Violences de couple : du coup de cœur aux coups de poing

Fortement déterminées par la socialisation de genre dans les sociétés hétérosexistes occidentales, les violences de couple sont, dans la grande majorité des cas (98% des cas déclarés, selon Marie-France Hirigoyen[1]) exercées par un homme sur une femme dans un couple hétéro. Ce n’est pour autant pas la seule configuration possible. Ce type de violence se présente également dans des couples gays et lesbiens, ou peut être le fait d’une femme sur son compagnon.

Les médias abordent généralement cette problématique sous l’angle sensationnaliste de la       « femme battue » ou du « crime passionnel », traitant la violence physique comme un phénomène isolé, contribuant ainsi à renforcer les préjugés pathologisants et la stigmatisation, tant des auteur-e-s que des victimes. Or, la violence physique s’inscrit en réalité sur un continuum de violences répétées instaurant un processus de domination et d’emprise dont elle ne constitue que l’aboutissement.

Les études statistiques portant sur les violences conjugales se multiplient depuis quelques années, produisant des données parfois contradictoires. Il faut souligner que la grande majorité d’entre elles ne prennent en compte que la dimension physique des violences de couple. Dans un souci de clarté, nous ne présenterons pas ici une liste exhaustive de ces études. Toutefois une synthèse de plusieurs d’entre elles est accessible sur le site de SOS Femmes Accueil. Selon une étude menée par l’Organisation Mondiale de la Santé de 2000 à 2003 dans dix pays, la prévalence de la violence conjugale varie entre 15 et 70% des femmes interrogées. 1 femme sur 5 interrogées dans le cadre d’une enquête de l’Eurobaromètre de 1999 a été victime de la violence de son compagnon au moins une fois dans sa vie. L’enquête ENVEFF menée en France en 1999 établit quant à elle qu’1 femme sur 10 serait victime de violences conjugales, sans que l’on puisse déterminer la primauté d’une catégorie sociale sur les autres. En revanche, le rapport Henrion de 2001 mettait en exergue une force proportion de cadres, de professionnels de la santé et de membres des forces de l’ordre parmi les auteurs de violences conjugales. L’Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple, menée en 2010 par la Délégation aux victimes du Ministère de l’Intérieur, dénombre pour l’année considérée 174 homicides conjugaux, dont 83,91% des victimes étaient des femmes. Il ressort de cette étude qu’en moyenne une femme est assassinée tous les 2,5 jours par son compagnon ou ex-compagnon, tandis qu’un homme décède tous les 13 jours des mêmes causes.

I) Les facteurs structurels

La socialisation de genre, différenciée et différenciante en fonction du sexe biologique, s’inscrit dans les corps et les représentations, conduisant à la production de normes, valeurs et pratiques féminines et masculines que tout semble opposer. Ainsi, les jeunes garçons sont encouragés à la pratique d’activités qui les préparent à occuper une position de dominant, leur affectivité est réprimée et leur agressivité, aussi bien physique que sexuelle, est naturalisée. Les femmes sont quant à elles éduquées dans la valorisation de l’empathie, du « care », de la conciliation et de l’abnégation, qualités requises pour être à la fois une bonne épouse et une bonne mère. Les comportements passifs et résignés sont naturalisés, y compris dans les rapports sexuels, en parfaite symétrie avec la virilité masculine.

Par des mises en garde répétées, la société instille la peur des hommes chez les filles, tout en leur ressassant un idéal de bonheur conjugal qui les incite à attendre le prince charmant. Ainsi, cette recherche de protection extérieure tend à créer une dépendance affective des femmes envers leur conjoint, les prédisposant au sacrifice dans le but de « sauver le couple », institution sans laquelle elles seraient à la fois vulnérables et incomplètes. Par ailleurs, la responsabilité de la réussite du couple et plus généralement de l’harmonie du foyer incombe encore principalement aux femmes, ce qui peut favoriser le sentiment de culpabilité et d’échec personnel en cas de conflit avec le conjoint.

L’habitus de genre décrit succinctement ci-dessus trouve le fondement de sa production et de sa reproduction dans sa naturalisation. Cette division sexuée du monde social agit comme un cadre des interactions interpersonnelles qui peut, selon les spécificités des trajectoires individuelles, expliquer l’occurrence de la violence dans le couple hétéronormé.

II) La spécificité des trajectoires personnelles

De nombreuses enquêtes, dont l’enquête ENVEFF (selon laquelle la propension de femmes ayant souffert de violences conjugales au cours des douze derniers mois était quatre fois plus élevée chez celles ayant subi des sévices dans leur enfance) établissent un lien entre la violence de couple et les traumatismes de l’enfance. Avoir grandi dans un contexte de violences conjugales ou avoir souffert de violences parentales augmente la probabilité de devenir un conjoint violent pour les garçons et d’être victime de violences de couple pour les filles.

