Socialisation genrée : pistes de réflexion, liens et vidéos

Préambule 

La socialisation est l’ « ensemble des processus par lesquels l’individu est construit -on dira aussi formé, modelé, façonné, fabriqué, conditionné- par la société globale et locale dans laquelle il vit »[1]. Mais, selon notre sexe, nous recevons une socialisation différente : au sein de notre famille, des lieux d’accueil de la petite enfance et de l’école, dans les médias, dans les catalogues de jouets pour enfants, les identités masculines et féminines sont sans cesse construites, modelées et façonnées. La socialisation transforme ainsi une différence biologique (le sexe) en une différence sociale (le genre).

Cette socialisation (plus ou moins subtile) ne se « manifeste pas forcément dans une vision caricaturale et déterministe des rôles masculins et féminins mais davantage dans une pression normative que les institutions et les différents acteurs et actrices font peser sur les enfants se construisant comme individus »[2]. Or, étant diffuse, la socialisation genrée est difficile à déconstruire : étudier la façon dont elle est mise en œuvre durant l’enfance peut donc apporter de nouvelles perspectives pour déconstruire le genre et pour nourrir notre féminisme.

Ce billet renvoie donc vers d’autres articles ou livres (résumés brièvement) et fournit quelques liens vers des articles de journaux ou des vidéos pour alimenter notre réflexion avant et après la réunion publique de jeudi 29 mars.

Cerveau bleu vs. cerveau rose

Il n’y pas de réelle opposition biologique entre cerveau bleu et cerveau rose

Nous avons tous en tête une liste de différences qui seraient « biologiquement programmées » entre hommes et femmes, comme par exemple « la femme est plus portée sur la verbalisation et la communication tandis que l’homme préfère l’action et la compétition », ou « la femme est orientée dans le temps alors que l’homme est orienté dans l’espace », etc.

Existe-t-il un cerveau bleu et un cerveau rose ? Existe-t-il des différences entre les cerveaux d’une petite fille et d’un petit garçon dès leur naissance ?

Une neurologue américaine, Lise Eliot, vient de publier un livre intitulé « Cerveau rose, cerveau bleu, les neurones ont-ils un sexe ? » dans lequel elle cherche à répondre à ces questions en se basant notamment sur les centaines d’études existant sur la question. Et sa conclusion est édifiante puisqu’elle démontre qu’à la naissance, les garçons et filles sont fondamentalement similaires, à l’exception de certains aspects mineurs[3]. Pas d’intuition féminine innée chez les filles, pas de sens de la compétition inné chez les garçons ! Ce qu’elle montre, en revanche, c’est que si les cerveaux sont particulièrement semblables (voire quasiment identiques), ils sont surtout très malléables et c’est justement suite à la socialisation genrée que les filles et les garçons vont se conformer aux constructions et archétypes sociaux et vont, par là même, transformer leur cerveau (au travers du processus de plasticité cérébrale[4]). Lise Eliot explique ainsi que « votre cerveau est ce que vous en faites. Toute activité à laquelle vous consacrez un minimum de temps renforce les circuits cérébraux mobilisés par celle-ci, au détriment de ceux inutilisés. Il serait donc très surprenant, vu les emplois du temps des garçons et des filles durant leur croissance, que les cerveaux ne finissent pas par fonctionner différemment ». Enfin, la neurologue appelle à se servir du fait que le cerveau est malléable « pour réduire certains écarts existant encore entre garçons et filles » car « le cerveau humain est un organe stupéfiant, et aucune de ses remarquables facultés n’est l’apanage d’un sexe ou de l’autre ». Raison de plus pour déconstruire les archétypes sociaux, défaire les préjugés et viser l’égalité…

– Deux articles sur les rapports entre genre et science, notamment sur le livre de Lise Eliot.
– Le sommaire du Sciences et Avenir consacré au genre
– Un article de Sciences Humaines faisant référence au livre de Lise Eliott et se demandant si les neurones ont un sexe…
– Le site de Lise Eliot et une présentation de son livre par son éditeur français

Repérer, lutter contre et modifier les mécanismes de construction genrée s’opérant à l’école, en famille, à la crèche…

« Et si on enseignait l’égalité hommes-femmes à la crèche ? » : un article de Rue 89 qui évoque deux exemples de crèches françaises qui cherchent, par une évolution des pratiques, à « permettre aux enfants de dépasser les assignations de genre ».

