Etre et se dire féministe

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La  Plénière d’introduction avait pour thème “Etre et se dire féministe”.  Elle se déroulait le samedi à 10h et nous étions une soixantaine à y  assister.

  • Présentation de Garçes et du Séminaire:

 La  présentation de la plénière visait à mettre en avant la pluralité des  profils existant au sein de Garçes. Hétéro, homo, queer, homme, femme, étudiantEs  de SciencesPo ou d’ailleurs, le collectif se veut inclusif pour toutes et tous.  Ensuite, un rapide rappel des conditions de naissance du collectif a permis a chacun de  mieux situer et comprendre l’action de Garçes, le collectif ayant émergé de la prise de conscience d’une division genrée de la parole lors des Assemblées Générales lors du mouvement des retraites d’Octobre 2010. Suite à cela, des étudiantEs ont en effet décidé de se réunir en cadre non-mixte pour évoquer cette autocensure et la dépasser : ces moments de partage dans un espace d’auto-émancipation et d’auto-formation sont des éléments inhérents au fonctionnement de Garçes.

La structure du Séminaire a ensuite été présentée, notamment l’articulation entre les plénières, qui se voulaient auto-formatrices et participatives et les ateliers (en plus petits groupes, d’une quinzaine de participants en moyenne).

Le but de ce week-end a été rappelé : son but n’était pas d’engager la conversation sur des théories ultra complexes du féminisme,  mais au contraire d’échanger autour d’expériences sur notre vécu et de réaliser que  nous ne sommes pas seulEs à subir au quotidien les formes de sexisme, ce partage d’expériences permettant notamment de réfléchir sur les réactions à mettre en place pour s’en protéger.

  • Rapide historique des mouvements féministes:

Pour  comprendre la vision du fait d’être féminisme au sein de la société, les animatrices de cette plénière ont eu recours à une expérience menée par des sociologues mettant en avant la nonvalorisation du féminisme. Ces chercheurs ont demandé à une population s’ils étaient d’accord avec  la phrase suivante “L’égalité des sexe est synonyme de progrès social”  puis leur a demandé s’ils s’accordaient sur le fait que “Etre féministe, c’est être pour l’égalité des sexes et c’est un progrès social”. Alors que les résultats « d’accord » étaient très nombreux concernant la  première phrase, on constate au contraire un résultat beaucoup plus mitigé pour la seconde, rappelant les préjugés existants autour des féministes.

Par ailleurs, a été abordée la pluralité du mouvement et des luttes féministes. En effet, il existe de multiples manières de construire son féminisme. Le féminisme n’est pas un phénomène figé et homogène mais, au contraire, le produit d’une histoire des luttes parfois diverses voire contradictoires. Par exemple, la dénonciation du système patriarcal est l’axe premier d’analyse des féministes européennes mais n’est pas l’unique angle d’attaque permettant la critique de la domination masculine. Il est essentiel de remettre ses mouvements en contexte : au 16ème siècle, les femmes étaient exclues de  l’espace public, on assiste alors à ce qu’on appelle “la première vague  de féminisme” avec l’exemple des suffragettes qui dénoncent la démocratie excluante vis à vis des femmes et c’est à partir de là que le féminisme devient synonyme d’une action collective. La seconde vague se matérialise avec le slogan “le privé est politique”, avec l’apparition du Mouvement de Libération des Femmes en France et de  la Women’s League au US. Elles mettent en évidence la nécessité de  tisser des liens de solidarité entre elles et s’accordent sur le fait  que leur oppression est le produit du système patriarcal, même si elles  appartiennent toutes à des organisations différentes et que de nombreux  courants de pensée féministes existent, notamment entre féminisme différentialiste et matérialiste. Enfin la troisième vague apparaît dans les années 90’s et exprime l’idée selon laquelle la construction du genre est sociale. Pour s’opposer à la norme du genre binaire, on assiste à l’apparition du mouvement Queer. Les modes  de militantismes sont variés: manifestations, groupe de conscience. Ces  multiplicités sont aussi parfois sources d’opposition entre certains  groupes: White and Black Feminism ou encore Muslim féminists. Il existe  donc un vivier de luttes féminismes et ces mouvements ne s’articulent pas forcément de façon harmonisés: millefeuille féministe?

La suite de la plénière était participative et répondait à deux interrogations:

Qu’est ce que ça nous apporte d’être féministe?

Et comment appréhendez le fait de se dire féministe?

Point  technique: Pour permettre à chacun-e-s de pouvoir s’exprimer le plus  librement possible, un tour de parole chronométré a été mis en place: à  chaque fois que quelqu’un souhaite parler, il ou elle lève la main et  sera appeléE à la fin de l’intervention pour s’exprimer: cela permet de  ne pas interrompre son ou sa interlocuteur/interlocutrice, de ne pas  monopoliser la parole. Les personnes qui n’auraient pas encore parler et  souhaitent le faire sont notées sur une seconde liste, elles seront  prioritaires pour parler.