En effet, la reproduction inconsciente de schémas familiaux violents, la faible estime de soi et l’amalgame entre amour et maltraitance qui en découlent souvent sont des facteurs qui constituent un terreau favorable à l’émergence de la violence de couple.

 III) Le continuum de la violence

La violence de couple s’inscrit dans un continuum alliant les facteurs structurels aux fragilités personnelles, ainsi que des interactions fondées sur une forme de domination au sein du couple. La violence physique est toujours l’aboutissement d’un processus d’asymétrie relationnelle, d’emprise de l’un des conjoints sur l’autre. La violence peut prendre différentes formes, diffuses et généralement pas identifiées comme telles, qui s’accumulent dans une logique crescendo. Ces éléments pris séparément ne constituent donc en rien des indices de violences conjugales, c’est la combinaison de plusieurs de ces manifestations qui caractérisent une situation d’emprise. Il faut en outre préciser que l’emprise ne débouche pas nécessairement sur la violence physique et peut se maintenir au niveau de la violence psychologique indéfiniment, ce qui ne la rend pas moins destructrice pour autant.

Violence symbolique et psychologique 

Cette forme de violence est difficile à décerner car elle s’instaure dans tous les espaces de l’interaction quotidienne et paraît donc « normale ». On peut citer notamment :

– la répartition complètement asymétrique des tâches domestiques, avec des activités peu valorisantes attribuées automatiquement à la femme telle que la vaisselle, le ménage, etc.

– les propos et les blagues sexistes continus, qui contribuent à miner l’estime de soi tout en naturalisant l’inégal rapport de pouvoir

– les critiques répétées et le dénigrement (du travail effectué, des centres d’intérêts, des opinions…)

– les injonctions contradictoires, surtout sur le physique, telles que la femme doit être « belle », « ne pas se laisser aller » mais devient une « salope » qui ne mérite pas le respect si elle répond à cette injonction

– l’indifférence aux ressentis et aux demandes affectives, le manque d’attention et de considération dans les interactions et discussions

– les humiliations publiques

– les insultes et les cris, qui contribuent à constituer un environnement violent

– les intimidations, les menaces et les violences périphériques (taper contre le mur, jeter des objets…)

– l’isolement et l’enfermement de la femme dans son couple. Désocialisée de ses réseaux d’ami-e-s ou de sa famille elle n’a plus personne vers qui se tourner, le conjoint devient d’autant plus central dans sa vie et la sortie du couple d’autant plus difficile. 

Violence économique :

– les pressions pour faire renoncer aux études ou au travail, mettant ainsi la femme en situation de totale dépendance et la rendant incapable de se créer une alternative

– l’infantilisation de la femme, qui consiste à nier sa capacité d’autonomie, notamment parce que son salaire serait trop insignifiant, qu’elle ne serait pas capable de tenir les comptes ou de remplir une déclaration d’impôts, un dossier d’allocations etc.

– la mise en place d’un compte commun et d’un contrôle des dépenses

Il s’agit donc d’une mise sous tutelle progressive de la conjointe, qui instaure une véritable dépendance économique renforçant la dépendance affective.

Violence sexuelle :

– l’indifférence aux désirs de la partenaire

– l’imposition de certaines pratiques sexuelles parfois vécues comme dégradantes

– le rapport sexuel forcé, autrement dit le viol conjugal

Ces violences ne sont que très rarement identifiées comme telles du fait de la socialisation de genre qui tend à établir la sexualité masculine comme un droit, voire un dû, tandis qu’il s’agirait d’un devoir pour la femme.

 

Violence physique

Chaque cas est différent, mais la violence physique est toujours l’aboutissement d’interactions asymétriques continues qui ne sont pas perçues comme violentes par les protagonistes et établissent un processus d’emprise de l’un des conjoints sur l’autre. Ce qui sépare les violences décrites précédemment de la violence physique n’est donc pas une différence de nature mais de degré, dans la mesure où il s’agit d’un processus continu, cumulatif et crescendo. L’emprise peut être résumée par les éléments suivants : destruction de l’auto-estime, menant à l’insécurité affective, possessivité du conjoint sur sa partenaire menant à son isolement et à son enfermement dans le couple, et enfin peur du conjoint violent, le tout débouchant sur la crainte de s’aventurer en dehors de ce couple qui apparaît alors comme la seule possibilité (économique, sociale et affective).

