, et, pour certaines, sont basées sur une succession de stéréotypes hétérosexistes et homophobes. Ainsi, bien que la jurisprudence de la Cour nationale du droit asile (CNDA) ait évolué, certains juges fondent encore parfois leur décision sur un critère proprement aberrant : dans certains cas, il est ainsi exigé que la personne concernée « revendique » son homosexualité (y compris dans son pays d’origine), ou en fasse une « manifestation ostensible dans son comportement extérieur » (sic)[ix].

Dans ce contexte, nous tenons à rappeler que la solidarité du mouvement TPGB avec les personnes sans-papières et demandeur.se.s d’asile est loin d’être nouvelle. Ainsi, en 1998, a été créé Collectif des homos sans-papiers, aujourd’hui dissout et remplacé par l’ARDHIS[x], né, précisément, de la conjonction « de deux mouvements politiques […] : le premier est la mobilisation de gays et lesbiennes français pour la reconnaissance à part entière des couples homosexuels ; le deuxième est le combat de milliers d’étrangers pour la régularisation des sans-papiers.[xi] » Par ailleurs, nous tenons également à souligner le rôle majeur des réseaux informels de solidarité qui rassemblent une communauté autour de demandeur.se.s d’asiles LGBT*I arrivant en France. Autrement dit, nos communautés militantes se construisent et se renforcent aussi, au quotidien, en imbriquant ces luttes en leur sein.

Penser cette convergence comme outil de construction d’un mouvement véritablement incluant et de renforcement de nos luttes

On le perçoit déjà, quand on parle de personnes LGBT*I sans-papières, il s’agit tout d’abord de penser en termes d’intersectionnalité. Schématiquement définie comme l’imbrication de différents rapports de domination, l’intersectionnalité est ainsi un concept que nous nous sommes attaché.e.s à mobiliser dans nos analyses et dans nos luttes féministes[xii]. Les personnes LGBT*I sans-papières sont exposées à une double stigmatisation, à un double mécanisme d’exclusion. Il s’agit donc pour nous d’un enjeu de taille : continuer à construire, conformément à la vision que nous nous faisons de nos luttes féministes et transpédégouinebies, un mouvement inclusif, dont nous sommes plus que convaincues de la force dans nos luttes quotidiennes. Un mouvement inclusif qui tire précisément sa force, d’une part, de sa capacité à ne nier et à n’exclure aucune identité, aucune réalité ; et, d’autre part, de sa capacité à élargir la portée de ses revendications, en les recoupant, en mettant en évidence leurs intersections.

“I am undocumented and queer. These are my intersecting identities and realities”[xiii]

Alors que notre combat pour l’accès à tous les couples au droit au mariage, et à toutes les personnes le droit à la parentalité s’est inscrit dès le début de nos mobilisations sous le signe de l’égalité des droits, il nous semble urgent de revenir à ce principe, et de l’interroger. En effet, alors que l’on nous a opposé que les luttes pour le droit de vote des étrangèr.e.s ou pour la régularisation de tou.te.s les sans-papièr.e.s ne relevaient pas du même combat que celui que nous menions alors, et qu’il n’était pas « opportun » de « mélanger » les luttes et les sujets, il nous semble quant à nous urgent de nous interroger : quelle égalité des droits revendique-t-on ? Pour qui ? Dans quelles conditions ? Nous battions-nous pour l’égalité de tou.te.s ou nous battions-nous pour l’égalité des seul.e.s Français.es ? Nous battions-nous pour le droit de tou.te.s à se marier ou pour le droit des Français.e.s à se marier ? Il est selon nousplus que jamais temps de nous demander si nous voulons faire de nos luttes des luttes pour la seule extension de privilèges (ici, à la communauté nationale), ou des luttes pour l’abolition de ces privilèges. Pour nous, la réponse est déjà faite. Et dans ce cas, il est urgent de nous rappeler que l’égalité des droits ne saurait se diviser : homos, bi.e.s, trans’, hétéros, français.es, immigré.e.s, étrangèr.e.s, sans-papièr.e.s, le combat pour l’égalité des droits est un combat total. C’est par la convergence des luttes de tou.te.s les opprimé.e.s que ce combat se renforcera.

