Compte-rendu : réunion du 29 mars sur la socialisation genrée

Réunion mixte du 29 mars 2012, à 19h15 : 19 personnes présentes (femmes, hommes, autres) et environ un tiers des personnes présentes venaient à une réunion pour la première fois.

Thématique générale : la socialisation genrée pendant l’enfance

 Cerveau rose, cerveau bleu, de Lise Eliot (présentation par Sarah)

 Lise Eliot est neurobiologiste. À contre-courant d’un certain nombre d’études, l’auteure rappelle qu’il n’existe aucune différence majeure entre les cerveaux des garçons et ceux des filles. Les divergences –de l’ordre de la taille et du temps de maturation du cerveau – sont trop minimes pour être réellement significatives. La sexualisation – ainsi que les stéréotypes – apparaissent précocement, vers 2-3 ans (et non à la naissance) et seraient la conséquence de l’influence du modèle familial, de l’environnement culturel et des représentations auxquelles l’enfant s’identifie. Ces éléments acquis participent à la construction mentale et sociale de l’enfant et viennent renforcer progressivement les différences entre les garçons et les filles, par le biais de la plasticité du cerveau. Or le cerveau étant « plastique », il est possible de lutter contre ces « acquis » pour retrouver une vraie égalité et l’auteure préconise dès lors une éducation différenciée qui permettrait de rétablir l’équilibre, en soutenant de manière différente les filles et les garçons dans leur construction et développement.

 Le rapport Jouanno sur l’hypersexualisation des enfants (présentation par Laure)

 Le 5 mars 2012, Chantal Jouanno sénatrice membre de l’UMP remet à Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, un rapport qui s’inquiète de l’érotisation du corps des jeunes filles. Cette hypersexualisation s’exprime par le biais de plusieurs outils (vêtements moulants, accessoires, épilation, attitude, etc.) qui octroient une dimension sexuelle au corps de l’enfant. Ce culte de l’apparence et de son impact demeure très présent dans la presse à destination des femmes adultes. Or, le rapport interroge cette évolution et suppose qu’elle constitue une menace à la protection de l’enfant. Les conséquences de l’hypersexualisation seraient multiples tant auprès des jeunes filles (favorisation des troubles du comportement alimentaire, adhésion précoce aux stéréotypes sexistes) que des jeunes garçons (banalisation des clichés machistes). Le rapport met en cause des acteurs connus et dénoncés – à tort ou à raison – comme la presse, le monde de la mode, l’industrie du porno. Le rapport préconise plusieurs mesures comme l’interdiction des concours de beauté pour les jeunes filles de moins de 16 ans, l’adoption d’une « Charte de l’enfant » par les magazines, l’éducation à l’égalité des sexes à l’école ou encore le retour à l’uniforme.

 Les crèches suédoises (présentation par Stina)

 La Suède mène depuis de nombreuses années des politiques publiques volontaristes sur les questions de genre et d’orientation sexuelle (femmes, LGBT). Des mesures ambitieuses ont été adoptées dès 1994 dans les crèches du pays, afin de sensibiliser les enfants – et par extension leurs parents – aux inégalités hommes/femmes et aux discriminations de genre. L’utilisation d’un pronom neutre, la prise en compte systématique des différences de traitement entre les filles et les garçons ou encore la diversification des représentations (contes, jouets, etc.) sont certaines des mesures qui concourent à réduire l’impact de la socialisation genrée. Ces politiques ont été globalement suivies en Suède et ont participé à un changement des mentalités au sein de la jeune génération. Cela étant, de nombreux obstacles à l’égalité persistent (partage inégal des tâches ménagères, persistance des clichés de genre, surreprésentation féminine dans certains métiers, etc.).

