Compte-rendu final des réunions non-mixtes

Cette réunion fait suite à une série de réunions non-mixtes organisées à partir de la mailing list du comité de mobilisation de Sciences Po. Ces réunions étaient donc inter-organisationnelles, et le compte rendu qui va suivre a été approuvé par toutes, quelle que soit l’appartenance ou la non-appartenance politique et/ou syndicale de chacune.

Cette réunion a pour but d’interroger la question des rapports de genre en milieu militant, et d’y réfléchir ensemble, de façon mixte et inter-organisationnelle, étant entendu que la question dépasse largement les appartenances politiques et/ou syndicales. Au cours des réunions non-mixtes, plusieurs constats ont été faits quant au rapport homme/femme au sein du cadre militant de Sciences po. Evidemment, les points qui vont être abordés ne sont pas le reflet de sentiments propres éprouvés par telle ou telle militante : il n’y a ici aucun problème personnel, mais un problème collectif, et politique. Il s’agit là d’une situation politique, et c’est pourquoi nous tenons à ce que le débat soit, dans une telle perspective, dépersonnalisé. Il ne s’agit non plus ni d’accuser unanimement les hommes, ni de déresponsabiliser absolument les femmes : le but est bien de faire un état des lieux de la situation, et d’en discuter tou-te-s ensemble afin de tenter de l’améliorer, par un effort commun.

Les constats :

La différence dans la prise de parole en AG ou au sein des organisations militantes

–          une différence importante apparaît dans le temps de parole, les hommes parlant de manière générale plus et plus souvent que les femmes. A ce titre, le biais de l’âge semble aussi entrer en compte, créant une double difficulté pour les filles plus jeunes, quand les garçons du même âge semblent moins hésiter à prendre la parole, malgré leur âge.

–          Lorsque les filles parviennent à prendre la parole, on remarque un manque de respect de leur parole (bruits, discussions parallèle, coupage intempestif de parole, etc.), plus marqué dans l’ensemble qu’en ce qui concerne les interventions masculines.

–          Les interventions des militant ont parfois tendance à survaloriser les références savantes au détriment de propos simples – et simple ne veut pas dire sans intérêt – ou des expériences personnelles, et à rendre inaccessible le débat aux moins formé-e-s.

–          Les militantes non affiliées cumulent les difficultés présentées jusqu’ici avec le sentiment d’un manque de légitimité en ce qu’elles n’appartiennent à aucune organisation. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir, puisque prendre la parole face à une assemblée rôdée à la rhétorique militante est plus difficile en tant que fille (cf. problèmes évoqués ci-dessus).

L’organisation et la hiérarchie au sein de chaque organisation, officielle pour certaines, officieuse pour d’autres

–          Les critères de sélection de cadres et les qualités mises en avant sont souvent « masculines » (souligner les guillemets) – ou pensées comme telles –, ou font appel à des ressorts de type viriliste dans les comportements (prise de parole, charisme, assurance, « carrure » pour la fonction…).

En cela, il n’est pas question de prôner une politique « féminine »  – aucune d’entre nous ne souhaite évidemment tomber dans le travers essentialiste – mais seulement de souligner la différence genrée qui existe bel et bien quant à la répartition des qualités militantes, et que celle-ci disqualifie celles attribuées aux filles.

–          La concurrence pour la prise de pouvoir, quand il y a lieu, exclut souvent les militantes qui ont plus de mal à se mettre en avant et sont plus inhibées que les militants : phénomène d’autocensure dans la course aux responsabilités.

–          Lorsque les rapports hiérarchiques se combinent aux rapports de genre, les femmes peuvent souffrir d’une double – voire triple, lorsque l’âge et l’ancienneté militante entrent en compte ­– domination symbolique. A l’inverse, lorsqu’elles occupent des fonctions plus élevées dans la hiérarchie, les militantes auront tendance à se mettre en retrait, ou à se laisser marcher dessus par les personnes « en dessous » d’elles.

–          Si les deux points précédents concernent les cadres d’organisation hiérarchique, le constat de la répartition genrée des tâches intervient également en cadre plus « autogéré », quand elle ne correspond pas à des positions hiérarchiques au sein de l’organisation.

–          Pour résumer : double contradiction à laquelle doivent faire face les filles : soit, si elles agissent de façon autoritaire, elles perdent de leur « féminité », et on assimile leur comportement à un comportement masculin ; soit, si elles ont tendance à s’effacer, elles se voient reprocher de ne pas assurer, et de ne pas assumer leur rôle.