Penser cette convergence des luttes est pour nous une question de cohérence avec les revendications féministes et transpédégouinebies que nous portons.

De la même manière, il nous apparaît impossible de déconnecter les luttes pour les droits des sans-papièr.e.s des critiques féministes du mariage que nous élaborons. Au sein même de nos luttes pour l’ouverture du mariage et du droit à la parentalité, nous avons cherché à adopter une posture critique de l’institution du mariage; nous avons cherché à situer ce combat, pour le moins singulier, dans l’histoire passée et future des luttes féministes et TPGB ; cherché à souligner les potentiels effets pervers du mariage sur nos communautés, en termes de reproduction de multiples exclusions ; cherché à réfléchir aux perspectives de luttes qu’il nous appartient d’ouvrir pour éviter qu’une fois cette égalité en droit acquise, les luttes TPGB, multiples, refusant toute forme d’assimilation obligatoire, ne se trouvent renvoyées au placard.

Ces réflexions que nous avons menées nous amènent inévitablement, selon nous, à cette interrogation : si l’ouverture du mariage garantira une égalité des droits/en droit pour les couples, de quels couples parle-t-on ? Et de quel modèle de couple ? Certes, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe va permettre une reconnaissance plus large des couples que celle qui existe actuellement. Et nous ne cherchons pas à juger le désir de certaines personnes LGBT*I, qu’elles soient ou non sans papiers, de se marier – d’autant plus qu’il s’agit là, comme on l’a dit, d’une voie de régularisation pour les LGBT*I sans-papièr.e.s, qui rétablit une rupture d’égalité. Cela n’empêche que cette extension du mariage engage notre réflexion sur le modèle de couple que l’Etat désigne comme valide, respectable, et donc éligible à un certain nombre de privilèges. Ce que fait la loi, c’est renforcer les privilèges liés au mariage, et renforcer l’inégalité qui perdure entre couples mariés et couples non mariés, entre couples stables et monogames et d’autres formes de communauté de vie ou de solidarité. Et elle implique aussi, pour les LGBT*I étrangèr.e.s en situation irrégulière, comme on l’a vu, qu’il faut être persécuté.e dans son pays d’origine – voire se conformer aux stéréotypes hétérosexistes qui minent notre société –, et/ou se conformer au modèle de couple dominant tout en remplissant de surcroît des conditions d’« assimilation à la culture française », pour être régularisable.

Dans cette perspective critique, nous considérons que les sources d’exclusion sont multiples et nous refusons d’en hiérarchiser la lutte. Nous considérons que l’exclusion des étrangèr.e.s comme celle des personnes ne se conformant pas aux modèles de couple ou encore de vie établis comme dominants, répondent à des mécanismes d’exclusion similaires, fondés sur des rapports de domination et sur des discours « -phobes »(homophobes, transphobes, xénophobes, etc.) qui stigmatisent ce qui s’écarte des normes dominantes.

Contre l’instrumentalisation des luttes féministes et TPGB à des fins nationalistes et racistes : convergence des luttes féministes, TPGB et antiracistes

Enfin, nous revendiquons d’autant plus l’urgence et la nécessité de ne pas déconnecter les luttes trans-pédé-gouine-bies des luttes des sans-papièr.e.s, et, plus généralement, des luttes antiracistes, que les premières, sont régulièrement instrumentalisées à des fins nationalistes et racistes. Ainsi en est-il de Marine Le Pen qui déclare se soucier du sort des homosexuels dans les banlieues, et plus généralement de tous les discours racistes qui tendent à faire de l’égalité entre les sexes et les sexualités l’apanage de l’ « occident éclairé », stigmatisant ainsi l’Autre – le musulman, l’Arabe, le jeune de banlieue, l’étranger… – désormais invariablement représenté comme misogyne, homophobe, arriéré et brutal. L’homophobe, c’est l’autre, donc. Ce n’est donc pas l’élite de la classe politique française, de gauche comme de droite, qui, au titre de son opposition au « mariage pour tou.te.s », a pu depuis des mois déverser sa haine homophobe en public et sur toutes nos ondes : ce ne sont pas Copé, Jospin, Vanneste, Guigou, Poignant, Barèges, Baroin…, ce sont les Autres.

