Compte-rendu de la réunion non-mixte sur les troubles du comportement alimentaire

Le 17 novembre a eu lieu une réunion non-mixte destinée aux individus se considérant ou assignés « femmes » à propos des troubles du comportement alimentaire (TCA). Elle a réuni 11 personnes dont une qui a transgressé le cadre de la non-mixité car ne se définissant pas par son genre. Une large majorité des personnes présentes a été atteinte/est atteinte de TCA, ou a déjà connu un rapport problématique à la nourriture.

 Le but de cette réunion partait du constat frappant que les hommes et les femmes étaient touchés de façon inégalitaire par ces troubles. L’approche des ces TCA ne se voulait ni psychologique, ni scientifique. Le but était, à partir du vécu, de politiser la question, face à ce biais du genre qui semblait frappant.

 Il n’y a pas eu de recours au chronométrage, ni au tour de parole. A été préférée la procédure du tour de table, qui a permis à chacun de s’exprimer.

I – Discussions

Une présentation des blogs pro-ana qui abordait également la loi visant à punir la promotion de la maigreur a permis d’introduire le débat. Cette introduction a soulevé les questions suivantes : ces blogs reflètent la communauté des personnes atteintes de TCA ? Font-ils la promotion des troubles du comportement alimentaire comme mode de vie ? Ou sont-ils une simple plateforme de soutien ? Les pro-ana sont-elles de simples victimes ou coupables de mauvaise influence ? L’existence de ces blogs ne soulève-t-elle pas la question des structures d’accompagnement existantes ?

Sans reprendre les débats, qui pourront faire l’objet d’articles sur le blog, les principaux sujets abordés étaient les suivants :

1) Les causes d’un symptôme : Part psychologique/responsabilité de la société ?

– Le rôle des magazines, des sites féminins et de leurs appels aux régimes, de la publicité et de la mode (hypersexualisation du corps féminin : on voit majoritairement des corps de femmes dans notre environnement visuel et non des corps d’homme, le corps féminin qui est représenté est toujours le même et presque irréel : c’est celui de « la femme-brindille » ; incitation des femmes à la discrétion,  idéal de l’effacement)

– Le poids des traumatismes (notamment des violences sexistes) dans la survenance de ces symptômes ainsi que du manque de confiance en soi / moyen de somatisation

= La part psychologique est importante concernant les troubles alimentaires mais la société offre un terreau clair et net (microcosmes, émulation entre les filles  qui n’arrêtent pas de se comparer). Par ailleurs, il y a une pression véhiculée par les hommes (notamment les compagnons) mais aussi  par les femmes elles-mêmes (phénomènes de compétition et de jalousie). L’importance de la pression familiale et sociale (les médecins, les profs de danse etc.) dans la déclaration de ces maladies (nombreuses réflexions dans l’enfance sur le poids) est très réelle également.

 2) Sociologie et géographie des TCA (hypothèses)

– Un phénomène genré ?  Aujourd’hui, seulement 5 à 10% de personnes concernées par des TCA sont des hommes.

Un phénomène en expansion ? Accroissement actuel des TCA de façon générale, et en particulier chez les enfants, les hommes et chez des femmes plus âgées. Pression grandissante sur le physique dans notre société ?

Un phénomène de classe ? Les TCA touchent majoritairement les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées (Une éthique de classe ? Injonction à la maitrise totale de soi, la réussite est corollaire du contrôle de son corps). Les classes populaires semblent moins touchées même si elles le sont de plus en plus (le corps comme outil en dernier recours de présentation de soi).

– Une pression sociale incarnée dans des lieux géographiques ?  Développement de ces troubles chez certaines personnes à Sciences Po, ou dans d’autres cadres angoissants ou anxiogènes où règne une injonction à la maîtrise et à la performance.  Les TCA  : plus importants à Paris ou dans des grandes villes ?

Un phénomène occidental ? Dans quelle mesure retrouve-t-on ces maladies ailleurs que dans les milieux occidentaux ?

3) Prévention et traitement

– Sujet tabou (même entre filles), source de honte (comment l’aborder, notamment avec des garçons ?)

–  Critique du discours médical : ex des régimes donnés à des jeunes filles. On fait de variations anodines des maladies (conséquences néfastes du contrôle médical et de la surmédicalisation : courbes de poids et de taille normatives) et de certains faits des traumatismes (par exemple, des filles minces sont déclarées anorexiques, des filles légèrement en surpoids au niveau de l’IMC sont dites « obèses », etc).

– Critique de l’incompétence de certains médecins et des centres de traitements des TCA (recours à la culpabilisation et aux antidépresseurs) = dressage, redressement, alors que pour guérir il faudrait des méthodes contraires à celles appliquées dans ces centres.

– Injonctions contradictoires : d’une part il y une surmédicalisation des corps, une injonction constante à vivre sainement, qui se traduit souvent par l’injonction à la minceur. D’autre part, publicité à outrance pour des produits gras et sucrés…

II – ACTIONS !

Plusieurs idées d’actions ont émergé de ces débats, à délibérer en AG :

–          Comme pour la campagne de reconnaissance des associations, faire des affiches avec les « perles », cette fois relatives aux remarques quotidiennes faites sur le corps, qui nous semblent constituer un véritable carcan, terreau fertile pour le développement des TCA.

–          Les TCA étant un tabou, une source de honte, écrire un Manifeste sur le modèle des 343 salopes dans le but de banaliser la question, s’opposer aux pressions exercées sur le corps des femmes, appeler à un autre traitement du sujet davantage politique. Se coordonner avec d’autres associations féministes afin de donner plus d’ampleur à la question, qui se situe directement dans la lignée du droit de disposer librement de son corps.

–          Faire une campagne d’affiches représentant des corps non normés pour protester contre les diktats esthétiques, notamment celui de la minceur

–          Organiser une AG « Corps & Genre » (comment intervient la question de l’homosexualité ou de notre identité de genre dans notre rapport au corps ?)

–          Travail à effectuer avec l’infirmière, qui a d’ailleurs contacté G .A.R.Ç.E.S récemment pour que l’on bosse ensemble

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous contacter (par mail ou par Facebook) si le sujet vous intéresse !

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2 réflexions au sujet de « Compte-rendu de la réunion non-mixte sur les troubles du comportement alimentaire »

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