Les féministes doivent se mobiliser pour la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie

Le 17 mai, c’est la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie (IDAHO : International Day Against HOmophobia) ! Créée en 2005 à l’initiative de Louis-Georges Tin, cette journée promeut les actions de sensibilisation et de prévention contre toutes les formes de mépris, de rejet, de haine et de discrimination liées à l’orientation sexuelle et affective : biphobie, homophobie, lesbophobie, transphobie.

Pourquoi est-ce que les féministes doivent se mobiliser pour la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie ?

Parce que la France n’est toujours pas un paradis LGBT. Il a fallu attendre 1982 pour que l’homosexualité y soit dépénalisée, grâce à la proposition de loi de Robert Badinter. Et ce n’est qu’en mai 2009 que la transsexualité a été retirée de la liste des affections psychiatriques. Aujourd’hui encore, nombreuses sont les discriminations qui subsistent. Le mariage pour  tous, l’adoption par un couple de même sexe, l’ouverture de la PMA pour tous les couples, la possibilité de changer de sexe à l’état civil sans avoir à subir d’opération…sont autant de revendications que nous devons porter pour aboutir à l’égalité et à la fin de toute discrimination envers les personnes LGBTQI.

 

Parce qu’au-delà de ces discriminations institutionnelles, les LGBT-phobies sont avant tout une violence latente, quotidienne et de proximité.  Difficiles à prouver, elles restent dures à combattre. Selon le rapport de SOS Homophobie de 2012 (qui recense plus de 1550 témoignages), les LGBT-phobies se retrouvent particulièrement dans trois contextes : la famille, le travail et le voisinage. Ainsi, « plus d’un témoignage sur trois fait état d’une parole, d’une violence ou encore d’une discrimination LGBTphobe subie dans le cadre de la vie quotidienne de la victime ». Elles se manifestent majoritairement par des insultes (51% des cas recensés) mais également par du harcèlement (19%), de la diffamation (16%), des menaces ou du chantage (16%), de la discrimination (14%), des agressions physiques (13% soit 185 cas recensés), du rejet ou de l’ignorance (12%), etc. Enfin, Internet demeure le lieu idéal pour l’expression d’une LGBT-phobie décomplexée et aveugle.

Parce que l’homophobie est la conséquence de l’hétéropatriarcat (système instaurant une hiérarchie entre les sexes, où le masculin l’emporte sur le féminin, et où l’hétérosexualité est la norme dominante). En effet, à l’instar du féminisme, l’homosexualité, la bisexualité, le transgenrisme troublent le système de genre aujourd’hui défini selon le triptyque : sexe biologique (femme/homme), attributs de genre (féminin/masculin) et orientation sexuelle (hétérosexualité/homo/bi/sexualité). Et comme le résume très bien l’association Mix-Cité Rennes, « l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie apparaissent dès que la masculinité et l’hétérosexualité sont imposées comme des catégories normatives qui excluent toute autre forme de sexualité. »

Parce que les LGBT-phobies se nourrissent d’une vision des hommes et des femmes particulièrement étroite et extrêmement genrée (par exemple, un couple ne peut avoir de légitimité qu’en épousant un idéal naturalisé et bi-genré : complémentarité de l’homme et de la femme, sexualité reproductive, séparation stricte et étanche de la féminité et de la masculinité, etc. Tout divergence à ce modèle justifie la violence, le dégoût, l’exclusion), vision qui ne pourra évoluer qu’en entamant un processus de déconstruction du genre pour faire exploser les liens systématiques entre sexe, genre et orientation sexuelle.

Parce que, par conséquent, la lutte contre l’hétéropatriarcat, pour l’égalité des sexes et pour le dépassement du système du genre est une condition indispensable pour faire disparaître les LGBT-phobies.

Parce que la lesbophobie est encore trop souvent invisibilisée. Ainsi, dans leur article « Rendre visible la lesbophobie », Stéphanie Arc et Philippe Vellozo soulignent la « fausse neutralité du terme homophobie » qui tend à invisibiliser la lesbophobie (ainsi que la transphobie). Les lesbiennes étant moins visibles que les gays, il est habituel de penser que les lesbiennes sont moins victimes de discriminations que les gays. Or, bien au contraire, la visibilité accrue des lesbiennes dans l’espace public semble conduire à une augmentation des insultes et des agressions comme le pointe le rapport de 2012 de SOS Homophobie.

Parce que les femmes homo-bi-sexuelles vivent généralement une double discrimination, qui revêt tant des caractères sexistes que lesbophobes. La lesbophobie constitue une marginalisation particulière, différente de l’homophobie subie par les gays, dans la mesure où elle s’inscrit dans un système de genre où le fait d’être une femme constitue une marginalisation en soi. Ainsi, une homosexuelle ou une bisexuelle va être à la fois victime de sexisme, d’homophobie (notamment institutionnelle, puisqu’elle n’a toujours pas le droit de se marier avec sa compagne par exemple) et de lesbophobie (parce qu’elle va provoquer l’aversion, le rejet, le mépris en remettant doublement en cause le système hétéropatriarcal puisqu’elle n’est ni un homme, ni hétérosexuelle).

Les acteurs de la lutte contre les discriminations LGBT et pour l’égalité des sexualités ne sont donc pas les seuls concernés par la Journée Mondiale contre l’Homophobie. En tant que féministes, nous luttons contre les mêmes préjugés, contre le même système de genre et contre hétéropatriarcat.

Le 17 mai est une journée pour l’égalité des sexualités, pour le dépassement du système de genre et contre la reproduction de phénomènes sexistes. Et c’est une journée au cours de laquelle il est indispensable d’être attentives et attentifs à la place donnée aux lesbiennes dans le domaine des luttes LGBT.

Le 17 mai est plus que la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, ce doit être une journée de mobilisation et de lutte féministe.

Sources 

-          http://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/rapport_annuel_2012.pdf
–          http://www.unil.ch/webdav/site/liege/shared/NQF/31_1/Edito-NQF_31-1.pdf
–          http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/03/27/homophobie/
–          http://mixcite.rennes.free.fr