 L’exemple de la Suède, où les questions du genre et de l’égalité femmes-hommes sont prises en compte dès la crèche et la maternelle : un article de Libération (Fille ou garçon, même pronom) et un article du site officiel de la Suède (L’égalité commence à la maternelle).

Pour aller loin sur le sujet :

3 articles tirés d’un numéro de Cahiers du genre sur le thème « L’enfance, laboratoire du genre » : « Indicible mais omniprésent : le genre dans les lieux d’accueil de la petite enfance », par Geneviève Cresson /« La mise en scène de la différence des sexes dans les jouets et leurs espaces de commercialisation », par Mona Zegaï / « La socialisation culturelle sexuée des enfants au sein de la famille » par Sylvie Octobre

Quelques vidéos :

Extraits de « La domination masculine » et d’ « Un oeil sur la planète-Suède »
Court-métrage russe et sympathique sur le genre

Hypersexualisation des petites filles

Le récent rapport Jouanno s’inquiète de l’hypersexualisation des enfants,  notamment chez les petites filles, et qui consiste en « la sexualisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires, jugés trop précoces ». Pour répondre à ce « phénomène de plus en plus présent », plusieurs préconisations sont avancées : adoption d’une charte de l’enfant, interdiction de la promotion d’images sexualisées d’enfants, suppression des concours de mini-miss notés uniquement sur le physique, etc.

L’hypersexualisation est une une manifestation claire d’une pression normative et progressive pesant de plus en plus tôt sur les enfants, et particulièrement les petites filles. Que penser du rapport Jouanno et de ses propositions ? Comment répondre à ce phénomène ? L’une des préconisations étant le retour à l’uniforme, faut-il s’inquiéter d’une possible instrumentalisation du sujet par une partie de la classe politique française ?

Pour aller plus loin sur le sujet :

2 articles du Monde (1 et 2) et un point par France Télévisions sur « l’uniforme à l’école, un indémodable de la droite »

Transgresser le genre : l’exemple de la littérature jeunesse

Comment agir ? La littérature jeunesse est l’un des moyens pour combattre les préjugés et les stéréotypes genrés ainsi que pour transgresser le genre. Rappelez-vous de Mulan ou de Fifi Brindacier, transgressant les clichés par leur force physique, leur courage et leur malice…

–   « Fifi Brindacier : rebelle suédoise et modèle féministe », par Tiina Meri

–     « L’héritage de Fifi Brindacier en Suède », par Eva Söderberg

 

Aujourd’hui, être militant(e) féministe, c’est aussi soutenir les éditions publiant des livres qui transgressent les stéréotypes, comme « Inès la piratesse », « La princesse qui n’aimait pas les princes », « La catcheuse et le danseur ». Et c’est les soutenir en achetant leurs livres (et le must du must du militantisme, c’est de les acheter dans une librairie féministe telle que Violette and co !).

Pour aller plus loin :

Un article sur les éditions « Talents Hauts » qui déconstruisent les stéréotypes sexuels et leur site.

 


[1] Muriel Darmon, «La socialisation», col 128, Armand Colin 2ème édition 2010, page 6.

[2] Sylvie Cromer et al. « L’enfance, laboratoire du genre », Cahiers du Genre 2/2010 (n° 49), p. 5-14. URL : www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2010-2-page-5.htm.

[3] “La science a peu de preuves sérieuses qu’il existe des différences”

[4] “Calling on years of exhaustive research and her own work in the field of neuroplasticity, Eliot argues that infant brains are so malleable that small differences at birth become amplified over time, as parents, teachers, peers—and the culture at large—unwittingly reinforce gender stereotypes” (http://www.liseeliot.com/pink-brain-blue-brain)

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