Résumé du tour de table pendant lequel chaque personne a pu s’exprimer

 La prise en compte du genre dans l’éducation semble efficace à condition d’être généralisée

 Avant toute chose, il semble nécessaire d’évaluer les conséquences de ces mesures dans le champ des inégalités hommes/femmes, tout en interrogeant sa portée sur la construction identitaire de l’enfant. Manifestement, l’éducation prodiguée dans ces crèches – qui, rappelons-le, ne nient pas le sexe biologique – a eu un impact positif sur la socialisation genrée des enfants, notamment en déconstruisant les rôles sexués et en offrant des espaces d’expression plus larges et diversifiés aux jeunes filles. L’abandon de la socialisation genrée à l’école permettrait d’offrir un rôle valorisant aux filles – qui sont les premières touchées – tout en évitant de pérenniser un ordre hétérosexuel dominant. Par ailleurs les garçons, qui sont contraints d’assimiler des comportements sexistes et masculins en seraient également bénéficiaires. Pour les participant.e.s, ces initiatives – qui existent marginalement en France, notamment en Seine-Saint-Denis- sont salutaires mais ne seraient efficaces, qu’à condition qu’elles soient inscrites  dans la continuité. Une politique éducative dé-genrée, n’aurait ni pérennité, ni efficacité, si elle ne se déroulait pas dans la durée, tout au long de la vie scolaire de l’enfant, notamment à la puberté qui constitue un moment de polarisation (et d’opposition) extrême des sexes.

 Hypersexualisation : une réalité qui mérite des mesures plus adaptées que celle préconisées par le rapport Jouanno

 L’hypersexualisation est un phénomène reconnu récemment et il semble important pour les participant.e.s que le politique prenne acte de son émergence. Les conclusions du rapport rappelant l’importance de l’éducation sexuelle ont été unanimement saluées. Cependant, cette mesure semble difficile à appliquer, considérant que l’introduction de quelques paragraphes sur les questions dans les manuels scolaires ont crées à eux seuls une très vive polémique. Par ailleurs, l’interdiction des concours de beauté type « Mini-miss » – qui sont très marginaux en France – n’a pas été considérée comme efficace, tout comme le retour à l’uniforme, voire à la non-mixité dans les écoles. Dans tous les cas, le rapport ne va pas assez loin dans son analyse et risque de produire peu de résultats. Plusieurs personnes ont ainsi déploré la concentration du rapport sur les petites filles, sans parler des pressions/des normes de genre pesant sur les adultes (autant sur les femmes que les hommes, à travers les publicités par exemple). Ce n’est pas la loi qui permettrait de faire avancer la question des rapports de domination et de sexualisation hommes/femmes mais plutôt un contexte général (dont les conditions pourraient être réunies par l’intermédiaire de l’éducation dé-genrée par exemple).

 Le tour de table s’est conclu autour de la présentation par Laure du catalogue de la maison d’édition « Talents hauts » qui propose des livres féministes pour enfants. Leur site internet : http://www.talentshauts.fr/

2. Luttes de Garçes : manifestation de soutien à l’hôpital Tenon

 Ont été évoqués les modalités pratiques, ainsi qu’un rappel de l’histoire particulière de l’hôpital Tenon (qui possède un centre d’IVG en sursis depuis longtemps). L’association catholique  « S.O.S Tout-petits », opposé à l’avortement, manifeste régulièrement devant les hôpitaux afin d’obtenir la fermeture des centres d’IVG. Le collectif féministe G.A.R.Ç.E.S s’est engagé de longue date dans des contre-manifestations, afin de rappeler notre attachement au droit irréfragable pour les femmes que constitue la possibilité d’avorter.

3. Projets à venir 

 La réflexion sur la lutte contre les troubles du comportement alimentaire sera reprise et enrichie après un rendez-vous avec l’infirmière de Sciences Po, Christelle Welter, le 4 avril 2012. Et lancement prochain d’une campagne !

 Plusieurs questions restent en suspens :

–          Un séminaire de fin d’année devrait être organisé et est en cours d’élaboration. Si vous avez des idées ou souhaits particuliers, notamment d’ateliers, dites-le nous !

–          La question du char de la Marche des Fiertés n’a pas été réglée. Il a été évoqué la possibilité de le partager avec une autre association.

Merci à Aurélien pour son compte-rendu !

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