 

IV) La spirale de la violence : cercle vicieux et facteurs d’intensification

Dès lors, s’instaure un cercle vicieux caractérisé par les étapes suivantes :

–       la montée des tensions

–       l’explosion de la violence

–       la réconciliation associée à une culpabilité du conjoint sous emprise

Ainsi, la violence s’instaure de façon d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est pas permanente et qu’elle est suivie d’une réconciliation vécue comme une preuve de la force du lien qui unit les conjoints.

Certains évènements de la vie du couple sont propices à l’intensification de la violence :

– Emménagement du couple ensemble

– Grossesse/ Naissance (en particulier du premier enfant) : parfois continuité entre les violences conjugales et les violences parentales

– Rupture : harcèlement moral voire meurtre de l’ex-conjoint dans une logique de destruction de son altérité (selon l’étude menée par la Délégation aux victimes du Ministère de l’Intérieur en 2007, la séparation est le mobile principal du passage à l’acte dans 35% des cas d’homicides conjugaux)

La violence conjugale se caractérise donc par une évolution en spirale, dans laquelle certains facteurs peuvent provoquer un phénomène d’intensification tout en maintenant la permanence du cycle tensions – conflit – réconciliation. Il faut toutefois signaler que, passé un certain niveau d’emprise, l’étape de la réconciliation peut s’effacer au profit d’une indifférence méprisante voire d’une culpabilisation ouverte.

V) La violence dans les couples gays et lesbiens

Bien qu’invisibilisée, la violence dans les couples gays et lesbiens n’en est pas moins une réalité. De même, la violence dans un couple hétérosexuel peut être exercée par la femme sur son conjoint. Dans tous les cas, le processus est le même : il s’agit d’une relation profondément asymétrique dans laquelle l’un des conjoints exerce sur l’autre une emprise qui croît avec l’intensité des violences.

Il faut tout d’abord signaler la tendance à la reproduction des schémas relationnels hétéronormés dans les couples gays et lesbiens : le mythe de la division des rôles en actif et passif a en effet la peau dure et peut contribuer à instituer l’asymétrie des rapports au fondement de la relation. En outre, le contexte de discrimination sociale et juridique auquel se heurtent les homosexuels vient s’ajouter à toutes les difficultés qui s’imposent aux victimes. En effet, le soutien de l’entourage peut leur faire plus facilement défaut (ruptures familiales, préjugés homophobes dans les groupes de pairs voire chez les ami-e-s…) et les préjugés sexistes et homophobes (tendance à penser les femmes comme essentiellement non-violentes, absence de prise au sérieux de l’amour gay et lesbien…) ainsi que la méconnaissance des mécanismes d’emprise (tendance à penser la victime comme consentante lorsque celle-ci n’est pas en situation d’infériorité de force physique, conception d’autant plus stigmatisante lorsqu’il s’agit d’un homme du fait de la naturalisation de la virilité) peuvent renforcer la culpabilité et l’isolement de la victime. Pour les gays et lesbiennes victimes de violence de couple, porter plainte et obtenir une sentence d’éloignement relève donc du parcours du combattant.

 

VI) Pourquoi les victimes de violences conjugales ne partent-elles pas ?

La socialisation de genre associée à des fragilités personnelles peut constituer un terreau favorable à l’émergence des violences de couple, qui s’inscrivent dans une logique de continuité et d’accumulation de violences plus ou moins diffuses et généralement pas identifiées comme telles. En effet, l’agressivité masculine comme la passivité et la résignation féminine tendent à être naturalisées, tandis que la jalousie voire l’ingérence sont souvent interprétées comme des manifestations d’amour.

D’autre part, l’insécurité affective et la peur d’être seul-e sont renforcées par la destruction de l’estime de soi et du tissu social de la personne sous emprise, ce qui génère une dépendance affective au conjoint violent qui peut aller jusqu’à une situation analogue au syndrome de Stockholm. Par ailleurs, le cercle vicieux de la violence qui s’établit dans la relation peut aller jusqu’à créer une dépendance neurobiologique du même ordre que les addictions provoquées par les substances psychotropes : en effet, le moment de la réconciliation est associé à la sécrétion d’hormones telles que l’endorphine ou la sérotonine, générant une sensation de bien-être. Les tensions et la violence seront dès lors d’autant mieux tolérées qu’un mécanisme de conditionnement inconscient les associera à un état de bien-être subséquent.