La répartition des tâches militantes

Une forte division existe souvent entre les tâches de réflexion et les tâches d’exécution, division qui se perpétue malgré les fonctions et les postes que les un-e-s et les autres occupent :

–          Les filles font souvent les tâches organisationnelles par opposition aux tâches politiques plus prestigieuses.

–          De même, par un ressort essentialiste, étant d’emblée pensées comme plus diplomates, plus gentilles, plus douces, elles se retrouvent à gérer les relations avec l’extérieur et la communication de l’organisation (Facebook, liens avec les autres organisations, gestion des rdv, etc.)

Une considération inégale

–          Les militantes sont très souvent moins valorisées, y compris par les autres militantes, que les militants. Elles sont rarement décrites comme « brillantes », le soupçon de l’incompétence ou de l’incapacité plane toujours sur elles, et elles ont beaucoup moins confiance en leurs capacités que les hommes.

–          Leurs tâches sont « naturalisées » : elles savent mieux gérer un planning, mieux s’organiser, mieux s’occuper de rappeler les contacts, etc… En conséquence, elles sont moins reconnues que les militanTs qui ont souvent tendance à être immédiatement valorisés au moindre effort ou à la moindre tâche exécutée. Ceux-ci ont également tendance à se mettre plus en avant, et à bien insister sur leurs réalisations, alors que les accomplissements des militantes sont vus comme collectifs.

–          Les militantes se plaignent également d’inquiétudes déplacées sur leur vie privée et leur santé. Elles reçoivent régulièrement des « ça va ? », condescendants malgré la « bonne intention », les renvoyant à leur fragilité naturelle, alors que les militants seraient, eux, infaillibles.

–          L’image de fragilité des filles perdure, par opposition à la compétence et à la force des garçons.

–          La tendance est enfin à l’enfermement des filles dans l’émotionnel et dans la compassion. Les événements de leur vie privée sont présentés automatiquement comme affectant leur capacité à militer, tandis que les hommes sont au-dessus de toute émotion et de tout sentiment.

La répartition au sein des différentes orgas militantes

–          Constat alarmant de la très faible représentation féminine dans les partis politiques en général. Les filles se dirigeraient en effet plus vers l’associatif ou le syndicalisme, et laisseraient l’activité politique à proprement parler à l’hégémonie masculine. Cette question cristallise surement en son sein le problème global du rapport de genre en milieu militant (essentialisation, auto-censure, intériorisation de la domination…), et il est donc important d’en être chacu-n-e conscient-e.

En cela, changer nos pratiques dans le cadre militant (et donc l’image renvoyée) pourrait peut-être également favoriser une meilleure mixité au sein même des organisations politiques, et une répartition plus équilibrée, et moins genrée, entre l’associatif, le syndicalisme et le politique.

Les solutions potentielles :

Débats pacifiés

–          respecter le tour de parole et le rôle du « modérateur »

–          respecter le chronométrage (qu’il s’agit de mettre en place de manière effective)

–          respecter la parole des autres et imposer le silence quelque soit la personne qui parle

Débats repensés

–          rappeler de la raison de l’intervention pour l’inscrire dans le débat ou la discussion qui a lieu

–          expliciter des références savantes s’il y en a

–          faire preuve d’esprit de synthèse et d’innovation dans le discours au lieu de répéter une ligne ou une posture

–          se montrer ouvert aux idées, dépasser l’esprit « je m’impose »  pour le substituer au « nous dialoguons »

Valoriser d’autres compétences que celle de savoir parler

–          le sérieux, l’efficacité, qui sont des qualités non immédiatement « visibles » comme celle de savoir parler

–          favoriser et valoriser le travail de fond de rédaction des tracts

–          récompenser la présence militante sur le terrain plus que l’occupation de l’espace sonore lors de réunions

Améliorer le fonctionnement et la réflexion interne

–          Systématiser les formations féministes dans les organisations et transversaliser la question pour l’avoir toujours en tête à chaque campagne ou thème abordé

–          Favoriser le travail en binôme ou en groupes paritaires : pour rédiger un tract par exemple

Avoir une direction ou une structure de décision paritaire. De même pour la représentation éventuelle sur les listes électorales.

Annoncer en fin de débat l’envie de création d’un collectif « féministe » (nom à discuter) pour ceux que ça intéresse éventuellement.

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