Ce « débat » intrinsèquement hétérosexiste et homophobe n’est par ailleurs que du pain béni ( !) pour la convergence, réelle et déjà en marche, des luttes réactionnaires, marginalisant et harcelant les minorités. Ainsi en va-t-il des multiples commentaires sur la « prochaine dérive » après l’ouverture du mariage aux couples de « même » sexe, à savoir la « légalisation de la polygamie[xiv] », argument raciste qui fleure bon l’époque coloniale, destiné à stigmatiser les hommes musulmans et leurs soi-disant pratiques « déviantes », archaïques et sexistes. De même, on pourra se rappeler qu’en appelant à la manifestation d’opposition du projet de loi sur l’ouverture du mariage le 13 janvier dernier, Copé ne s’était pas privé d’appeler à ce que cette manifestation soit un rassemblement « contre le mariage pour tous, contre le droit de vote des étrangers et contre le racisme anti-blancs ». Pour certains, la convergence des luttes n’est pas si inaudible, quand il s’agit de convergence des haines de l’autre. Les députés de droite l’ont bien compris et n’ont pas hésité à jouer la « carte migratoire » pour ajouter un argument à leur opposition à cette égalité des droits. Ceux-ci ont en effet déposé 103 amendements identiques proposant de supprimer l’alinéa 15 de l’article 1er du projet de loi, qui prévoie d’autoriser les couples binationaux à se marier même quand l’un.e des personnes vient d’un pays qui interdit le mariage de couples de même sexe. A l’appui ? Une « étude d’impact » qui craindrait que le projet de loi n’anticiperait pas « les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France ». Et Philippe Gosselin (UMP) de s’émouvoir alors : « La France ne peut pas accueillir tous les fiancés du monde. » Bel exemple de convergence des luttes xénophobes et LGBT*Iphobes, en somme. Nous n’inventons rien – Christine Taubira l’a dénoncé : « à la peur de l’étranger, [ils ajoutent] maintenant la peur de l’homosexuel étranger. »

Alors que les discours xénophobes et racistes se sont ainsi invités dans le « débat » sur l’égalité des droits et le « mariage pour tous », il n’aurait pas été « opportun » pour nous d’exprimer notre solidarité et rendre visible notre convergence des luttes ?

En réalité, il ne faut pas nous le cacher : Taubira a beau jeu de dénoncer l’homophobie et la xénophobie de ses collègues de l’assemblée, quand son gouvernement, en ne condamnant pas les propos homophobes tenus au sein de sa majorité, de Lionel Jospin à Bernard Poignant, en acceptant un « débat » dont les termes mêmes sont hétérosexistes et homophobes, et en reculant honteusement sur la PMA, fait le jeu de ce déversement de haines qui profite à l’extrême-droite. Or, c’est  bien le même gouvernement qui, dans le même temps, garde le cap des mesures sécuritaires mises en place par le précédent, stigmatisant encore davantage les minorités les plus précaires – notamment en poursuivant les expulsions et en fermant toujours plus la porte aux étrangèr.e.s et aux demandeur.se.s d’asile. Mais on en parle pas trop, on a « débat » ! Décidément, ce « débat » qui dure, en faisant le jeu des droites extrêmes, a bon dos. Pendant que l’espace public et médiatique était accaparé par un « débat » permettant aux homophobes de s’en donner à cœur joie, le reste se trouve invisibilisé. Et le « reste » de l’actualité, pendant les derniers mois du débat, c’était, notamment, le harcèlement des sans-papièr.e.s de Lille, menacé.e.s d’expulsion, dont une quarantaine étaient en grève de la faim pendant plus de deux mois, et dont deux ont été expulsé par Valls vers l’Algérie, où ils ont dû être hospitalisés d’urgence. C’était, aussi, la lutte des sans-papièr.e.s qui se redynamise partout en France, et subit la violence d’un gouvernement qui n’a de cesse de se cacher derrière sa police et de répondre à coup de matraques aux sans-papièr.e.s qui demandent la tenue des promesses du président Hollande et du PS en matière de régularisation.