  • Qu’est ce qu’être féministe nous apporte?
La  conversation avait pour but de mettre en avant les raisons qui  rendaient le fait d’être féministe enrichissant : comment en étions nous  arriver à nous déclarer féministes?
Pour la plupart d’entre nous, il y a au sein du féminisme un concept central: celui de la bienveillance.  C’est véritablement la création d’un espace de bien être où la  surconnaissance des théories féministes n’est pas valorisée. Au  contraire, c’est une plateforme de discussion, pour échanger son  ressenti sur le sexisme ordinaire, se donner des armes pour savoir comme  s’émanciper: notion essentielle d’EMPOWEREMENT.  Etre féministe à Garçes, c’est n’exclure personne pour que chaque  personne trouve ses marques au sein de l’espace de bienveillance, et puisse trouver de la force au quotidien.
C’est une façon d’appréhender  le monde à travers des lunettes d’analyse pour appréhender les multiples facettes de dominations qui apparaissent toutes liées mais  toutes différentes: concernant la religion ou le capitalisme par  exemple.
Néanmoins, c’est difficile d’être féministe car c’est un combat quotidien ou il faut gérer ses contradictions: être féminine selon la vision dominante de ce que doit être la femme, vouloir plaire à un certain public face à notre conviction de déconstruction des rôles.
  • Se dire féministe
Se dire féministe: expériences non valorisées et valorisantes:

La majorité des interventions soulignaient la difficulté d’assumer l’étiquette de féministe  de part les stigmates de la société sur ce mouvement (“moche,  agressive”). Ce sexisme ordinaire fait partie des phrases courantes  qu’on lance de manière décomplexée aux personnes féministes sans mesurer l’impact des mots. Il se retrouve même au sein des associations et  organisations progressistes engagées dans les luttes féministes. C’est un travail du quotidien. Difficile aussi car parfois l’étiquette féministe entraine l’effet inverse de ce qui est recherché. Ça clôt le débat.

Malgré cette difficulté, il est important d’assumer de se dire féministe  et d’accepter les assignations liées aux stéréotypes des féministes. On  perd du temps à échapper à ces stéréotypes même si c’est évident que  l’objet même du féminisme dérange: parce que c’est structurellement  remettre en cause les visions du monde; des univers masculins et  féminins. Oui il existe des féministes hystériques, lesbiennes et en  n’assignant pas ces termes à quelque chose de négatifs ou à des  stéréotypes on libère les personnes spectatrices et enfermées dans ce  rôle malgré elles mêmes.

Féminisme plutôt qu’anti sexisme:  en effet le sexisme est la partie la plus visible du féminisme mais au  sein de la notion du féminisme, il y a l’idée de déconstruction des  rôles genrés. Et parfois ce n’est pas forcément de la discrimination:  répartition et reproduction des rôles genrées malgré soi. C’est aussi ne pas se définir par la négative, et proposer un autre système (émancipateur et égalitaire) plutôt  que seulement critiquer celui existant (patriarcal). Par ailleurs la  formation même du mot revêt d’une connotation militante et engagée: revendiquer ce préfixe “fém” c’est  revendiquer quelque chose décrié par la société, et affirmer que ce que  la société perçoit comme la déviance, ce n’est pas de la déviance mais  au contraire un potentiel de transformation de la société.

Etre un homme et se dire féministe:  Pour certains c’est une démarche qui interpelle mais  qui est à séparer au sein et à l’extérieur des mouvements féministes.  En effet à l’intérieur de ce milieu, les hommes ont parfois l’impression  d’être questionnés sur leur engagement. Assumer son féminisme à  l’extérieur du cercle féministe est cependant plus facile pour un homme.  Être perçu socialement comme le sexe dominant tout en promouvant  l’égalité des sexes interpelle l’entourage. Pour autant, le genre  implique des rôles répartis qui empêchent certains hommes d’être pris au sérieux dans leur lutte car ne répondent pas à l’exigence d’hétéronormativité.

  • Tips de Garçes pour être et se dire féministe:

Il semble plus efficace stratégiquement d’étayer les argumentations qui font que nous sommes féministes  (je suis pour l’égalité salariale, pour que le corps de la femme ne  soit pas considéré comme un objet) plutôt que brandir directement le  drapeau féministe. En effet par exemple Garçes n’était pas très bien vu  au début, mais lorsqu’on parle de fond et d’actions, ou même de réunions non-mixtes qui peuvent apparaître comme plus clivantes, on réalise qu’il  n’y a pas fondamentalement de résistance à notre projet.

Autocritique nécessaire  lorsqu’on se définit comme féministe: “vous êtes sexistes mais moi  aussi je reproduis des formes de domination inconsciemment”, il ne faut  pas se positionner comme un donneur ou donneuse de leçon mais au contraire en parler comme une plateforme de réflexion pour atteindre l’égalité.

Au lieu de souligner les phrases sexistes prononcées, mettre en avant le caractère féministes  de certaines paroles “Mais ce que tu dis est bien féministe!”. Un  travail de pédagogie est essentiel pour affirmer qu’il n’est pas  nécessaire de mépriser le mouvement féministe et que le coeur de ce  projet n’est pas similaire à ces stéréotypes.

Le tour de parole est clôt.

  • La source et l’origine de ces stéréotypes:

Un  Powerpoint a été présenté autour de la question: “D’où viennent les  stéréotypes?”. Exemple de la représentation des femmes dans les salons  littéraires: “[…] les femmes qui écrivent ne sont plus des femmes. Ce  sont des hommes, — du moins de prétention, — et manqués ! Ce sont des  Bas-bleus.” Barbey d’Aurevilly, ou encore plus récemment, la robe de  Cécile Duflot qui traduit dans l’imaginaire, l’intériorisation de  modèles de pensée patriarcale.

Un  panneau final était proposé pour écrire son ressenti de la plénière ou  son opinion sur ce que signifiait être féministe et se dire féministe.
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