D’autres mécanismes tels que la dissociation mentale et l’inversion de la culpabilité peuvent contribuer à miner la capacité de résistance de la victime et déterminer la reproduction de la violence. En effet, la socialisation féminine prédispose à la logique d’abnégation, de conciliation et de résignation dans le couple, ce qui constitue un terreau favorable au sentiment de culpabilité de la femme après les épisodes violents. En outre, le conjoint violent aura souvent tendance à se victimiser (et ce, de façon souvent inconsciente) à la suite de ses dérapages, en mettant en avant ses fragilités affectives, la force de ses sentiments amoureux et sa peur de l’abandon, arguments auxquels la femme aura donc tendance à être d’autant plus réceptive qu’elle se sentira responsable du malheur de son conjoint.

Lorsque la violence outrepasse le seuil de tolérance de la victime, il peut se produire une déconnexion entre le néocortex et le cerveau reptilien. Il s’agit d’un mécanisme de défense psychologique appelé « dissociation mentale » qui correspond à une modification de l’état de conscience altérant la perception du réel et le processus de mémorisation, induisant ainsi une grande vulnérabilité à la suggestion voire à la manipulation. Enfin, les agressions répétées peuvent être à l’origine de troubles anxieux tels que le stress post-traumatique, les terreurs nocturnes ou encore la dépression pouvant aboutir au suicide.

Contrairement aux idées reçues selon lesquelles la volonté de partir devrait être positivement corrélée à l’intensité des violences, on constate donc que plus la maltraitance est grave plus il est difficile pour la victime de mettre un terme à la relation dans laquelle elle est empêtrée. Par ailleurs, le cadre juridique actuel et les préjugés qui subsistent ne permettent pas une protection efficace des victimes qui parviennent – généralement au terme d’un long processus entrecoupé de retours en arrière – à rompre l’emprise et à s’enfuir, les exposant à un réel danger d’homicide dans les cas les plus graves (le conjoint est alors généralement atteint de troubles psychiatriques ou sous l’emprise de psychotropes).

Faute de volonté politique et malgré un féminisme de façade habilement mis en scène (les violences faites aux femmes ont ainsi été proclamées Grande Cause Nationale en 2010), la France ne s’est toujours pas dotée d’outils juridiques suffisants et adaptés pour faire face à ces violences. La loi de juillet 2010, obtenue après quatre années de lutte parlementaire acharnée, ne permet que de faibles avancées. Elle reste soupçonneuse à l’encontre des femmes victimes dans sa tonalité d’ensemble. La définition du harcèlement sexuel le montre bien. En France, on le définit comme : « le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle ». Or l’UE définit le harcèlement sexuel ainsi: « un comportement non désiré à connotation sexuel ». Cette définition est beaucoup plus large que la première. Il était prévu que la loi entérine l’adoption de la définition du harcèlement sexuel de l’UE mais ce ne fut pas le cas.

Par ailleurs, concernant les violences psychologiques c’est du bout des lèvres que la loi les reconnaît.  Elle minimise ou tait les paroles comme violences psychologique faites aux femmes.

Le manque de formation des forces de l’ordre est aussi à mettre en cause dans l’inefficacité des dispositifs de lutte contre les violences faites aux femmes. Celles-ci se confie donc rarement à la police, parmi les femmes victimes de violences sexuelles seules 8% portent plainte ou dépose une main courante. Elles sont 12% à le faire dans le cas de violences physiques.

Enfin, le nerf de la guerre reste l’argent. La crise est bien sûr un bon prétexte pour ne pas financer la mise en place de la loi de juillet 2010. Celle-ci n’est donc pas appliquée. De plus, les récentes menaces de coupes budgétaires pour les associations qui s’occupent des violences faites aux femmes et de l’accueil des victimes annoncent une régression dans la lutte contre ces violences.

Il semble donc impératif de modifier le cadre juridique et de mettre en place un système efficace de protection et d’accompagnement des victimes ainsi que de prise en charge des auteurs. Ces actions en aval sont nécessaires mais pas suffisantes, dans la mesure où le phénomène des violences de couple s’inscrit dans un ensemble de structures sociales et d’interactions spécifiques. « Le privé est politique »[2] : si nous voulons éradiquer les rapports hétérosexistes qui sous-tendent notre système social, il nous faut intervenir simultanément aux niveaux macro et microsociaux. Il faut donc à la fois promouvoir une éducation antisexiste permettant une refonte des rapports sociaux de sexe et lancer des campagnes de sensibilisation sur la question spécifique des violences de couple. Ce n’est qu’en comprenant l’engrenage de l’emprise que l’on parviendra à en détecter suffisamment tôt les mécanismes dans nos relations ou dans celles de notre entourage et que nous aurons la capacité d’agir dessus.

Référence :

[1] HIRIGOYEN Marie-France, Femmes sous emprise – Les ressorts de la violence dans le couple, Oh ! Editions, Paris, 2005

[1] Slogan féministe des années 70


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