La récupération des luttes féministes et TPGB pour servir des discours nationalistes et racistes, tout comme l’invisibilisation d’autres minorités à travers un « débat » qui nous concerne mais dont nous ne voulons pas, se fait sur notre dos. Quand les trans’, les bi.e.s, les gouines et les pédés boivent la tasse, ce sont aussi les sans-papièr.e.s qui trinquent. C’est là une des raisons pour lesquelles nous revendiquons la nécessité d’une convergence des luttes, d’une solidarité clairement exprimée. Nous refusons de servir de caution voire même de marchepied aux discours racistes et nationalistes. Nous refusons que ce combat particulier profite aux droites extrêmes, tout comme nous refusons de servir d’accoudoir au gouvernement pour mener à bien des politiques qui poursuivent, notamment, la marginalisation et la précarisation des sans-papièr.e.s.

Travailler à cette convergence des luttes et à sa visibilité constitue pour nous un enjeu formidable de renforcer nos luttes – toutes nos luttes – pour une égalité réelle. Prenons alors exemple sur les sans-papièr.e.s qui viennent viennent – depuis la manifestation pour le « mariage pour tou-te-s » du 27 janvier où un pôle « égalité des droits » s’était constitué autour de la convergence de certains groupes féministes et TPGB radicaux, d’associations antiracistes et de collectifs de sans-papiers[xv] – chanter tous les mercredis devant le siège du PS à Paris : « Mariage pour tous, Papiers pour tous : c’est ça, c’est ça, l’égalité des droits ! » La voie est montrée.

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Et pour que la convergence des luttes commence maintenant :

Le mercredi 20 mars, la caravane de sans-papièr.e.s en route vers le Forum Social Mondial de Tunis passera à Paris. Les sans-papièr.e.s qui y prennent part entendent dénoncer, par cette traversée des frontières maritimes, les drames et les milliers de morts par noyade auxquels conduisent les politiques de coopérations des Etats européens et subméditérannéens dans leur chasse aux migrants. La traversée des frontières est également l’occasion d’affirmer haut et fort le droit à la libre circulation et à vivre et travailler dans l’égalité.

Pour cette traversée, les sans-papièr.e.s vont plus que jamais avoir besoin de notre solidarité.

Nous appelons donc toutes et tous à se rendre mercredi 20 mars à 18h devant le siège du PS (métro Solférino) pour exiger de garantir le droit des sans-papièr.e.s à pouvoir participer au FSM de Tunis et à pouvoir revenir en France sans encombres.

Floten, Sol, Claire, Alex et Em


[i] NB ; Pour un texte sur le sujet écrit à la première personne, voir le texte de Massinissa B., disponible sur http://fr.scribd.com/doc/119825402/Des-Papiers-Pour-TouTEs.

[ii] Voir notamment un exemple parmi d’autres de harcèlement administratif et policier: Communiqué de presse de l’ARDHIS du 13 mars 2012, « Olivier et Farid », disponible à : http://www.ardhis.org/assemnle.php

[iii]  Seul le mariage constitue un mode d’acquisition de la nationalité française – sous conditions (Art. 21 du Code Civil). Ce n’est pas le cas du PACS ni du concubinage. Rappelons également qu’un mariage contracté dans un pays tiers n’est pas reconnu comme valable en France.

[iv]  Voir Article 21 du Code civil

[v]   Loi relative à l’ « immigration, l’intégration et la nationalité »

[vi]  Les avocats de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont d’ailleurs fait grève pendant plus de dix jours en mai 2012 pour dénoncer « la dégradation du traitement des dossiers des réfugiés et des droits de la défense ».

[vii]                    OFPRA – Office français de protection des réfugiés et des apatrides

[viii]                   Environ 45 000 demandes en 2011, dont 40 000 nouvelles demandes.

[ix]  Voir le rapport Fleeing Homophobia – Seeking Safety in Europe, Questionnaire pour la France remis par l’ARDHIS, disponible sur : http://www.fleeing-homophobia.fr/images/stories/France_questionnaire.pdf

[x]   Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour. Aujourd’hui, l’ARDHIS accompagne les personnes homosexuelles et transsexuelles vivant avec un.e Française ou un.e étrangèr.e, ainsi que les demandeur.se.s d’asile LGBT, dans leurs démarches juridiques pour accéder au droit à vivre en France, et milite pour la défense et la promotion de leurs droits.

[xii]                    Notamment lors du dernier séminaire de rentrée de Garçes (Septembre 2012). Voir https://collectiffeministe.wordpress.com/2013/02/23/imbrication-des-differents-rapports-de-domination/

[xiii]     Citation issue du projet “I am UndocuQueer”. Voir http://juliosalgado83.tumblr.com/post/15803758188/i-am-undocuqueer-is-an-art-project-in

[xiv]                   Argument rhétorique des opposants au « mariage pour tous » devenu récurrent, il a été repris, entre autres, par Marine le Pen, le député Jacques Bompard, l’archevêque de Lyon, François Lebel, Christine Boutin…

[xv] Dans ce pôle pour le mariage, la PMA, l’adoption, les papiers et le droit de vote pour tou-te-s, on trouvait notamment le collectif 8 Mars Pour Toutes, Act Up-Paris, le STRASS, Etudions Gayment, le P!nk Bloc, la FASTI, la CSP75, des militant-e-s du NPA, d’Alternative Libertaire, de la Fédération Anarchiste, de la CNT…

 

4 réflexions sur “Hors-normes : de la nécessité de faire converger les luttes. Pour une véritable égalité des droits !

  1. negreinverti dit :

    Merci pour cet excellent texte dans lequel vous mettez en avant premièrement (avec le premier lien) la parole des concernés. Aussi, on sent vraiment une recherche de fond sur les infos que vous donnez, sur les réflexions que vous menez, qui font des liens pertinents entre des questions jugez habituellement « éloignées ».

    Ma seule critique porte néanmoins sur l’emploi des termes LGBTI et TPGB dans la mesure où la question de la transidentité – pour ne parler que d’elle, mais on peut dire pareil sur les intersexes – n’engage pas du tout les mêmes problématiques (« orientation sexuelle » VS « sexe social »).Si on peut voir l’emploi de ces termes comme une manière de « n’oublier personne », cela a le défaut de 1) brouiller pistes sur les spécificités de chaque position et 2) renforcer l’étouffement des questions trans.

    Mais il reste possible et très primordial de parler des trans, à l’aune de ce débat sur le mariage homo, mais dans les spécificités que posent les questions relatives aux trans (par exemple : en quoi cette loi va ou non affecter le changement d’état civil des trans ? ).

    Je vous mets en lien un texte important de Chloé Avrillon qui montre que la loi sur le mariage telle que présentée par le PS aura un impact négatif sur les trans déjà parents http://www.txy.fr/blog/2013/03/27/mariage-pour-tous-et-parents-trans-chloe-avrillon-lance-lalerte/

    Et pour une réflexion allant bien au-delà de la question du mariage, voici un autre texte de Lalla Kowska sur l’importance de penser les spécificités trans. http://www.annamedia.org/#!echappe-belle/cocm

    Donc voilà, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas intégrer les questions trans (en tant que trans moi-même je vois l’importance de ces questions), mais je pense qu’on peut parler conjointement des sexualités et des transidentités, tout en les séparant, ce que les termes LGBTI et TPGB ne font pas. Et en plus de ne pas le faire, ça entretient un flou.

    En tout cas merci pour ce texte !

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